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Rien n’explosa.
Rien ne se brisa immédiatement.
Et pourtant, quelque chose avait changé.
Les jours suivants, il redevint ce qu’il avait toujours été aux yeux du monde : impeccable. Présent partout. Sourire facile. Charme maîtrisé. Le playboy reprenait sa place dans les soirées, les réunions, les centres d’action. Les femmes riaient à ses côtés, les contrats se signaient, les verres se levaient.
Mais elle remarqua ce que les autres ne voyaient pas.
Il rentrait plus tard.
Il parlait moins.
Et quand il la regardait, ce n’était plus pour provoquer, mais pour évaluer.
De son côté à elle, la frontière devenait floue.
Elle continuait sa vie — ses courses nocturnes, ses livres, ses silences choisis. Elle refusait de se laisser absorber. Mais le travail changeait. Subtilement. Il lui confiait plus. Trop. Des dossiers sensibles. Des rendez-vous discrets. Des détails qu’elle n’aurait pas dû connaître.
— Pourquoi moi ? osa-t-elle demander un soir.
Il répondit sans la regarder :
— Parce que tu observes sans juger.
Ce n’était pas un compliment.
C’était une mise à l’épreuve.
Le dark ne venait pas de gestes brusques ou de mots violents.
Il venait de cette emprise invisible : la manière dont il occupait l’espace, le silence, le temps. Il ne la touchait pas. Il n’en avait pas besoin. Sa présence suffisait à la déséquilibrer.
Et pourtant, il continuait ailleurs.
Elle le savait.
Les traces de parfum. Les appels tardifs interrompus. Les noms qu’il ne prononçait pas. Il restait fidèle à lui-même : un homme libre, multiple, insaisissable.
C’est ce qui rendait tout plus cruel.
Car pendant qu’il dispersait son désir, elle devenait le point fixe. Celle qui voyait l’homme derrière le masque. Celle qui restait quand les autres passaient.
Un soir, en quittant le bureau, elle s’arrêta à la porte.
— Vous n’avez jamais peur de perdre le contrôle ?
Il releva la tête lentement.
— Si.
— Alors pourquoi continuer ?
Un long silence. Puis :
— Parce que certaines pertes sont inévitables.
Elle comprit à cet instant que le danger n’était pas ce qu’il faisait…
mais ce qu’il retenait.
Et que ce roman n’allait pas parler d’amour qui sauve,
mais d’un amour qui consume lentement.