Épisode3

1224 Words
Isabella ne dormit presque pas cette nuit-là. Le lit, bien que d’un confort inégalable, semblait trop vaste, trop froid, trop étranger. À chaque battement de pluie contre la vitre, elle se retournait, incapable d’échapper à l’image de Dante Valerio, cet homme qui avait bouleversé son existence en quelques heures. Quand l’aube finit par se lever, elle se leva lentement, ouvrant les rideaux d’une main tremblante. Le manoir baignait désormais dans une lumière pâle, révélant un jardin méticuleusement entretenu. Des hommes en costume circulaient discrètement, certains avec des oreillettes, d’autres armés. Elle comprit que même dans sa propre maison, Dante vivait entouré d’un rempart humain. Un léger coup à la porte la fit sursauter. « Mademoiselle Cruz ? » La voix posée d’une domestique. « Monsieur Valerio vous attend pour le petit-déjeuner. » Isabella hésita, mais finit par suivre la jeune femme qui la guida à travers de longs couloirs décorés d’œuvres d’art et de tapis épais. Chaque détail respirait le luxe, mais aussi une forme de froideur calculée. Elle entra dans une vaste salle à manger où une longue table était dressée. Dante était déjà là, vêtu d’une chemise sombre et d’un pantalon parfaitement ajusté. Il lisait un dossier, mais leva les yeux dès qu’elle franchit le seuil. « Tu es réveillée, » dit-il d’une voix calme. « Assieds-toi. » Elle obéit, s’installant à l’autre bout de la table. La distance entre eux semblait immense, mais son regard, lui, réduisait l’espace comme une lame invisible. Le silence pesa quelques instants, interrompu seulement par les bruits des couverts lorsque les domestiques servirent le repas : café fumant, croissants dorés, fruits frais. Isabella n’avait pas d’appétit, mais son estomac, vide depuis la veille, la trahit. Dante la fixa en buvant une gorgée de café. « Tu ne manges pas ? » « Je… je n’ai pas très faim, » répondit-elle timidement. Il posa sa tasse, se pencha légèrement en avant. « Mange, Isabella. Dans ce monde, tu auras besoin de force. » Il n’avait pas crié, mais son ton ne laissait place à aucune objection. Elle prit un morceau de pain, le porta à sa bouche, et eut presque l’impression de céder à un ordre déguisé. Un silence passa, puis Dante posa le dossier qu’il lisait. « Parlons de ce que tu as trouvé. » Le cœur d’Isabella se serra. Elle resserra sa prise sur son sac posé à côté d’elle. « Ce n’était pas intentionnel, » dit-elle d’une voix basse. « Je ne cherchais rien. Je voulais seulement classer des documents, et cette clé USB était là. Quand je l’ai ouverte… j’ai vu des chiffres, des transferts, des noms. J’ai compris que c’était dangereux. » Dante l’écoutait sans l’interrompre, ses yeux gris la fixant avec une intensité qui la faisait frissonner. « Tu as une idée de ce que tu tiens ? » demanda-t-il. Elle secoua la tête. « Ces données valent plus que ta vie. Elles contiennent des informations que mes ennemis tueraient pour obtenir… et que certains de mes alliés aimeraient voir disparaître. » Isabella sentit son sang se glacer. « Alors pourquoi… pourquoi ne pas me prendre simplement la clé et me laisser partir ? » Un sourire à peine perceptible effleura ses lèvres. « Parce que je ne fais pas confiance aux gens facilement. Et toi, Isabella… tu es déjà impliquée, que tu le veuilles ou non. » Elle baissa les yeux, le cœur battant. « Je ne veux pas… de tout ça, » murmura-t-elle. « Je veux juste retrouver ma vie normale. » Dante se redressa, croisant les bras. « Une vie normale ? » répéta-t-il. « Crois-moi, après cette nuit, rien ne sera jamais normal. Tu as vu trop de choses. » Ses mots tombèrent comme une sentence. Isabella sentit une peur glaciale l’envahir, mais aussi une étrange détermination naître en elle. Elle releva les yeux, et pour la première fois, elle osa soutenir son regard. « Alors, qu’allez-vous faire de moi ? » Le silence s’étira, dense, presque insupportable. Puis Dante esquissa un sourire, mystérieux. « Ça, Isabella… je n’ai pas encore décidé. » Le reste du repas se déroula dans un silence tendu. Quand Isabella posa enfin sa fourchette, Dante se leva, et elle fit de même, nerveuse. « Viens, » dit-il simplement. Il la guida à travers un couloir qui menait à une autre aile du manoir. Les portes s’ouvrirent sur une vaste bibliothèque. Des étagères immenses, remplies de livres anciens et de dossiers classés, dominaient la pièce. Le parfum du cuir et du papier usé emplissait l’air. Dante s’approcha d’un bureau massif et posa la main sur le bois sombre. « C’est ici que je travaille. C’est aussi ici que beaucoup de décisions sont prises, des décisions qui changent des vies. » Isabella s’arrêta près de la porte, mal à l’aise. « Pourquoi me montrer ça ? » demanda-t-elle. Il la fixa, ses yeux brillants d’une intensité troublante. « Parce que je veux que tu comprennes dans quel monde tu es entrée. Ce n’est pas un jeu, Isabella. Chaque geste, chaque mot peut être une arme. » Elle serra les poings. « Je n’ai jamais demandé à entrer dans ce monde. » « Non, » répondit-il calmement. « Mais tu y es maintenant. Et tu devras apprendre à survivre. » Elle sentit une boule dans sa gorge. Survivre. Le mot résonnait comme un écho lugubre. Mais dans le regard de Dante, elle perçut autre chose. Une étincelle. Comme s’il ne la voyait pas seulement comme un fardeau, mais comme une pièce qu’il avait choisi de placer sur son échiquier. Dante s’approcha d’elle, réduisant la distance. Isabella recula instinctivement, mais son dos heurta la porte close. Le souffle de l’homme effleura son visage. « Tu as peur, » dit-il doucement. « Mais tu ne fuis pas. C’est… intéressant. » Elle détourna les yeux, le cœur affolé. « Je n’ai pas le choix. » Il sourit, presque amusé. « Tout le monde a le choix. Certains choisissent de fuir. D’autres choisissent de se battre. Toi, je me demande… quel sera ton choix. » Avant qu’elle puisse répondre, un bruit sec résonna. Quelqu’un frappa à la porte. Dante se redressa aussitôt, son masque d’homme d’affaires reprenant le dessus. Un de ses hommes entra, l’air grave. « Monsieur Valerio… on a repéré une voiture suspecte près de la propriété. Elle n’appartient à aucun de nos contacts. » Dante hocha la tête, son regard redevenu froid et calculateur. « Éliminez-la. Discrètement. » L’homme s’inclina et disparut aussitôt. Isabella sentit un frisson lui parcourir l’échine. Il venait de donner un ordre de mort comme on demanderait à servir un café. Sans la moindre hésitation. Elle le regarda, choquée. « Vous… vous avez ordonné de tuer quelqu’un. » Il tourna la tête vers elle, imperturbable. « Je protège ce qui est à moi. Ce manoir, mes hommes… et désormais, toi. » Elle eut du mal à respirer. Une partie d’elle voulait hurler, refuser. Mais une autre… une autre partie ressentait une étrange chaleur à ces mots. Comme si, dans ce monde où tout était froid et cruel, il venait de tracer une ligne invisible autour d’elle. Isabella se détourna, troublée, incapable de comprendre ce mélange de peur et d’attirance. Dante, lui, la regarda encore quelques secondes, puis se détourna à son tour. « Repose-toi, Isabella. Demain, les choses deviendront plus claires. »
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD