Zaynab se contenta d’un sourire glacé. Puis elle leva les yeux vers Mourad, lui lança un regard tranchant comme une lame. Un regard noir, chargé de reproches, de dégoût, de défi.
Mourad ne réagit pas. Il détourna simplement les yeux, comme s’il ne l’avait pas vue, puis attrapa la main de Khoudia sans un mot. Ensemble, ils s’éloignèrent vers le fond du restaurant.
Zaynab reprit sa coupe de vin rouge, la porta à ses lèvres et souffla, mi-amusée, mi-écoeurée.
– Tellement pathétique...
Sami la regarda en silence. Maysa, elle, hocha la tête sans cacher son indignation.
Une fois hors de vue, Khoudia et Mourad s’engouffrèrent dans le couloir discret menant aux toilettes. À peine les clients devenus rares autour d’eux, Khoudia lâcha sa main et se tourna vers lui, toute en douceur.
– Tu as vu son regard ? On aurait dit qu’elle allait m’étrangler.
Mourad resta silencieux, les yeux fixés sur un point invisible devant lui. Il ne souriait pas. Il n’avait même pas l’air d’écouter. Son expression était fermée, lointaine.
Khoudia s’approcha de lui, jouant avec la manche de sa chemise.
– T’es à moi maintenant, non ? murmura-t-elle. Elle doit comprendre ça.
Mourad tourna enfin la tête vers elle, lentement.
– Tu ne parles pas d’elle, dit-il simplement, la voix grave.
Le ton n’admettait pas de réplique. Khoudia, déstabilisée, hocha la tête et recula d’un pas.
– Je voulais juste...
– Tu joues ton rôle, c’est tout, coupa-t-il. Ne dépasse pas les limites.
Puis il fit volte-face, sans même un regard pour elle, et prit la direction opposée à celle des toilettes.
Restée seule quelques secondes, Khoudia inspira longuement, vexée mais trop lucide pour répliquer. Elle comprit qu’elle venait de franchir une ligne.
Pendant ce temps, à table, Zaynab reposait son verre avec lenteur. Elle avait tout vu. Le jeu de mains, la complicité feinte, puis le départ en duo. Et maintenant, elle en était certaine : c’était une mise en scène. Un numéro orchestré avec soin... peut-être même par Mara.
Elle se pencha vers Maysa.
– Tu veux aller danser ?
– Là, maintenant ? demanda la jeune femme, surprise.
Zaynab sourit avec assurance.
– Oui. Je crois qu’il est temps qu’on s’amuse pour de vrai.
Elle se leva, décrocha son sac accroché au dossier, puis regarda son frère.
– Sami, on se retrouve après. Avec Maysa on a besoin de bouger un peu.
Elle ne leur laissa pas le temps de répondre. Quelques minutes plus tard, Zaynab sortait du restaurant, sa robe blanche éclatante sous les lumières extérieures, ses talons claquant sur le sol avec détermination. Elle ouvrit l’application sur son téléphone et lança une story.
Plan serré sur elle.
Texte : "L’élégance, c’est de briller sans supplier. Ce soir, on va danser."
Puis elle rangea le téléphone et souffla à Maysa, complice :
– Qu’ils me voient briller, et qu’ils s’étouffent.
Le club vibrait déjà sous les basses quand Zaynab et Maysa franchirent l’entrée VIP. L’endroit était chic, feutré, avec une clientèle triée sur le volet. Zaynab, dans sa robe blanche au décolleté sculptural, attira les regards dès son apparition. Des flashs mentaux, des murmures, quelques sourires approbateurs. Elle ne baissa pas les yeux. Ce soir, elle était là pour dominer.
Maysa lui prit la main, toutes deux se dirigèrent vers une table qu’on leur réserva sur le champ. Quelques instants plus tard, des cocktails arrivaient. La musique montait. Des étincelles dansaient au-dessus de bouteilles sur des plateaux. Puis Zaynab se leva, sans prévenir, et se dirigea vers la piste.
Elle dansa. Lentement d’abord, sensuellement. Les cheveux lâchés, les gestes maîtrisés, le regard haut. Elle dansait comme on lance une déclaration. Maysa filma quelques secondes. La vidéo fut postée sur i********: dans la minute.
Texte : "Certains jouent, d’autres règnent."
À la villa, Mourad était dans sa chambre. Assis sur le bord du lit, le téléphone à la main. La vidéo tournait en boucle. Il la regarda trois fois. Puis verrouilla l’écran. Aucun mot. Aucune réaction. Son visage demeura figé, dur. Un silence presque effrayant.
La porte s’entrouvrit doucement. Khoudia entra sans bruit, vêtue d’un simple peignoir beige qui glissait déjà sur une épaule. Mourad leva les yeux vers elle, sans surprise.
– Tu veux quoi ? demanda-t-il d’un ton sec.
– Je sais que c’est un contrat entre nous, répondit-elle doucement en avançant vers lui. Personne n’est au courant à part nous deux… Mais tu ne peux pas continuer de te priver ainsi. Je suis ta femme, Mourad. Tu as le droit de me toucher.
Il la fixa, froidement.
– J’en ai pas envie.
– Mais moi, j’en ai envie, souffla-t-elle. Et tu me dois bien ça.
– Je ne veux pas te toucher… Je ne t’aime pas.
– Ce n’est pas grave. Moi, je t’aime. Et je t’accepte comme tu es. Même si tu penses à une autre quand tu es avec moi.
Mourad détourna le regard, l’air soudain agacé. Mais elle fit tomber son peignoir au sol sans un mot de plus. Nue, elle s’avança lentement vers lui.
– Remets ça, dit-il en baissant les yeux.
Elle ne bougea pas. Au contraire, elle attrapa doucement sa main.
– Ne retiens pas ton envie… Tu ne parles plus à Zaynab. Elle est dehors, avec d’autres. Moi je suis là. Avec toi. Je t’offre mon corps. Je suis ta femme. Et tu es le seul homme que j’aime.
Il retira sa main, presque violemment.
– Tu ne m’attires pas, Khoudia.
Elle ne recula pas. Ses yeux brillants se plantèrent dans les siens.
– Alors laisse-moi te le prouver.
Il serra les poings, le souffle court.
– Khoudia, couvre-toi…
– Non, souffla-t-elle en s’approchant. Je suis ta femme. Tu n’as pas besoin de lutter contre ce que tu ressens.
Il recula d’un pas, mais elle le suivit.
– Tu veux Zaynab, je le sais. Mais elle t’ignore, te rejette. Tu ne vas pas continuer à te punir pour une femme qui t’a tourné le dos. Moi, je suis là… je suis à toi.
Elle posa doucement ses mains sur son torse, et cette fois, Mourad ne les repoussa pas. Il ferma les yeux un instant, tiraillé entre la colère, la frustration, et ce désir qu’il refusait d’admettre. Ce besoin de combler un vide.
– C’est toi qui as voulu ce mariage, murmura Khoudia. Moi, je suis juste amoureuse. C’est tout.
Mourad la fixa, longuement. Il ne dit rien. Il y avait une tension dans l’air, pesante, silencieuse.
Khoudia, nue, s’approcha dans le silence. Elle posa sa main sur sa nuque, puis glissa ses doigts sur sa chemise, lentement.
– Je ne te demande pas de m’aimer, dit-elle. Je te demande juste d’être un homme.
Il resta figé. Elle murmura :
– Tu ne veux pas me regarder ? Très bien.
Elle se retourna d’elle-même, s’agenouilla sur le lit, cambrée, offerte. Il ferma les yeux, le cœur lourd. Mourad pris un préservatif et la mis sans un mot.
Puis, brusquement, il l’attrapa et la pénètre violemment. Une tension froide, presque violente. Il ne la toucha pas avec tendresse. Il ne l’embrassa pas. Il ne murmura rien. Il ne pensait pas à elle.
Il pensait à Zaynab.
Et pourtant, c’est Khoudia qu’il prit cette nuit-là.
Quand il sentit qu’il allait jouir, il s’était retiré sans un mot. Il n’avait pas joui contre elle. Pas sur elle. Encore moins en elle. Une fois tout fut fini, il s’écarta sans un mot, attrapa ses vêtements et quitta la chambre.
Khoudia resta allongée, haletante. Les joues rouges, le corps encore parcouru de frissons. Elle avait aimé cette brutalité. Ce silence. Cette manière qu’il avait eue de la prendre sans douceur. Pour elle, c’était une preuve de force, de domination. De ce qu’elle avait toujours attendu d’un homme comme lui.
Mais Mourad, lui, ne ressentait rien. Aucun soulagement. Aucune fierté. Aucune paix.
Il traversa le couloir sans s’arrêter. Descendit les escaliers. Prit ses clés.
Il monta dans sa Range Rover et roula. Longtemps. Sans but précis. Juste pour fuir.
Il atteignit une de ses villas, isolée, éloignée de tout. Personne n’y allait. Pas même ses sœurs. Il y gardait ce lieu comme un refuge secret.
Il s’y enferma, retira sa chemise, resta debout au milieu du salon plongé dans l’obscurité.
Et il regretta.
Il regretta d’avoir cédé.
Il regretta de ne pas avoir résisté.
Il regretta d’avoir touché une femme qu’il n’aimait pas.
Il s’assit au sol, dos contre un mur. Et, pour la première fois depuis longtemps, il sentit une honte étrange le ronger. Comme si quelque chose en lui venait de mourir.
A suivre