Les semaines avaient passé, et Dante n’était plus cet homme affaibli cloué au lit. Son corps avait retrouvé sa puissance : chaque muscle, chaque mouvement semblait calculé, précis. Isabella observait son rétablissement avec une fierté silencieuse, mais aussi une légère appréhension. Car plus il reprenait des forces, plus elle se souvenait de qui il était vraiment : pas seulement l’homme vulnérable qu’elle avait veillé, mais le chef d’un empire où chaque geste pouvait coûter une vie. Ce matin-là, il s’habilla enfin d’un costume impeccable. Noir, taillé sur mesure, mettant en valeur sa carrure imposante. Devant le miroir, il ajusta sa cravate d’un geste lent. Isabella, assise sur le bord du lit, ne put s’empêcher de le regarder avec admiration. « Tu as l’air… » Elle chercha ses mots. « Différent. » Il se tourna vers elle, un léger sourire en coin. « Différent de l’homme blessé que tu as recueilli ? » Elle hocha la tête, sincère. « Oui. » Il s’approcha, posa une main contre sa joue. « Mais je suis toujours le même. » Isabella sentit son cœur battre plus vite. Elle savait que ce n’était pas totalement vrai : devant elle se tenait un homme qui inspirait le respect et la crainte. Le Dante qu’elle avait soigné était humain, fragile. Celui-ci était une légende vivante. « Tu es prête ? » demanda-t-il. « Prête ? Pour quoi ? » « Pour voir mon monde. » Elle resta silencieuse une seconde avant de murmurer : « Oui. » La voiture noire les attendait devant la maison isolée où ils avaient passé des semaines. Deux hommes en costume, armés, se tenaient près du véhicule. Isabella sentit un frisson la parcourir. Dante, en revanche, semblait parfaitement à l’aise, comme s’il n’avait jamais quitté ce rôle. La portière s’ouvrit pour lui. Il fit signe à Isabella d’entrer, puis prit place à ses côtés. Les vitres teintées isolaient le bruit de la pluie, et le moteur ronronna doucement. « Tout est sous contrôle, Boss, » dit l’un des hommes à l’avant. « Bien, » répondit Dante d’une voix froide. Isabella observa son profil. Il avait retrouvé cette expression impénétrable, ce regard perçant. Elle réalisa qu’elle voyait pour la première fois le vrai Dante : pas seulement l’homme qu’elle avait connu dans leur retraite, mais le leader redouté dont tout le monde parlait à voix basse. Ils arrivèrent devant un immense immeuble en verre et en acier. Les lettres argentées sur la façade portaient le nom de sa société : Mancini Corp. Isabella en resta bouche bée. À peine Dante posa le pied au sol que plusieurs hommes en costume se précipitèrent. Certains inclinaient légèrement la tête, d’autres le saluaient d’un simple signe respectueux. Tous semblaient tendus, comme si sa présence seule imposait le silence. Il entra dans le hall, Isabella sur ses talons. Le marbre brillant reflétait les lumières modernes, et le parfum discret du luxe emplissait l’air. Les employés s’arrêtaient dans leur travail pour le regarder passer. Certains chuchotaient, d’autres détournaient rapidement le regard. Isabella se sentait minuscule dans ce décor. Dante avançait d’un pas assuré, chaque mouvement calculé. Elle comprit qu’il n’était pas seulement un homme puissant : il était une force de la nature, quelqu’un qu’on ne pouvait ignorer. Lorsqu’ils entrèrent dans son bureau, Isabella fut frappée par son immensité. Les baies vitrées offraient une vue imprenable sur toute la ville. Le mobilier sombre et élégant donnait une impression de puissance silencieuse. Dante retira sa veste et la posa soigneusement sur un fauteuil. « Assieds-toi, » dit-il en désignant un fauteuil face à son bureau. Elle obéit, observant chaque détail. Derrière lui, une bibliothèque remplie de dossiers et de livres anciens. Sur le bureau, un revolver soigneusement rangé, à côté d’un stylo en or. Tout ici respirait l’autorité. Un homme entra, portant un dossier épais. « Bienvenue, Boss. Les comptes sont stables, et… » Il s’interrompit en voyant Isabella. « Continue, » dit Dante sèchement. L’homme reprit, nerveux. Il parlait de contrats, d’opérations en cours, de rivaux qui bougeaient dans l’ombre. Dante l’écoutait attentivement, son regard acéré scrutant chaque détail. Isabella comprit qu’il était en train de reprendre le contrôle d’un empire, pièce par pièce. Lorsque l’homme sortit, Dante se tourna vers elle. « Tu as peur ? » Elle hésita. « Un peu. » « C’est normal. » Il se pencha légèrement. « Mais souviens-toi : personne ne peut te toucher tant que tu es à mes côtés. » Ses paroles avaient quelque chose de terrifiant et rassurant à la fois. Isabella sentit un mélange d’émotions contradictoires : fascination, crainte, et une attirance qu’elle n’arrivait pas à réprimer. L’après-midi fut ponctué de réunions et d’ordres donnés avec calme. Dante redevenait peu à peu l’homme qu’il avait toujours été. Isabella, elle, se contentait d’observer, réalisant à quel point son monde était différent du sien. Chaque personne qu’ils croisaient lui jetait un regard mêlé de curiosité et de crainte. À un moment, alors qu’ils étaient seuls, elle souffla : « Ils t’obéissent tous… sans discuter. » Dante haussa un sourcil. « Parce qu’ils savent que je ne pardonne pas l’échec. » Elle frissonna. Il ajouta, plus doux : « Mais toi, tu n’as rien à craindre. » Ces mots résonnèrent en elle, déclenchant une chaleur étrange. En fin de journée, Dante l’invita à dîner dans un restaurant privé situé au dernier étage d’un gratte-ciel. La salle était vide, réservée rien que pour eux. Isabella, vêtue d’une robe qu’il avait fait livrer plus tôt, se sentait comme une princesse. « Je voulais que tu voies ce monde sous un autre angle, » dit-il en remplissant leurs verres. « Ton monde est intimidant. » « Il est dangereux. Mais il m’appartient. Et maintenant… tu en fais partie. » Elle le fixa, troublée. « Dante… je… » Il posa un doigt sur ses lèvres. « Pas ce soir. Ce soir, on profite du calme. » Ils dînèrent face à la ville illuminée, dans un silence doux. Isabella réalisait qu’elle était en train de s’attacher dangereusement à lui. Et pourtant, elle ne voulait pas fuir. Plus tard, de retour à son immense penthouse, Dante se détendit enfin. Il retira sa veste, déboutonna légèrement sa chemise, révélant une partie de sa cicatrice encore fraîche. Isabella s’approcha, sa main effleurant la marque. « Tu guéris bien, » murmura-t-elle. « Grâce à toi. » Il plongea son regard dans le sien. « Isabella… tu sais ce que ça signifie, d’être à mes côtés ? » Elle inspira profondément. « Que je ne pourrais jamais revenir en arrière. » Un sourire fier se dessina sur ses lèvres. « Exactement. » Il attira doucement son visage contre lui, déposant un b****r lent sur son front. Isabella sentit son cœur exploser dans sa poitrine. Ce n’était plus seulement un jeu de protection et de gratitude. Quelque chose de plus profond les liait désormais. Ce soir-là, Dante resta éveillé longtemps, observant Isabella endormie contre lui. Son visage paisible contrastait avec le danger de son monde. Pour la première fois depuis des années, il se surprit à vouloir autre chose que le pouvoir : il voulait la garder en sécurité, peu importe le prix. Mais il savait aussi que ce calme ne durerait pas. Ses ennemis avaient dû remarquer son absence, et son retour au sommet allait provoquer des remous. Dans l’obscurité, Dante sourit, un sourire froid et calculé. Qu’ils viennent. Cette fois, il était prêt. Le lendemain matin, Dante quitta leur lit tôt, laissant Isabella encore endormie. Elle fut réveillée plus tard par une domestique qui l’aida à se préparer pour retourner au siège de Mancini Corp. Cette fois, Isabella portait une robe élégante et sobre, offerte par Dante, qui soulignait sa silhouette sans être provocante. Elle se sentait nerveuse. Quand ils arrivèrent au bâtiment, tout semblait plus solennel que la veille. Les employés étaient nombreux, habillés strictement, les couloirs bruissaient de conversations étouffées. Mais dès que Dante entra, le silence retomba comme une chape de plomb. Isabella marchait à ses côtés, sentant des regards insistants se poser sur elle. Certaines femmes, assises derrière leurs bureaux, les dévisageaient avec des sourires forcés. D’autres détournaient le regard, mais elle surprit plusieurs paires d’yeux remplis de curiosité et, surtout, de jalousie. « C’est elle… » chuchota une voix féminine alors qu’elles passaient devant un open space. « La fille qui a réussi à attirer l’attention du patron… » ajouta une autre. Isabella sentit ses joues chauffer. Elle n’était pas habituée à être le centre de ce genre d’attention. Dans l’ascenseur, Dante remarqua son malaise. « Ne fais pas attention à eux. » « Je sens qu’ils me jugent tous… » murmura-t-elle. Il tourna légèrement la tête vers elle, son regard sombre et protecteur. « Ils n’oseraient pas aller plus loin. » Elle eut un petit sourire nerveux. « Parce que tu leur fais peur ? » « Non. Parce qu’ils savent que tu es à moi. » Le ton de sa voix était calme, mais laissait transparaître une autorité glaciale. Isabella baissa les yeux, troublée par cette possessivité qui aurait dû l’effrayer, mais qui, étrangement, la rassurait. En sortant de l’ascenseur, ils traversèrent un couloir luxueux jusqu’au bureau de Dante. Isabella sentit une tension étrange dans l’air. Derrière elle, des regards se croisaient, des murmures circulaient. Une jeune femme élancée, au tailleur parfaitement ajusté, se tenait devant la porte du bureau. Ses cheveux bruns soigneusement coiffés, son maquillage impeccable, elle avait l’air d’une reine dans son royaume. Lorsqu’elle vit Isabella, son sourire se crispa. « Bonjour, monsieur Mancini, » dit-elle avec une voix douce, presque mielleuse. « Ravie de vous voir enfin de retour. » « Merci, Claudia, » répondit Dante avec une politesse glaciale. Claudia tourna son attention vers Isabella. « Et vous devez être… » Elle marqua une pause, détaillant Isabella de haut en bas d’un regard qui se voulait poli, mais trahissait une pointe de mépris. « …son invitée. » Isabella sentit son cœur se serrer, mais Dante intervint immédiatement : « Sa compagne. » Le mot tomba lourdement, coupant court à toute insinuation. Les yeux de Claudia s’écarquillèrent légèrement, mais elle reprit vite son masque professionnel. « Bien sûr… Ravi de vous rencontrer. » Elle s’inclina légèrement, mais Isabella vit dans son regard que cette femme ne la portait déjà pas dans son cœur. Les réunions commencèrent bientôt, Dante passant d’un dossier à un autre avec une précision déconcertante. Isabella restait discrète, assise à ses côtés, mais elle ne pouvait pas ignorer les regards qui lui étaient lancés. Plusieurs femmes semblaient la jauger, certaines chuchotaient dès qu’elle avait le dos tourné. Dans une salle de conférence, alors que Dante discutait stratégie avec son conseil, Isabella entendit distinctement deux assistantes murmurer : « Je parie qu’elle ne sait rien de ce monde. » « Une fille comme elle… ça ne durera pas. » Elle sentit une boule se former dans sa gorge, mais tenta de garder une expression neutre. Dante, cependant, avait une ouïe fine. Il posa ses papiers sur la table et tourna la tête vers elles. « Quelque chose à ajouter, mesdemoiselles ? » demanda-t-il, sa voix calme mais tranchante comme une lame. Les deux femmes blêmirent. « Non, Monsieur. » Il les fixa une seconde de plus, puis reprit la réunion. Isabella sentit une vague de gratitude et de soulagement l’envahir. À la pause, elle se réfugia dans un petit salon attenant au bureau. Elle avait besoin de souffler. Claudia entra à ce moment-là, un dossier à la main. « Vous savez, » dit-elle d’un ton faussement amical, « ce n’est pas facile de… s’intégrer ici. Dante est respecté, mais aussi redouté. Beaucoup de femmes ont essayé d’attirer son attention. » Elle marqua une pause, ses yeux se posant sur Isabella avec un éclat malicieux. « Peu ont réussi. » Isabella se redressa légèrement. « Et vous faisiez partie de ces femmes ? » demanda-t-elle calmement. Claudia eut un sourire froid. « Peut-être. Mais ne vous faites pas d’illusions. Ce monde n’est pas fait pour vous. » Avant qu’Isabella ne réponde, la voix grave de Dante retentit derrière elles : « Claudia. » La jeune femme sursauta légèrement. Dante s’approcha, son regard noir rivé sur son employée. « Tu es payée pour travailler, pas pour intimider ma compagne. » Claudia baissa les yeux, honteuse. « Désolée, Monsieur. » « Tu peux disposer. » Elle s’éclipsa rapidement, laissant Isabella seule avec Dante. Il s’approcha d’elle et lui caressa doucement la joue. « Tu ne dois pas les laisser t’atteindre. Ils ne comprennent pas. » Isabella hocha la tête, émue par cette protection. L’après-midi, Dante l’invita à assister à une réunion importante dans une salle où se trouvaient plusieurs hommes influents du secteur. Isabella, intimidée, resta en retrait, mais elle sentait les regards peser sur elle. Certains étaient curieux, d’autres franchement désapprobateurs. L’un des associés, un homme d’une cinquantaine d’années, osa même dire : « Dante, tu nous présentes enfin… ta distraction ? » Le silence tomba. Dante croisa ses bras sur son torse et fixa l’homme avec un regard glacial. « Isabella n’est pas une distraction. C’est quelqu’un qui compte. Choisis bien tes mots. » L’homme déglutit et détourna le regard. Isabella sentit son cœur battre la chamade. Dante venait de la défendre publiquement, et c’était plus impressionnant qu’un simple geste tendre. En sortant du bâtiment à la fin de la journée, Isabella avait l’impression d’avoir traversé un champ de mines. Les jalousies, les murmures, les sous-entendus… tout cela lui donnait le vertige. Mais Dante, toujours calme, lui offrit son bras. « Ce monde est cruel, Isabella. Mais il m’appartient. Et maintenant, il t’appartient aussi. » Elle le regarda, un peu perdue. « Je ne suis pas sûre d’être prête… » « Alors je t’apprendrai. » Ces mots étaient une promesse et une menace à la fois. Elle sentit son cœur s’accélérer. Malgré tout, elle se sentait protégée, presque invincible à ses côtés. Dans la voiture qui les ramenait chez eux, Isabella posa sa tête contre son épaule. Dante, d’une main ferme mais tendre, lui caressa les cheveux. « Ils apprendront à te respecter, » dit-il d’une voix basse. « Je le leur ferai comprendre. » Et elle sut qu’il tiendrait parole.