Assise sur le canapé de son salon, Nafi tenait entre ses mains un coffret en bois finement sculpté. À l’intérieur, un collier délicat en or, serti de pierres scintillantes, brillait sous la lumière tamisée de la pièce. Ce n’était pas le premier cadeau qu’elle recevait d’Amadou. Depuis qu’il avait entamé son voyage d’affaires, des colis soigneusement emballés ne cessaient d’arriver. Parfum, foulard de soie, chaussures de créateur… chaque présent semblait plus somptueux que le précédent.
Pourtant, au lieu de la flatter, ces attentions commençaient à l’inquiéter. Elle jouait un rôle dangereux, et chaque geste d’Amadou la plongeait un peu plus dans un dilemme qu’elle avait du mal à ignorer. Son téléphone vibra sur la table basse. Un message d’Amadou.
“J’espère que le collier te plaît. Je ne pouvais pas m’empêcher de penser à toi en le choisissant. À très bientôt, Nafi.”
Elle éteignit rapidement l’écran, le cœur légèrement serré. Elle devait rester concentrée. Ce n’était qu’un jeu, une illusion savamment orchestrée. Et pourtant, il devenait difficile de ne pas ressentir une certaine culpabilité face à la sincérité d’Amadou.
C’est alors que la porte de la maison s’ouvrit, laissant apparaître sa mère. Fatou, une femme au visage marqué par les années de labeur, entra avec son panier de légumes sous le bras. Elle posa son regard suspicieux sur le coffret ouvert et les cadeaux posés sur la table.
— Nafi, qu’est-ce que c’est que tout ça ? demanda-t-elle, le ton plein d’inquiétude.
— Rien, maman, répondit-elle en refermant rapidement le coffret. Ces cadeaux sont des primes pour mon sérieux.
Fatou fronça les sourcils. Elle connaissait trop bien sa fille pour ne pas détecter une pointe d’hésitation dans sa voix.
— Un Prime, dis-tu ?
— Ne t’en fais pas, tout va bien.
Sa mère la scruta un instant, comme pour jauger la véracité de ses propos, avant de soupirer.
— Si tu le dis…
Ces mots résonnèrent plus fort que Nafi ne l’aurait voulu. Elle détourna le regard et s’empressa de ranger les cadeaux dans un sac pour éviter que le sujet ne s’éternise.
Plus tard dans la soirée, Modou lui téléphona. Son ton était à la fois enthousiaste et insistant.
— Alors, cousine, Amadou continue de mordre à l’hameçon ? Qu’a-t-il envoyé cette fois ?
— Un collier, répondit-elle sèchement. Mais je ne comprends pas pourquoi il en fait autant. C’est excessif.
— Justement ! C’est parce qu’il commence à tomber sous ton charme. Tu dois l’encourager. Fais-lui croire que tu apprécies, mais que tu es au-dessus de tout ça. Les hommes comme lui adorent les défis. Plus il pense que tu n’as besoin de rien, plus il sera prêt à tout donner.
Nafi se pinça l’arête du nez. Ce plan devenait de plus en plus difficile à gérer, mais elle savait qu’elle ne pouvait pas reculer maintenant. Elle devait continuer à jouer son rôle.
— Très bien, répondit-elle finalement. Mais je dois m’assurer qu’il ne découvre rien. Il faut que tout reste crédible.
— Ne t’en fais pas. Continue comme tu fais et tout ira bien. Amadou ne verra rien venir, et bientôt, on aura tout ce qu’on veut. J’ai déjà vendu la majorité des cadeaux.
Nafi raccrocha, la tête pleine de doutes. Elle s’était engagée dans ce jeu pour une vie meilleure, mais chaque jour passé en tant que « Nafi la femme parfaite » la poussait un peu plus près d’un précipice qu’elle n’était pas sûre de pouvoir éviter.