Chapitre 10 (suite)

1130 Words
ABDEL MANSOUR KEBE Médina, Dakar-senegal Je sortis des toilettes après une bonne douche. Il faisait une chaleur de fou ces jours-ci ! C'est d'ailleurs pour cette raison que j'ai limité mes sorties, par crainte de retomber malade. Aujourd'hui, je me sentais un peu mieux par rapport aux autres jours, mais je n'arrivais toujours pas à avaler quoi que ce soit—tout me répugnait. J'espère retrouver mon appétit rapidement, car je commence vraiment à perdre du poids, alors que j'avais mis tant d'efforts à la salle de sport ces derniers temps. En rejoignant ma chambre, je tombai sur ma grand-mère, tenant un gâteau avec l'inscription « Happy Birthday Abdel Mansour » dessus. Elle savait combien je détestais mon anniversaire, mais cela ne l'empêchait jamais de m'obliger à souffler ces bougies chaque année. Moi : « Ioe, da melni do deigue? (J'ai l'impression que tu ne m'écoutes jamais) Chaque année, je te dis d'arrêter avec ça. Elle : Ferme-la ! Et fais tes vœux. Moi : Fais-le toi-même ! De toute façon, je n'en ai pas. Elle : Ioe, pourquoi tu te comportes comme un fou ? Avec tous les efforts que j'ai faits pour t'avoir ce gâteau, et tu te comportes ainsi ? Moi : Désolé, désolé ! Ne te fâche pas. Qu'est-ce que tu voudrais que je fasse comme vœux ? Elle : Ce que tu désires vraiment dans ton cœur ! Moi : Que tu restes éternellement à mes côtés. Elle : *rire* Mais arrête avec ça ! C'est le même vœu que tu fais chaque année. Moi : Parce que tu es la personne à qui je tiens le plus dans ce monde. Elle : Je sais, mon cœur ! Mais cette fois-ci, fais le vœu de trouver la femme de ta vie. Moi : Je n'ai pas besoin de ça ! Elle : Est-ce que tout va bien chez toi ? Je soupirai, légèrement exaspéré. Ma grand-mère avait toujours ce don de vouloir combler le vide que je refusais d'admettre. Elle me regardait avec ce mélange de tendresse et de souci, comme si elle lisait en moi des choses que je n'osais même pas formuler. Moi : Oui, tout va bien Elle s'approcha et déposa un léger b****r sur mon front, comme elle le faisait toujours quand elle sentait que je n'étais pas prêt à parler. Elle : Bon, et maintenant, souffle ces bougies, et fais ce vœu. Peu importe ce que c'est, mais fais-le pour moi. Je soupirai une nouvelle fois, mais un léger sourire se dessina sur mes lèvres. Finalement, je m'inclinai devant son entêtement. Je pris une profonde inspiration, puis soufflai les bougies, le vœu dans ma tête n'était peut-être pas celui qu'elle espérait, mais il venait du cœur. Moi : Voilà, c'est fait. Elle : Très bien. Maintenant, mange un peu de gâteau, même si tu n'as pas faim. Il faut que tu prennes des forces. Moi : D'accord, juste une petite part alors. Nous nous assîmes ensemble, partageant ce gâteau qu'elle avait préparé avec tant d'amour. Même si l'appétit me manquait, la chaleur de ce moment avec elle remplissait le vide que je ressentais souvent en moi. Pour quelques instants, je pouvais oublier mes soucis et simplement profiter de sa présence. Après avoir terminé, je rejoignis ma chambre. Je me dirigeai directement vers la fenêtre, où je trouvai l'enveloppe que je recevais à chaque anniversaire. C'était devenu une tradition depuis mon dix-huitième anniversaire. Dans l'enveloppe, il y avait toujours une photo prise par un Polaroïd, un appareil photo à l'ancienne. Les photos représentaient souvent la nature, et au dos, mon âge était inscrit. Cette fois-ci, c'était une image d'un arbre, avec le nombre "trente" écrit derrière. Je la pris et la rangeai dans la boîte que je gardais précieusement dans mon armoire. Pendant longtemps, je m'étais posé des questions sur ces photos : qui les envoyait, pourquoi, et quelle en était la signification. Mais avec le temps, j'avais appris à ne plus y prêter attention. C'était devenu un rituel silencieux, un mystère que je ne cherchais plus à résoudre. Peut-être qu'un jour, la réponse viendrait d'elle-même, mais pour l'instant, cela faisait partie de ces choses que j'acceptais sans chercher à les comprendre. Je refermai l'armoire, jetant un dernier regard à cette boîte, avant de me laisser tomber sur mon lit. La chaleur étouffante de la journée avait cédé la place à une brise légère qui pénétrait par la fenêtre ouverte. Je laissai mes pensées dériver, tandis que le murmure du vent dans les arbres apaisait mon esprit. Malgré toutes les questions en suspens, je me sentais étrangement en paix, au moins pour ce moment. J'étais sur le point de tomber dans les bras de Morphée lorsque mon téléphone se mit à sonner. Sans même vérifier l'écran, je décrochai. Moi : Allô ? Voix : Joyeux anniversaire ! Moi : J'étais à deux doigts de m'endormir ! Elle : Un petit «merci Eliza, c'est gentil d'avoir pensé à moi » ne t'aurait pas tué, tu sais. Moi : Est-ce que je t'ai forcée à m'appeler ? Elle : Non, mais tu devrais te réjouir que j'aie pensé à toi. Moi : *rire sarcastique* Et pourquoi devrais-je être heureux d'entendre ta voix ? Elle : Nom de Dieu, tu es vraiment un s****d toi! Moi : Tu n'es pas au bureau ? Elle : Je suis au Maroc avec ton père ! Je t'ai pourtant envoyé un message pour te le dire. Moi : Je ne regarde pas mes courriels. Elle : Tu devrais le faire plus souvent. Moi : As-tu fini de parler ? Elle : Non ! Que voudrais-tu comme cadeau ? Ou je choisis moi-même ? Vu que l'appareil photo que je t'avais pris l'année dernière semble bien te plaire. Moi : Je n'en ai pas besoin, Elizabeth. Elle : Je m'en fiche ! De toute façon, je t'ai déjà pris quelque chose. Moi : Alors pourquoi tu demandes ? Elle : Juste comme ça ! Ton père vient d'arriver, tu veux lui parler ? Moi : Non merci ! Au revoir, dis-je en raccrochant sans lui laisser le temps de répondre. Je laissai retomber le téléphone sur le matelas, un soupir d'agacement m'échappant. Eliza avait ce don de me faire perdre patience, même dans les moments où j'espérais enfin trouver un peu de tranquillité. Quant à mon père, je ne me souviens même plus de la dernière fois que nous nous sommes parlé. Je l'évite autant que possible. Avant de me rendre chez eux, je m'assure toujours qu'il ne s'y trouve pas. Il lui arrive de venir à la maison une fois par an, mais il ne reste jamais longtemps. Je fermai les yeux, déterminé à retrouver le sommeil que cet appel avait perturbé. Voter et commenter😇✍🏾♥️
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