Elle sourit encore quand on lui parle.
Elle répond. Elle joue son rôle.
Mais à l’intérieur, tout est ailleurs.
Le couloir revient sans cesse.
La pression invisible.
Le regard.
Cette phrase surtout : « Je voulais que tu saches. »
Savoir quoi, exactement ?
Qu’il pouvait la prendre à l’écart quand il voulait ?
Qu’il la regardait comme on regarde quelque chose qu’on refuse de perdre ?
Ou qu’il avait franchi une ligne… sans demander la permission ?
Elle rentra chez elle tard. Trop tard.
Le silence de son appartement lui pesa. Elle posa son sac, retira ses chaussures, s’assit sans allumer la lumière.
Ses lèvres brûlaient encore.
De colère.
De trouble.
Elle se détesta pour ça.
Le lendemain, il était distant.
Professionnel. Froid. Parfaitement irréprochable.
Comme s’il n’avait rien fait.
Et c’était pire.
Parce qu’elle comprit alors :
il ne regrettait pas.
Il contrôlait.
Chaque réunion devenait une épreuve.
Chaque regard un rappel.
Chaque silence, une tension non dite.
Elle surprit une collègue lui parler à lui, trop près.
Et cette fois… c’est elle qui détourna les yeux.
Cette pensée la terrifia.
Ce n’est pas moi.
Je ne suis pas comme ça.
La nuit suivante, elle rêva.
Elle se trouvait chez lui.
Pas le bureau. Pas le masque social.
Son vrai espace.
Les murs sombres. Le calme lourd.
Lui, sans costume, sans sourire, affaibli.
Il était malade dans le rêve. Fiévreux. Défait.
Et elle… elle restait.
Elle lui apportait de l’eau. Posait une main sur son front.
Il murmurait son prénom sans la regarder.
— Ne pars pas…
Elle se réveilla en sursaut.
Le cœur battant.
Ce n’était qu’un rêve.
Mais elle sut, à cet instant précis, que quelque chose avait changé.
Pas chez lui.
Chez elle.
Et ce qui la terrifia le plus, ce ne fut pas le b****r.
Ce ne fut pas sa possessivité.