Après les heures
Le bureau s’était vidé depuis longtemps.
La ville brillait derrière les vitres, indifférente à ce qui se jouait à l’intérieur.
Elle était restée.
Par choix. Par orgueil aussi.
Les talons avaient disparu sous le bureau, la veste soigneusement pliée. La fatigue alourdissait ses épaules, mais elle refusait de le montrer. Elle terminait un dernier dossier quand elle sentit sa présence avant même d’entendre ses pas.
— Vous travaillez encore.
Ce n’était pas une question.
— Vous m’avez demandé de rester.
Il s’approcha, lentement, sans l’agresser de sa proximité comme la veille. Ce soir, il jouait autrement. Il observa l’ordre parfait, la concentration, la façon dont elle gardait le contrôle même épuisée.
— Pourquoi ne partez-vous pas ? demanda-t-il.
Elle hésita.
— Parce que fuir serait vous donner raison.
Un silence. Dense.
Il se servit un verre, s’adossa au bureau, la regarda enfin vraiment. Pas comme un patron. Pas comme un playboy. Comme un homme intrigué malgré lui.
De son côté à elle, le danger était clair. Elle le sentait. Chaque regard, chaque silence la poussait à la limite. Elle savait qu’il aimait dominer, provoquer, pousser jusqu’à la faille. Et pourtant… elle restait. Parce qu’une part d’elle refusait d’être une conquête de plus.
— Vous savez ce qu’on dit de moi, dit-il doucement.
— Oui.
— Et vous restez.
— Parce que les réputations mentent souvent.
Il sourit. Pas un sourire cruel cette fois. Quelque chose de plus sombre. Plus personnel.
Il s’approcha encore. Trop près.
Elle ne recula pas.
— Ici, murmura-t-il, tout m’appartient.
— Pas moi, répondit-elle sans trembler.
Ce fut le moment précis où le jeu changea.
Il recula d’un pas, rompit la tension comme on range une arme.
— Rentrez. Il est tard.
Elle cligna des yeux, surprise.
— Vous êtes sûr ?
— Oui. Puis, plus bas : Avant que je ne fasse quelque chose que je regretterais.
Elle quitta le bureau sans se retourner.
Mais une fois seule dans l’ascenseur, son cœur battait trop vite. Elle venait d’échapper à quelque chose… ou de l’avoir déclenché.
De son côté à lui, la nuit fut longue.
Il n’avait pas gagné.
Et pour la première fois, il n’en était pas certain de vouloir gagner de la manière habituelle.
Une vérité s’imposait, dérangeante et dangereuse :
elle n’était plus sous son contrôle.
Et ça le rendait obsédé.