Droit péjoratif

1791 Words
Droit péjoratifOn a voulu nous faire une fleur en féminisant certains substantifs. Est-ce qu’en déformant la langue française on approche d’une égalité incertaine, ou bien a-t-on voulu donner aux femmes une friandise amère emballée comme un bonbon de Noël ? En y regardant de plus près, cette nouvelle forme grammaticale me paraît tellement plus péjorative ! Artisan, artisane (pourquoi je ressens cette nouvelle forme si proche de courtisane ?) auteur, auteure ? (je trouve qu’il y a là une absence de hauteur, limite envie de vomir… re !). La sélection, quelle qu’elle soit, est aussi une forme de discrimination, quand elle ne discrédite pas la valeur. Devons-nous être les auditrices de ces propos stupides de féminisation des noms de valeurs ou de métiers ? Si encore on utilisait les formes classiques de la féminisation ! Il y a de quoi rire mes chers amis auteurs si nous devenions vos chères amies autrices ou auteuses ? Et pourtant les féminins des noms en « teur ou eur » sont soit « trice », soit « teuse » ! Vous souvenez-vous de celui-ci : Doctoresse ? J’en frissonne. On n’a pas osé Mairesse, mais Madame la Maire ! Je ne peux m’empêcher de penser à la cour de récréation où l’on ajoutait, méprisantes, cet article au prénom ou au nom de la mauvaise camarade ! La Dupont m’a tiré les cheveux ! Si l’on admet la part féminine chez l’homme, pourquoi refuser la masculinité chez la femme ? Ma dernière sage-femme était un homme ! Je trouve que cette révolte, notre révolte, ressemble à une prise de possession des prérogatives, genre prise de judo ou de becs ! Un droit péjoratif ? Ces deux mots ne seraient-ils que les acronymes de : Domination Reproches Obligation Insultes Torture Pouvoir Égalitaire Justice Offense Révolte Arrogance Tradition Impertinence Femme. Les violences, n’existent-elles pas assez dans la vie courante de nombreuses femmes qu’il faille les cacher derrière cette bataille des mots ? Comme si en détournant le problème, celui de la violence qui leur est faite, on pouvait le faire disparaître en féminisant les noms. Mais on fait mieux, cela devient des statistiques, celles du pourquoi, comment, combien… un autre camouflage, impersonnalisme du problème. Je pourrais vous parler légèrement de toutes ces théories, mais j’ai connu une variété dans la violence conjugale qui pourrait servir de bouquet de la Toussaint à poser sur ma tombe. Trois maris, trois relations difficiles, et ne me dites pas que j’ai recherché l’apologie de la violence ni celle du meilleur score, encore moins du champion olympique de la maltraitance. Donc trois maris, un court, un long, un bref ! SOS : c’est trois brèves, trois longues, trois brèves j’ai manqué le stage des aviateurs ! Mais pas loupé le marin au long cours qui voulait que je mérite ma robe blanche ! C’était le premier, de nos jours ce serait apparenté à un viol, ce le fut, avec des séquelles apparentes et constatées par le médecin de famille un mois après. Mais à l’époque on ne parlait pas de violence conjugale sexuelle. Ce ne fut considéré que comme un incident « que la naissance d’un enfant réparerait ». Maladresse ou manifestation d’un bien acquis dont on s’empare parce que la loi vous a accordé le droit de cuissage. C’était l’époque où les femmes avaient le droit de vote, mais pas le droit d’avoir un carnet de chèques et juste celui de se taire. Joli, ce mot DROIT ! Il est très utilisé par l’homme v*****t ! Le second ! Ah, étrangeté de la vie : trente ans ! Quinze ans de bonheur, quinze ans d’horreur. Fallait-il que l’on s’aime pour avoir été si loin, fallait-il que je l’aime pour en avoir tant bavé ? Non, il fallait surtout faire que le quotidien soit assuré, que chaque jour me dise encore en vie, non ! plutôt dans la survie ; le temps ne fut plus compté. Juste croire que je pouvais servir de tampon entre les enfants et lui, alors que je n’étais qu’un punching-ball ! Un exutoire ! Un miroir où il voyait sa conscience, celle qui le dérangeait et qu’il fallait briser. Schizophrène, alcoolique et toujours pas de loi appliquée : ne pas pouvoir appeler à l’aide, ni porter plainte. Les flics ? (c’est vrai, je ne les respecte pas en les nommant ainsi), je n’ai pas envie de respecter ceux-là, ses copains de poker et de beuverie ! Mes plaintes disparaissaient. La première fois : « S’il vous a frappée, c’est que vous l’avez cherché ». Quand je pouvais attraper le téléphone, s’il n’avait pas arraché les fils, ils ne venaient pas. Oh si ! Ils sont venus à quatre, un soir « parce que c’était la journée de la femme ». Il les a mis tous les quatre par terre. Ils l’ont arrêté, mis en dégrisement et relâché à 6 h du matin. Vous pouvez deviner la suite. Le médecin, quand il voyait les traces, ne pouvait pas témoigner, c’était aussi son « patient » ! Aux urgences on baissait les yeux, on soignait, réparait, on faisait silence. Une seule plainte a passé le cap, en référé le juge a dit : « Ce n’est pas bien de frapper sa femme vous risquez huit jours de prison ! Je vous mets 250 Frs d’amende. » Il avait arrêté de travailler, donné sa démission de chez X. Deux mois après, l’huissier est venu chercher 450 Frs avec les frais de retard, il a voulu emporter la télé, il ne valait mieux pas, je serais repassée au pilon le soir même ! Alors j’ai payé. Une décennie plus tard, le juge d’Instruction a dit : « Tel que je le connais, votre mari, il en a bien ri sans doute ! » J’ai répondu : « Ça fait dix ans que j’en pleure ! » Mais à ce moment-là, il était enfin en prison ! Seulement parce que l’HP1 ne voulait plus de lui et qu’après douze tentatives d’assassinat dans la même semaine assorties d’une plainte contre le Commissariat pour non-assistance à personne en danger, les copains lui avaient enfin passé les menottes. Le troisième, le bref, j’avais 64 ans, veuve du deuxième, trois ans de vie partiellement commune… Là, ce fut surtout la violence psychologique, la manipulation, suivies de la perversité, qui sont apparues quelques jours après le mariage, isolement avec éloignement de la famille, des amis, surcharge de besognes diverses, humiliations, jalousie morbide, et pour en venir aux coups, et une mise à la porte manu militari ! Mais là, j’ai eu le temps de prendre mon sac, les clés de ma voiture et j’ai fait le parcours : « Femmes battues » : réconfort, médecin, avocat, gendarmerie, demande de divorce pour violences conjugales. Je n’ai pas eu le référé. Le fin mot de l’histoire découvert au moment du divorce, cet homme cultivé, fréquentant la haute société municipale, bourgeoise et culturelle, j’en étais la septième femme, non pas de Barbe-Bleue, mais de sa vie ! À chaque fois il entreprenait une guerre pour les faire partir, ainsi il y avait abandon de domicile conjugal ! Et surtout il gardait tous les biens, et leur faisait si peur qu’elles ne réclamaient rien. C’est ainsi que j’ai découvert qu’il m’avait « lourdée » (c’est le terme !) parce qu’il venait de vider mes comptes en banque ! Ça ne l’a pas empêché de revenir une nuit dans la maison, et de me v****r alors que j’avais pris des somnifères, des mois que je ne dormais plus. Croyez-moi ça réveille ! Vrai que celui-là c’était un concentré des deux autres. Le sel de l’histoire, ce fut le même juge dix ans après ! Je me demande si un jour, après ce jugement, je reverrai ce magistrat. J’essaierai de savoir si cela a bien fait rire le « Bref » ! Enfin, voici sept ans de passés, je vous dirai dans trois ans s’il a renouvelé la plaisanterie ! Pour ce qui est de ce mari pervers, j’ai contrôlé les dires d'Isabelle Nazare-Aga dont elle parle dans son livre « Les 30 caractéristiques du manipulateur » : je me suis arrêtée à 17, quel comble si cet homme avait été reconnu parfait dans sa catégorie ! Est-ce le manque de mots pour s’exprimer qui serait le premier facteur ? Sans doute il est plus facile pour les violents, d’envoyer un uppercut que de faire une phrase. Et puis ainsi on ne vous répond pas ! Pan ! « Tais-toi chienne ! » Les conséquences du manque de mots ? À court terme, la mort pour 121 femmes en 2013… en France. Gloria ! En baisse ! Car en 2012 : il y en eut 148. Re-gloria, 118 en 2014. Mais à long terme, les familles déchirées, les enfants perturbés, qu’en fait-on masculin ou féminin ? Que dire ? C’est une vérité, pas la vérité. Car là c’est un nom au pluriel, féminin celui-ci, qui s’ajoute : séquelles… - Les séquelles morales je ne peux toujours pas dormir sans la lumière, ni la télé ! Mais je dors enfin… - Les séquelles physiques, en vieillissant : les fractures, les blessures internes, rien ne s’arrange et on continue le m******e pour essayer de réparer ce corps, opération après opération. Mais je marche enfin… Ne me dites pas : "pourquoi être restée ?" L’obsession d’empêcher cette montée en violence qui a commencé par les menaces, les humiliations ? Vous êtes réduite à une chose, la chose qui essaye de faire face à tout ce que comporte le quotidien et puis à force de se faire traiter d’imbécile on finit par y croire et, pourquoi pas, par l’être. Mais enfin j’en parle… D’autant que pertinemment, la femme sait qu’elle est celle qui a participé à la construction de la famille. Comme pour la construction d’une maison, elle apporté toutes les pierres du foyer, porté les sacs de ciment, échafaudé les murs et monté le plancher, ce fichu plancher qui se dérobe sans cesse sous elle. Mais enfin ce plancher tient… L’histoire qui se répète ? Je pense que comme dans la savane, les prédateurs sont nombreux pour la même proie, et qu’ils aiment la même gazelle et que cette gazelle ils savent la repérer, la duper ! Comment s’en sortir ? En féminisant les violents ? Il y a aussi des femmes violentes… Se reconstruire ! Reconstruction physique plus ou moins. Plus difficile est la reconstruction mentale qui ne peut se faire sans aide, psychothérapie, etc. La psychiatrie est plus compliquée, trop longue, elle ne pouvait me convenir, d’autant que les commissions de psychiatres, je les ai vécues pour le tribunal, j’ai été déclarée lucide et équilibrée, juste dans une grande souffrance. Je ne vous dis pas la froideur des rapports des deux médecins légistes, c’était un peu comme un inventaire ! Deux réactions, vous retombez dans le misérabilisme, ou vous vous mettez à côté de l’histoire. Les procès sont longs et vous font replonger dans ce sordide où vous vous voyez effectivement comme la victime, à nouveau la chose ! Où la partie adverse vous diminue sans vergogne, « J’entends Madame B. pleurer derrière moi ! » a dit dans son plaidoyer l’avocate adverse. J’ai enfreint le règlement j’ai su dire assez haut pour être entendue du Juge : « Non, non ! Il y a longtemps que je ne pleure plus ». (Trois ans avaient passé ; et j’avais jeté les kleenex !) Ou : « Cette plainte, c’est vengeance de femme bafouée ! » Ça, c’est un procureur (une femme, mais oui !) qui l’a dit. J’aurai peut-être dû mettre un « e » à procureur ? Je sais maintenant que je suis quelqu’un de bien, je sais que j’ai su garder ma douceur et ma patience, mais il ne faut plus me menacer. Les braves gens ne courent pas les rues ! Je dis : « Oui c'est vrai. » Alors sans courir les rues, j'aime faire partie des braves gens, mais je fais partie des gens dont on a épuisé la bravoure, pas le courage de s’en sortir. Et si ce sont les violents qui l'emportent, alors restons au pluriel, car ils sont nombreux. Mais celles qu’on a aidées et qui ont survécu peuvent se dire victorieuses. Elles ne pourront pas forcément vous dire leur histoire comme moi aujourd’hui. Elles savent qu’elles sont des femmes. Alors qu’importe la féminisation des patronymes ! Françoise Bidois Fougère - France 1 Hôpital psychiatrique
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