Il n’était pas venu au bureau ce jour-là.
Pas d’appel.
Pas de message.
Ce silence-là n’était pas stratégique. Elle le sentit immédiatement. Quelque chose n’allait pas. Elle hésita longtemps avant de prendre son téléphone. Trop longtemps. Puis elle appela. Une fois. Deux fois.
À la troisième tentative, il décrocha.
Sa voix était méconnaissable.
Basse. Rauque. Lente.
— Je ne viendrai pas aujourd’hui.
Elle ne posa qu’une question :
— Où êtes-vous ?
Une pause. Puis une adresse.
Quand elle entra chez lui, elle sut qu’elle avait déjà trop fait.
Il était étendu sur le canapé, veste abandonnée au sol, chemise froissée. Le visage pâle, les traits tirés. La fièvre brûlait sous sa peau. Le playboy avait disparu. Il n’y avait plus que l’homme.
— Tu n’aurais pas dû venir, murmura-t-il.
— Taisez-vous, répondit-elle doucement.
Elle ne réfléchit pas. Elle agit. De l’eau. Des médicaments. Les rideaux tirés. Elle posa une serviette fraîche sur son front. Elle resta. Une heure. Puis deux. Elle ne sut pas quand la frontière se rompit.
Il délirait un peu. Pas assez pour se trahir. Juste assez pour lâcher prise. Sa main chercha quelque chose dans le vide. Elle la prit sans y penser.
Et ne la lâcha pas.
Quand la fièvre commença à baisser, elle était assise contre lui, son corps à moitié soutenu par le sien. Il respirait plus calmement. Sa tête reposait contre son épaule. Trop proche. Trop intime.
— Tu restes… murmura-t-il, sans ouvrir les yeux.
— Juste jusqu’à ce que ça passe.
Elle sentit son souffle chaud dans son cou. Elle aurait dû se lever. Partir. Mettre de la distance. Mais son corps ne suivit pas sa raison.
Il ouvrit les yeux. Lentement.
Il la regarda comme il ne l’avait jamais regardée.
Pas en dominant.
Pas en séducteur.
En homme vulnérable.
Le b****r arriva sans décision.
Court. Tremblant. Inévitable.
Elle posa son front contre le sien ensuite, les bras encore autour de lui. Ils restèrent ainsi longtemps, enlacés, silencieux, pendant que sa fièvre s’éteignait peu à peu.
Quand il s’endormit vraiment, elle se leva.
Doucement.
Sans bruit.
Elle remit de l’ordre. Rangea les médicaments. Ajusta la couverture. Puis elle partit, sans laisser de mot.
Dans l’ascenseur, son cœur battait trop fort.
Elle avait trop fait.
Elle ne savait pas comment.
Mais une chose était certaine désormais :
ce b****r n’était pas une erreur.
C’était une faille.
Et dans une dark romance,
les failles sont toujours ce qui fait le plus mal.