( deux mois plus tard)
L’événement avait été pensé comme un jeu.
Une soirée publique, élégante, presque légère. Des invités, des partenaires, des employés. Des rires, de la musique, des équipes formées au hasard pour des défis symboliques. Rien de sérieux. Rien de dangereux.
En apparence.
Elle se retrouva dans une équipe avec lui… et avec son collègue.
Un hasard. Bien sûr.
Ils riaient. Ils collaboraient. Trop naturellement. Le collègue se penchait vers elle pour expliquer une règle, effleurait son bras sans y penser. Elle ne le remarquait même pas vraiment. Elle était concentrée sur le jeu.
Mais lui, si.
Il observait. Silencieux. Le playboy souriant aux autres, mais l’homme ailleurs. Chaque proximité inutile, chaque rire partagé, chaque seconde de trop s’imprimait en lui comme une provocation.
Quand l’épreuve se termina, les applaudissements couvrirent le malaise. Elle se détourna un instant pour récupérer quelque chose.
C’est là qu’il la saisit doucement par le poignet.
— Viens.
Pas une demande.
Pas un ordre crié.
Une certitude basse.
Il l’entraîna à l’écart, dans un couloir isolé, à l’abri des regards et du bruit. Elle voulut parler. Il ne lui en laissa pas le temps.
— Tu fais ça exprès ? murmura-t-il.
— Faire quoi ? répondit-elle, troublée.
Il s’approcha trop près. Sa voix resta calme, mais tendue.
— Laisser croire que n’importe qui peut te toucher. Te prendre du temps. De l’espace.
— Je ne t’appartiens pas, dit-elle, ferme.
Ce fut là que quelque chose bascula.
Il posa une main contre le mur, juste à côté d’elle, sans la coincer, mais assez pour qu’elle sente la présence. Son regard était sombre. Possessif. Dérangé.
— Je sais, répondit-il. C’est bien le problème.
Le b****r ne fut ni long ni doux.
Juste assez pour faire taire les mots.
Assez pour rappeler ce qu’ils faisaient semblant d’ignorer.
Il la souleva légèrement, sans violence, sans urgence — comme pour la forcer à se recentrer sur l’instant. Sur lui. Sur ce qu’il retenait depuis trop longtemps.
Quand il se recula, son souffle était court.
— Je ne voulais pas ça, dit-elle, la voix tremblante.
— Moi si, répondit-il honnêtement. Je voulais que tu saches.
— Savoir quoi ?
Il la fixa une dernière fois.
— Que ce que tu fais aux autres… tu le fais aussi à moi.
Il la laissa là, seule dans le couloir, le cœur battant trop vite, pendant que la musique et les rires reprenaient derrière la porte.
De retour parmi les invités, personne ne remarqua rien.
Mais pour elle comme pour lui, la soirée venait de changer de nature.
Ce n’était plus un jeu.
C’était une déclaration silencieuse.
Et dangereuse.