Chapitre 5

1465 Words
Une fois Zaynab partie avec Rashid, Mourad resta seul dans la salle avec ses sœurs. Il n’avait même pas eu le temps de s’asseoir que Saran éclata. — Comment t’as pu faire ça ?! Dix pour cent, Mourad ?! Tu réalises au moins ce que tu viens de faire ? Il la regarda sans la moindre émotion. — Je ne te dois aucune explication. Saran serra les poings, hors d’elle. — Maman va péter un câble quand elle va l’apprendre. Tu le sais, hein ? Tu sais très bien ce que ça va provoquer ! Bella Dior intervint, calme, posée, fidèle à elle-même. — Mourad est le chef de cette entreprise. Il fait ce qu’il veut. Saran se retourna vers elle avec des yeux noirs. — Toi, la ferme. Tu vois pas qu’elle l’a ensorcelé ? Cette fille est en train de tous nous prendre un à un. Et toi, tu la regardes avec un sourire comme si c’était normal ? Mourad ne répondit pas. Il ne leva même pas la tête. Il sortit du bureau sans dire un mot, laissant Saran bouillir et Bella Dior garder son silence tranquille. Saran était à bout. Elle n'arrivait pas à croire ce qu’elle venait d’entendre. Dix pour cent. Dix pour cent offerts à une fille qu’elle ne considérait même pas comme une véritable prétendante. Une inconnue à ses yeux. Et surtout, une femme que Mourad n’avait même pas choisie comme épouse. Elle fixait la porte vide du bureau, tremblante de colère. Comment cette Zaynab avait-elle réussi à retourner la tête de son frère ? Quelle emprise avait-elle sur lui ? Sans prévenir Bella Dior, elle quitta brusquement l’entreprise. Il fallait qu’elle en parle à Oulaya. Et surtout à leur mère. Mara Al Dhurani devait être au courant. Tout de suite. Mourad poussa la porte du bureau flambant neuf. Elle était là, assise sur son fauteuil en cuir crème, dos droit, jambes croisées. Lorsqu’elle leva les yeux vers lui, elle esquissa un sourire. — Alors, il te plaît ce bureau ? demanda-t-il en s’approchant lentement. Zaynab hocha la tête, détendue. — Je suis satisfaite. Il la fixa un instant, silencieux. Ses yeux ne la quittaient pas. Elle le remarqua. — Pourquoi tu me regardes comme ça ? demanda-t-elle, intriguée. Il haussa un sourcil. — Saran n’a pas tout à fait tort, tu sais. Comment t’as fait pour me pousser à te donner dix pour cent ? Zaynab se leva lentement, contourna son bureau et s’assit sur le rebord, face à lui. — Tu ne vas quand même pas croire que je t’ai jeté un sort. Mourad sourit, un éclat amusé dans le regard. — Non. Mais t’étais mon choix, après tout. Il s’approcha. Elle ne bougea pas. Assise sur la table, elle le dominait légèrement. Il se posta juste devant elle. Trop proche. Son visage effleura presque le sien. Zaynab tourna la tête, mais il déposa un b****r lent dans son cou. Elle frissonna. — Tu oublies que tu es marié, souffla-t-elle. — Je veux t’épouser, chuchota-t-il à son oreille. Elle se recula légèrement, surprise. Il était sérieux. Son regard ne trahissait aucun doute. — T’es sérieux ? demanda-t-elle en le fixant. — Très sérieux. Zaynab rit, mais ce rire manquait de conviction. — Je ne serai jamais une deuxième femme. Et en plus, j’ai aucun sentiment pour toi. Mourad ne bougea pas. Il pencha la tête, ses lèvres près des siennes. — Vraiment aucun ? Elle posa sa main sur son torse pour le repousser. — Non, j’en ai pas. Il ne répondit rien. Il embrassa à nouveau son cou, lentement, avec cette lenteur qui désarmait. Elle tenta de résister, mais ses mains tremblaient. Elle n’y arrivait pas. Il le sentait. Et continua. Puis leurs lèvres se rejoignirent. Elle céda. Le b****r devint plus intense, plus profond. Zaynab répondit à chacun de ses gestes, comme si son corps parlait pour elle. Mais soudain, la porte s’ouvrit. Bella Dior entra. Zaynab repoussa Mourad aussitôt, honteuse. Elle se leva d’un bond, replaçant sa chemise. — Je vous dérange pas ? lança Bella Dior avec un sourire amusé. — Pas du tout, répondit Zaynab, gênée. — Je voulais te féliciter. Zaynab s’adoucit aussitôt. — Merci… ça me touche que tu sois gentille avec moi. Bella Dior s’approcha, toujours souriante. — C’est normal. Et si ça ne tenait qu’à moi, c’est toi que Mourad aurait choisie depuis longtemps. Zaynab ne répondit pas. Elle se contenta de lui offrir un sourire discret, le cœur encore agité. Bella Dior regarda l’heure sur son téléphone avant de relever la tête vers son frère. — Je vais rentrer. Saran a sûrement déjà tout raconté à maman… Ça va faire des histoires ce soir quand tu rentreras. Mourad haussa à peine les épaules. — Il n’y aura aucun problème. Je gère la situation. Zaynab, toujours assise sur le rebord du bureau, croisa les bras, moqueuse. — J’aimerais bien voir ça. Je viendrai dîner ce soir. Il la fixa, surpris par son audace. Un silence s’installa, avant que Bella Dior ne réagisse avec enthousiasme. — Super idée ! Et si maman demande, je dirai que c’est moi qui t’ai invitée. Mourad secoua la tête, à moitié amusé, à moitié agacé. — Vous êtes vraiment deux petites diablesses. Bella Dior sourit de plus belle. — On va bien rigoler ce soir. Mais Mourad se redressa légèrement, plus sérieux. — Non. Justement, je ne veux pas que ça dégénère. Zaynab, tu ne viendras pas dîner. Zaynab le regarda longuement, les sourcils froncés. — Tu veux m’épouser, mais tu ne veux même pas que je dîne avec ta famille ? Bella Dior ouvrit grand les yeux. — Attends… il t’a demandé en mariage ? Zaynab hocha la tête sans détour. — Oui. Mais je ne serai jamais une deuxième femme. Et pour être franche, je n’ai aucun sentiment pour lui. Ce qui m’intéresse, c’est son argent. Le silence fut immédiat. Mourad resta figé, les yeux rivés sur elle. Bella Dior, elle, n’y croyait pas une seconde. — Moi, je vois de l’amour dans vos regards à tous les deux, dit-elle avec un petit sourire. Zaynab se leva de la table d’un geste brusque. — Tu te trompes. Bella Dior ne répondit rien. Elle attrapa son sac, salua les deux d’un geste de la main et ajouta, malicieuse : — Viens quand même dîner ce soir. Zaynab sourit légèrement. — Volontiers. Dès que Bella Dior fut sortie, Mourad se tourna vers Zaynab. — Si tu viens ce soir, ça va créer des histoires. Elle haussa les épaules, l’air détachée. — D’accord. Je ne viendrai plus, alors. Il s’approcha d’elle. — On ira dîner tous les deux, juste toi et moi. Mais Zaynab le fixa froidement. — Non. Va dîner avec ton choix. Ta femme. Mourad la fixa un long moment, sans rien dire, puis tourna les talons et quitta la pièce, laissant derrière lui un silence lourd de tensions. La journée s’était écoulée à une vitesse surprenante. Zaynab, qui détestait habituellement aller travailler, avait savouré chaque instant de sa première nocturne au sein d’Al Fayed Capital Group. Elle s’y était sentie puissante, comme si l’air même de l’entreprise lui donnait de l’importance. Une nouvelle version d’elle-même, plus redoutable, plus sûre, semblait être née. En fin d’après-midi, elle décida de descendre plus tôt. Elle voulait se faire belle pour le dîner. Elle avait pourtant dit à Mourad de ne pas y aller. Mais elle, elle irait. C'était plus fort qu’elle. Mara avait osé mettre la pression à Mourad pour qu’il ne la choisisse pas. Et aujourd’hui, c’était aussi à cause d’elle que tout le monde la salissait sur les réseaux sociaux. Si sa propre famille lui tournait le dos, c’était aussi à cause de cette femme. Zaynab souriait en pensant à ce qu’elle comptait lui faire subir. Elle allait se venger. Mara allait regretter d’avoir croisé son chemin. Elle passa faire un peu de shopping dans des boutiques haut de gamme, choisissant soigneusement une robe qui ferait tourner toutes les têtes. Ensuite, elle rentra chez elle, l’air calme mais le cœur en feu. Ses parents étaient dans le salon. Son père lisait tranquillement, sa mère pianotait sur son téléphone. Zaynab s’approcha et embrassa son père. Samira leva les yeux. — Tu rentres de… où, exactement ? Zaynab sortit de son sac une enveloppe noire et la tendit à sa mère sans un mot. Samira l’ouvrit. Son regard parcourut les documents, ses mains se figèrent. — Ce sont mes parts dans Al Fayed Capital Group. Dix pour cent. Tu es contente ? demanda Zaynab, un sourire discret sur les lèvres. Elle ne laissa pas à sa mère le temps de répondre. Elle monta dans sa chambre et s’installa sur le lit, téléphone en main. Sur les réseaux, les critiques fusaient toujours. A suivre
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