De retour chez elle ce soir-là, Nafi posa la boîte qu’Amadou lui avait offerte sur la table sans même l’ouvrir. Elle fixa l’emballage soigneusement préparé, son esprit envahi de pensées contradictoires. Elle savait qu’elle ne devait pas s’attacher à ces attentions. Ces cadeaux, aussi somptueux soient-ils, n’étaient qu’un moyen pour Amadou d’avancer ses propres pions dans ce jeu complexe qu’ils jouaient sans vraiment en parler.
Le lendemain matin, alors qu’elle s’apprêtait à sortir, sa mère l’intercepta dans la petite cour familiale.
"Nafi, tu sors encore ?" demanda-t-elle d’un ton plein de suspicion, essuyant ses mains sur son pagne.
Nafi hésita un instant, puis adopta son air le plus détaché. "Oui, Maman. "
Sa mère la fixa longuement, plissant les yeux comme si elle tentait de deviner ce qu’elle ne disait pas. "Tu t’absentes beaucoup trop ces temps-ci"
"Je sais Maman, mais juste pour le boulot," répondit Nafi, feignant l’indifférence. " Et ça me permet d’aider un peu à la maison."
Ces mots semblèrent apaiser légèrement sa mère, qui hocha la tête, bien que son regard restât sceptique. "Hum. Tant que ce travail est honnête, je n’ai rien à dire. Mais fais attention, Nafi. Le monde est rempli de gens qui profitent des jeunes filles naïves."
"Ne t’inquiète pas, Maman," répondit-elle avec un sourire rassurant. "Je sais ce que je fais."
Mais en elle-même, Nafi sentit une pointe de culpabilité. Elle n’aimait pas mentir à sa mère, mais elle savait que la vérité n’était pas une option. Pas maintenant.
Plus tard dans la journée, alors qu’elle s’apprêtait à sortir pour retrouver Modou et discuter des prochaines étapes de leur plan, son téléphone vibra. Un message d’Amadou.
"Je suis en voyage, mais tu es dans mes pensées. Je t’ai envoyé un petit quelque chose. J’espère que tu l’aimeras."
Nafi roula des yeux, un sourire en coin. Amadou était persistant, et c’était exactement ce qu’elle voulait. Mais elle devait être prudente. Elle devait contrôler le rythme de cette relation pour ne pas perdre l’avantage.
Quelques heures plus tard, elle se retrouva chez Modou, dans son appartement. Il était assis sur son canapé, les jambes croisées, un sourire satisfait sur le visage.
"Alors, comment ça avance ?" demanda-t-il sans préambule.
"Il est toujours en train de m’envoyer des cadeaux et des messages," répondit-elle en s’asseyant face à lui. "Mais je reste distante, comme on a convenu."
"Bien. Très bien," dit Modou en hochant la tête. "Il faut qu’il continue à penser qu’il te court après. Plus il s’accroche, plus il sera prêt à tout pour te plaire. Et c’est là qu’on frappera fort."
Nafi fronça les sourcils, un soupçon d’inquiétude dans le regard. "Tu es sûr qu’on fait les choses comme il faut, Modou ? Parfois, j’ai l’impression qu’il est... différent. Pas comme les autres hommes."
Modou éclata de rire, secouant la tête. "Tu es vraiment trop gentille, Nafi. Rappelle-toi pourquoi on fait ça. Ce type est riche, il vit dans un monde où il obtient tout ce qu’il veut sans effort. On va juste lui donner un petit goût de ce que c’est de travailler pour quelque chose. Et crois-moi, il peut se permettre de perdre un peu de son argent."
Nafi ne répondit pas tout de suite, perdue dans ses pensées. Elle savait que Modou avait raison. Elle ne devait pas laisser ses émotions interférer avec le plan. Mais une petite voix au fond d’elle lui disait qu’Amadou n’était peut-être pas aussi simple qu’elle l’avait d’abord cru.
Quelques jours plus tard, alors qu’elle était assise dans sa chambre, un livre à la main, un coup à la porte interrompit sa lecture. Sa mère entra, tenant un colis entre ses mains.
"C’est pour toi, Nafi. Mmamdou l’a déposé tout à l’heure."
Nafi prit le colis avec précaution, remerciant sa mère avant de fermer la porte. Elle ouvrit le paquet pour découvrir une montre de luxe, brillante et élégante. Un mot l’accompagnait :
"Pour que tu te rappelles que tu mérites toujours ce qu’il y a de meilleur."
Elle sourit légèrement, mais cette fois, elle ne ressentit pas le même amusement qu’avant. Ces cadeaux commençaient à peser. Pourquoi Amadou faisait-il tout cela ? Était-ce vraiment de l’intérêt sincère, ou jouait-il aussi un rôle dans un jeu qu’elle ne maîtrisait pas complètement ?
Elle prit son téléphone et tapota rapidement un message :
"Amadou, je dois te demander quelque chose. Pourquoi m’offres-tu autant de choses ? Je ne comprends pas ce que tu attends de moi."
Quelques minutes plus tard, la réponse arriva :
"Parce que tu es différente, Nafi. Et parfois, on donne simplement pour le plaisir de donner. Je ne veux rien d’autre que te voir sourire."
Elle posa le téléphone, un étrange mélange d’émotions l’envahissant. Elle devait rester concentrée, ne pas oublier pourquoi elle faisait tout cela. Mais au fond d’elle, une question persistait : et si, cette fois, elle jouait un jeu qu’elle ne pourrait pas gagner ?