Il se réveilla lentement.
Pas avec la douleur habituelle.
Avec le silence.
La lumière filtrait à travers les rideaux qu’il ne fermait jamais complètement. Sa tête était lourde, son corps encore faible, mais la fièvre avait disparu. Quelque chose d’autre, en revanche, persistait.
Une chaleur.
Pas physique.
Il bougea légèrement. Le canapé était vide. Trop vide. La couverture soigneusement remise. Un verre d’eau posé sur la table. Les médicaments alignés avec précision.
Elle était venue.
Ce n’était pas un rêve. Il en était sûr. Le souvenir était flou par endroits, mais certaines choses restaient nettes : sa main dans la sienne, sa présence calme, cette manière qu’elle avait eue de rester sans poser de questions inutiles.
Et surtout…
le b****r.
Court. Réel. Pas volé. Pas calculé.
Il se redressa lentement, passa une main sur son visage. Il n’y avait aucune trace d’elle, et pourtant elle était partout. Dans l’ordre inhabituel de l’appartement. Dans ce calme qu’il détestait d’ordinaire. Dans cette sensation étrange de manque.
Il réalisa quelque chose qui le dérangea profondément :
elle avait vu ce qu’aucune autre n’avait vu.
Et elle était partie quand il ne pouvait ni retenir, ni contrôler.
Il sourit sans joie.
D’habitude, les femmes restaient trop longtemps.
Cette fois, celle qui comptait était partie trop tôt.
Il se leva, encore fragile, marcha jusqu’à la baie vitrée. La ville était là, fidèle, bruyante, tentante. Son monde l’attendait : les soirées, les visages connus, les distractions faciles.
Mais aucune de ces choses ne faisait taire cette pensée obsédante :
Elle m’a vu faible… et elle n’en a rien fait.
Ce n’était pas une victoire.
C’était une défaite silencieuse.
Il comprit alors que le b****r n’avait pas été un accident.
C’était un point de non-retour.
Et dans ce jeu qu’il croyait maîtriser,
le contrôle venait de lui échapper pour la première fois.