Épisode4

1663 Words
La nuit tombait sur le manoir Valerio, enveloppant les murs de pierre dans une obscurité inquiétante. Isabella observait le jardin par la fenêtre de sa chambre. Depuis le matin, Dante avait quitté la propriété, accompagné de plusieurs de ses hommes. Personne n’avait osé lui dire où il allait, mais l’inquiétude qui pesait sur les visages parlait d’elle-même. Elle serra les bras autour d’elle. Chaque heure qui passait renforçait un sentiment étrange : une peur sourde, mêlée d’une impatience qu’elle n’osait pas nommer. Elle ne voulait pas s’attacher à cet homme dangereux, et pourtant… son absence la troublait plus qu’elle ne l’aurait imaginé. Un coup sec à la porte la fit sursauter. C’était Rosa, la domestique discrète qui s’occupait d’elle depuis la veille. « Mademoiselle Cruz… restez dans votre chambre ce soir. Les choses pourraient être… mouvementées. » « Que voulez-vous dire ? » demanda Isabella, son cœur battant plus vite. Rosa hésita, puis secoua la tête. « Ce n’est pas à moi de vous dire. Mais souvenez-vous : ici, chaque silence a un poids. » Et sans ajouter un mot, elle referma doucement la porte. Isabella passa une bonne partie de la soirée à faire les cent pas. Elle se répétait qu’elle n’avait rien à voir avec tout ça, qu’elle n’aurait jamais dû accepter de rester ici. Mais à chaque fois que son regard croisait son sac posé près du lit, elle se souvenait : la clé USB était toujours à l’intérieur. La raison pour laquelle elle avait été entraînée dans ce monde. Les heures s’étiraient quand un vacarme soudain retentit au loin. Le bruit de pneus crissant sur le gravier, puis des voix précipitées. Isabella courut jusqu’à la fenêtre. Plusieurs voitures venaient d’entrer dans la cour, phares allumés, et des hommes en sortirent en hâte. Son souffle se bloqua lorsqu’elle vit Dante. Il sortit du véhicule, soutenu par deux de ses hommes. Sa chemise sombre était tâchée de sang, et son visage fermé trahissait la douleur qu’il refusait d’avouer. « Oh mon Dieu… » souffla-t-elle en portant une main à sa bouche. Sans réfléchir, elle ouvrit la porte de sa chambre et descendit en courant les escaliers. Elle entendit des ordres criés dans la confusion : « Amenez-le dans son bureau ! Vite ! » « Prévenez le médecin ! » Isabella suivit le groupe malgré les regards étonnés. Dante, pâle, serrait les dents, son regard d’acier toujours vif malgré la blessure. Quand ses yeux croisèrent les siens, ce fut comme une décharge. « Isabella… » murmura-t-il, avant de détourner la tête, refusant de montrer sa faiblesse. Ils pénétrèrent dans le bureau où il s’était montré si imposant la veille. Mais à présent, il était assis de force dans un fauteuil, respirant lourdement, le sang imbibant sa chemise. Le médecin arriva en toute hâte avec une trousse. Isabella voulut s’approcher, mais l’un des gardes lui barra le passage. « Ce n’est pas votre place, mademoiselle. » Elle le fixa, indignée. « Laissez-moi entrer ! Je… je peux aider ! » Dante, malgré la douleur, leva une main. « Laissez-la. » Le garde s’écarta, et Isabella s’avança, le cœur battant la chamade. Elle n’avait jamais vu autant de sang. « Que s’est-il passé ? » demanda-t-elle d’une voix tremblante. Le médecin commença à découper la chemise imbibée de sang. Dante serra les dents, son regard fixé sur elle. « Une embuscade. Rien que je ne puisse gérer. » Isabella sentit ses mains trembler. Malgré ses paroles, elle voyait bien que la blessure était sérieuse. Le médecin s’appliquait à nettoyer et recoudre la plaie, mais chaque gémissement étouffé de Dante lui déchirait la poitrine. Elle resta là, près de lui, posant instinctivement sa main sur son bras pour l’empêcher de bouger. Il ne dit rien, mais elle sentit la tension de ses muscles se relâcher légèrement sous son contact. Quand enfin le médecin annonça que la situation était sous contrôle, Isabella poussa un soupir de soulagement. Mais elle ne quitta pas sa place, comme si son corps refusait de s’éloigner. Dante tourna la tête vers elle, un sourire faible sur les lèvres. « Tu trembles plus que moi. » Elle le fusilla du regard, mais ses yeux brillaient d’inquiétude. « Vous auriez pu mourir ! » Il haussa un sourcil, amusé malgré la douleur. « Ce ne serait pas la première fois qu’on essaie. » Elle resta muette, incapable de comprendre comment il pouvait plaisanter dans un tel moment. Pourtant, au fond, elle sentit quelque chose se briser en elle . Le silence retomba après le départ du médecin. Les hommes s’étaient éclipsés, laissant Dante seul avec Isabella. Dans la pénombre du bureau, seule la lampe posée sur le bureau diffusait une lumière douce qui mettait en valeur la pâleur de son visage et la tension dans ses traits. Isabella, encore debout à côté du fauteuil, hésita. Son instinct lui criait de partir, de mettre de la distance entre elle et cet homme qui représentait le danger incarné. Pourtant, ses jambes restaient ancrées au sol. « Tu n’as rien à faire ici », dit-il d’une voix grave, légèrement rauque. Elle fronça les sourcils. « Vraiment ? Parce que si je n’étais pas restée, vous seriez peut-être en train de vous vider de votre sang sans personne pour vous tenir tranquille. » Un éclat amusé traversa ses yeux sombres. Malgré la douleur, Dante la détailla longuement, comme s’il cherchait à percer ce mystère qu’elle représentait. « Tu es différente, Isabella. Les gens autour de moi fuient le sang, la violence… Toi, tu restes. » Elle croisa les bras, tentant de masquer l’angoisse qui la rongeait encore. « Peut-être que je suis trop stupide pour partir. » Il esquissa un sourire, puis laissa échapper un léger gémissement en essayant de se redresser. Instinctivement, Isabella s’approcha et l’aida à ajuster sa position dans le fauteuil. Ses doigts effleurèrent sa peau chaude, et un frisson la traversa malgré elle. Pendant quelques secondes, ils restèrent proches, leurs visages à quelques centimètres l’un de l’autre. Elle pouvait sentir son souffle court, l’odeur mêlée de sang et de parfum boisé qui lui appartenait. Ses yeux s’accrochèrent aux siens, sombres et intenses, et Isabella eut la sensation de plonger dans un abîme dont elle ne pourrait ressortir. Elle recula brusquement, secouant la tête. « Vous devriez vous reposer. » Dante suivit chacun de ses mouvements du regard, comme un prédateur blessé mais toujours aux aguets. « Tu as peur de moi, Isabella ? » demanda-t-il d’une voix basse. Elle s’immobilisa. La question était simple, mais la réponse, beaucoup moins. Elle se retourna vers lui, son cœur battant la chamade. « Oui », avoua-t-elle enfin. « Mais ce soir, j’ai eu encore plus peur de… de vous perdre. » Ses paroles flottèrent dans l’air, lourdes de vérité. Dante resta silencieux un instant, son regard s’assombrissant davantage. Il n’était pas habitué à entendre de telles confessions, surtout pas de la part de quelqu’un qu’il connaissait à peine. Finalement, il souffla : « Les hommes qui m’ont tendu cette embuscade ce soir ne vont pas s’arrêter là. En restant ici, tu te mets en danger. » Elle secoua la tête. « Je n’ai pas vraiment le choix, n’est-ce pas ? Si je sors de ce manoir, quelqu’un viendra me faire taire. » Il ne répondit pas, mais son silence confirma ce qu’elle redoutait. Après quelques minutes de silence tendu, Isabella remarqua les tremblements subtils de ses mains et la sueur froide sur son front. Elle se dirigea vers une petite armoire où le médecin avait laissé des pansements et une bassine d’eau. « Laisse-moi au moins changer ton bandage. » Il arqua un sourcil, surpris. « Tu as étudié la médecine maintenant ? » Elle ignora son sarcasme et s’agenouilla près de lui. Délicatement, elle retira le tissu imbibé de sang, révélant la plaie recousue. Son cœur se serra en voyant la violence de la blessure. Elle se concentra pour ne pas trembler, nettoya soigneusement la zone et replaça un bandage propre. Dante la regardait faire sans un mot, ses yeux sombres suivant le moindre de ses gestes. Il semblait fasciné par cette douceur inattendue au milieu du chaos. Lorsqu’elle termina, elle releva la tête et croisa son regard. Un silence électrique s’installa. Ses mains étaient encore posées sur son torse, et elle n’osa pas bouger. « Tu es en train de franchir une ligne dangereuse, Isabella », murmura-t-il. Elle retira brusquement ses mains, le cœur battant à tout rompre. « Je vous aide, rien de plus. » Il esquissa un sourire ironique, mais ses yeux trahissaient autre chose : une chaleur rare, presque fragile, qu’il ne montrait jamais à ses hommes. Un bruit de pas dans le couloir brisa ce moment. L’un des gardes frappa à la porte. « Boss, on a sécurisé le périmètre. Mais… il faudra renforcer la sécurité demain. » Dante répondit d’une voix ferme, retrouvant son ton habituel : « Faites le nécessaire. » Lorsque le garde s’éloigna, Isabella sentit l’atmosphère changer. Dante se pencha légèrement, malgré la douleur, et planta son regard dans le sien. « À partir de maintenant, tu restes près de moi. Quoi qu’il arrive. » Elle écarquilla les yeux. « Pourquoi ? » Son sourire s’assombrit. « Parce que tu détiens quelque chose qui attire trop d’ennemis… et parce que je ne supporte pas l’idée de te savoir vulnérable. » Le cœur d’Isabella fit un bond. Elle voulut protester, dire qu’elle n’avait pas demandé cette protection, mais aucun mot ne franchit ses lèvres. Elle se contenta de détourner les yeux, tentant d’ignorer la chaleur étrange qui grandissait en elle chaque fois qu’il prononçait son nom. Cette nuit-là, alors qu’il s’assoupit enfin dans son fauteuil, Isabella resta près de lui, incapable de le laisser seul. Elle s’assit dans un coin, veillant sur lui en silence. Et pour la première fois depuis son arrivée dans ce manoir, elle se rendit compte qu’elle était dangereusement liée à un homme dont l’ombre et la lumière la fascinaient tout autant.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD