Son point de vue – Le lendemain n’efface rien
Elle s’était réveillée avant l’alarme.
Ce n’était pas un cauchemar.
Ce n’était pas un rêve non plus.
Juste cette sensation persistante : quelque chose avait glissé hors de sa place.
Elle refit sa routine exactement comme d’habitude. Douche froide. Café noir. Vêtements sobres. Elle s’y accrocha comme à une rambarde. Rien ne devait transparaître. Elle n’avait rien fait de mal. Elle avait travaillé. C’était tout.
Et pourtant, quand elle entra dans le bureau, l’espace lui sembla différent.
Il était déjà là.
Costume impeccable. Regard distant. Le playboy officiel était de retour. Celui que les autres connaissaient. Celui qui plaisantait avec une collaboratrice, téléphone à la main, sourire facile.
Elle sentit un pincement sec dans la poitrine.
Pas de jalousie.
Une lucidité douloureuse.
La veille, elle avait vu l’homme seul.
Ce matin, elle voyait le rôle.
— Bonjour, dit-il, professionnel, neutre.
— Bonjour, monsieur, répondit-elle sans hésiter.
Ce « monsieur » était une barrière.
Elle la posa volontairement.
Toute la matinée, il l’ignora presque. Il multiplia les appels, sortit, revint, repartit. Des noms de femmes passèrent dans des conversations qu’il ne cherchait même pas à cacher. Un déjeuner prévu. Une soirée déjà planifiée.
Il reprenait ses habitudes.
Comme s’il voulait prouver quelque chose.
Et elle comprit.
Il ne fuyait pas elle.
Il fuyait ce qu’elle avait vu.
À midi, elle reçut un message bref.
« Ce soir, je ne serai pas disponible. »
Aucune justification.
Aucune demande.
Elle posa le téléphone face contre le bureau.
Ça ne la concernait pas.
Ça ne devait pas la concerner.
Mais quelque chose en elle se fissurait lentement.
Le soir, chez elle, elle tenta de lire. Impossible. Les mots glissaient. Elle pensa à cet appartement trop silencieux. À la manière dont il avait défait sa chemise sans la regarder. À cette fatigue qu’il n’exhibait jamais ailleurs.
Et surtout à une pensée dangereuse :
Il retourne vers le bruit parce que le silence lui fait peur.
Elle comprit alors que le dark n’était pas dans ses conquêtes, ni dans son pouvoir.
Il était dans ce va-et-vient permanent :
s’approcher… puis disparaître.
Et elle devait décider quelque chose, tôt ou tard :
continuer à rester stable dans un monde instable,
ou apprendre à se protéger avant d’y laisser une part d’elle-même.
Car une chose était claire désormais :
le playboy pouvait tout offrir au monde,
mais chez lui…
il ne savait pas quoi faire de la solitude.