PDV Auteur
Le repas se passait bien dans l'ensemble et Amalia se détendait petit à petit tout en gardant une part de méfiance.
Elle était loin d'être idiote et sentait que ses deux autres frères ne l'acceptaient pas vraiment dans leur vie.
Elle avait conscience d'avoir chamboulé leur quotidien et leurs habitudes créant ainsi un froid entre eux. Elle avait de toute façon, décidé de rester éloignée de ces individus qui ne voulaient pas d'elle.
Elle connaissait par coeur ce sentiment de rejet et de dégoût lorsque les autres la voyaient. Son beau-père et ses amis lui ont montré tant de fois que l'espoir d'être sauvée ne restait qu'un rêve à ses yeux.
Qu'importe. S'ils ne l'aiment pas, alors tant pis. Après tout, qu' a-t-elle à perdre, elle est morte une fois déjà.
Sa douleur l'avait endurci de bien des façons, son cœur n'était chaleureux que pour ceux qui l'aimaient réellement et restait froid envers ceux qui ne la méritaient pas.
Heureusement, son père et ses autres frères là firent rire comme jamais elle n'avait ri de sa vie.
Sa famille l'observait avec adoration, scrutant ses moindres expressions, comme s'ils l'analysaient afin de la comprendre.
Ses yeux étaient empreints de joie et de tristesse. Ses émotions étaient enchevetrees dans un tourbillon de bonheur et de malheur, ne sachant plus quoi penser. Elle souhaitait profiter de chaque instant vécu auprès d'eux, de peur que ces moments ne durent dans le long terme.
Elle ferait tout pour se protéger mais la question est "comment ?".
Comment le pourrait-elle? Et avec quelles ressources ? Elle était persuadée que le peu de gaieté qui était arrivée dans sa vie ne durerait qu'un instant, disparaissant du jour au lendemain, pour ne jamais réapparaître devant elle.
La peur de replonger dans l'abîme de souffrance constante tordait son coeur et mutilait son esprit de part en part, inondant celui-ci de souvenirs tordus et cruels que le destin lui avait donné.
Ses sens s'attenueaient pour ne laisser qu'une pièce sans bruit, la faisant revenir à son présent, se souvenant qu'elle n'était point seule autour de cette table.
Relevant la tête, elle vit tous les regards tournés vers elle, le choc et l'incrédulité se lisant sur les visages de sa famille, les laissant encore plus démunis dans leur questionnement sur son passé.
Son père était inquiet par sa soudaine réaction de stupeur, comme si sa fille s'était mis en pause, comme lorsqu'un bug fait place et que celui-ci dure une éternité.
Ses frères restèrent bouchebés par cet instant de calme et de perdition.
-Amalia...chérie...(lui dit son père en lui prenant la main pour qu'elle reprenne conscience)
-Oh...pardon...je me suis égarée...(repond-t-elle timidement, remarquant les regards fixés sur elle)
-Vas-tu bien petite sœur ? (demande Rex, plein d'inquiétude)
-Oui oui, ça va...ne vous inquiétez pas...c'est juste que j'ai encore du mal à réaliser que je suis avec vous c'est tout...(dit-elle pour les rassurer)
-Nous comprenons que ce changement soudain est perturbant...pour nous aussi ça l'est...mais dans le bon sens...nous avons toujours souhaité avoir une petite sœur et le destin a décidé d'exaucer nos prières...(explique Dino en souriant)
-Oui...aujourd'hui tu es auprès de nous...donc nous ne te lâcherons pas de si tôt...(ajoute Matthew avec assurance)
-Écoute un peu tes frères preciosa...regarde à quel point ils sont heureux de t'avoir à la maison avec nous tous...(réplique tendrement leur père)
-Oui...merci beaucoup...je suis contente d'être avec vous aussi...(ajoute Amalia avec un petit sourire)
-Aller...continuons ce délicieux repas...(suggère Alessandro et tout le monde recommença à manger goulument )
Amalia avait les yeux rivés sur les énormes portions se trouvant dans les assiettes des hommes, choquée par la quantité de nourriture ingurgitée par sa famille. Comparée à eux, son appétit n'était rien à côté d'eux.
Elle espérait pouvoir augmenter petit à petit ses portions alimentaires afin de se refaire une santé mais cela s'avérait plus facile à dire qu'à faire. Habituée depuis ses neuf ans à être affamée et ne mangeant que les restes, pour elle c'était déjà un progrès de partager un vrai repas en famille.
Pourrait-elle vraiment compter sur eux a l'avenir? Elle n'osait y penser.
Son cerveau était rempli d'idées noires et un mal de tête arriva à cause de la fatigue et du bouleversement de sa situation qui était irréelle, encore pour elle.
Elle grimaça de douleur en fermant les yeux quand son père lui demanda ce qui n'allait pas.
-J'ai juste un mal de tête carabiné...serait-il possible d'avoir un doliprane s'il te plaît ? (implore-t-elle presque en faisant une moue mignonne à Alessandro)
-Bien sûr tesoro...tout pour toi...(il partit chercher le médicament et lui fit avaler avec de l'eau)
-Merci papa...je sais que le repas n'est pas fini...mais puis-je aller dans ma chambre me reposer? (demande-t-elle épuisée)
-Bien sûr, tu peux y aller...repose toi principessa...(dit-il, donnant un b****r sur son front)
-Merci et bonne nuit...(dit-elle en regardant tout le monde avant de monter les escaliers pour aller à sa chambre)
Une fois arrivée dans sa chambre, son sourire disparut, laissant place à la solitude dont elle avait l'habitude.
Marchant vers la fenêtre et s'asseyant au bord de celle-ci, son regard se dirigea vers un ciel étoilé empli de millions de lumières jaunes, comme lorsque les lucioles virevoltent dans le noir de la nuit, éclairant la beauté qu'est la nature, dévoilant encore une fois sa grandeur, nous rappelant que sans elle, nous ne sommes rien.
Amalia se disait que cette nouvelle chambre serait son refuge le plus sûr. Un endroit où elle pourrait être elle même, exprimer sa joie ou sa tristesse, mais surtout pleurer dans les moments les plus sombres où personne ne pourrait lui venir en aide. Ses démons hantaient son quotidien et le souvenir douloureux de sa mort n'aidait en rien. Elle pensait qu'avec sa renaissance, sa soif de vengeance lui donnerait la force nécessaire pour aller mieux et devenir forte. Aussi forte qu'elle le pourrait. Mais elle se trompait.
Plusieurs étapes étaient nécessaires à sa vengeance, commençant premièrement par la guérison interne et physique.
Son état psychique avait atteint un état de désordre total, la laissant démunie de solutions adaptées à sa santé fragile qui avait été détruite par ses assassins.
D'ailleurs, elle se demandait où était passé ce courage dont elle avait fait preuve lors de sa fuite vers son nouveau destin.
Un point positif pour elle, son père et la plupart de ses frères l'aimaient déjà, excepté deux autres.
Elle ferait en sorte de les croiser le moins souvent possible afin d'éviter d'éventuels problèmes. Elle ne s'était pas enfuie pour se retrouver à revivre quelque chose de similaire dans sa nouvelle demeure.
Elle rendrait l'amour à ceux qui l'aimeraient sincèrement et non aux non méritants. Hors de question.