les mondes parallèles

725 Words
Il ne vivait pas dans un seul monde. Il les possédait tous. Le matin, il était l’homme d’affaires impeccable, réunions stratégiques, chiffres à sept zéros, décisions qui faisaient ou défaisaient des carrières. L’après-midi, il passait par l’un de ses centres secondaires : un club privé dont personne ne connaissait vraiment les propriétaires. Le soir, parfois, il finissait dans une salle de sport haut de gamme, frappant le sac de boxe jusqu’à ce que ses phalanges brûlent. La boxe était son refuge. Là où il ne séduisait pas. Là où il dominait sans jouer. Ce soir-là, une femme l’attendait déjà dans son bureau du club. Belle. Volontaire. Consentante. Il savait comment ça finirait. Comme toujours. Facile. Sans conséquence. Pourtant, une image s’imposa à lui sans prévenir : elle, concentrée derrière son écran, calme, inaccessible. Il fronça les sourcils. Inacceptable. Pendant ce temps, elle était ailleurs. Dans un petit appartement lumineux, loin du luxe, loin des vitres teintées et des gardes du corps. Elle avait troqué les talons contre des chaussettes, un vieux t-shirt, un livre ouvert sur les genoux. La musique tournait doucement. Elle aimait ces moments-là. Simples. Réels. Elle avait une vie avant lui. Et elle comptait bien la garder. Elle sortait parfois courir la nuit, casque sur les oreilles, laissant ses pensées se calmer. Elle refusait de penser à son patron plus que nécessaire. Refusait d’analyser ses regards, ses silences, sa présence trop lourde. Mais ce soir-là, son téléphone vibra. Un message. Court. Froid. « Demain, vous m’accompagnez à l’un de mes centres. Habillez-vous sobrement. » Elle fixa l’écran longtemps. Ce n’était pas une invitation. C’était un ordre. Elle posa le téléphone, inspira profondément. Elle savait ce que cela signifiait : sortir du cadre, entrer dans son territoire, là où il était roi, là où les règles changeaient. De son côté, il souriait déjà. Il ne l’invitait pas dans son monde par hasard. Il voulait voir comment elle réagirait face à ses autres visages : le playboy, le prédateur social, l’homme entouré de tentations. Une chose était sûre : leurs vies, jusque-là parallèles, venaient de s’approcher dangereusement. Et quand deux mondes entrent en collision… il y a toujours des dégâts Elle comprit immédiatement qu’elle n’était plus dans son univers. Le bâtiment était immense, discret de l’extérieur, oppressant de l’intérieur. Lumières tamisées, marbre sombre, silhouettes élégantes qui se saluaient sans jamais poser trop de questions. Ici, tout respirait l’argent, le pouvoir… et les secrets. Il marchait devant elle. Sûr de lui. Intouchable. — Restez près de moi, dit-il sans se retourner. Ce n’était pas une protection. C’était une mise en garde. Les regards se posaient sur lui avec admiration, désir, respect. Certaines femmes souriaient déjà, familières. Trop familières. Elle le remarqua. Elle n’en dit rien. Mais quelque chose se crispa en elle. — C’est ici que vous passez vos soirées ? demanda-t-elle. — Une partie, répondit-il. Je n’aime pas m’ennuyer. Une femme s’approcha, belle, sûre d’elle, posa une main sur son bras. — Tu disparaîs ces derniers temps. Il ne la repoussa pas tout de suite. Il jeta un regard vers sa secrétaire. Juste une seconde. Assez pour tester. Elle resta impassible. Professionnelle. Mais intérieurement, elle bouillonnait. Elle n’était pas jalouse — pas encore. Elle était lucide. Cet homme était exactement ce qu’il prétendait être : un playboy entouré de tentations. Quand il se dégagea enfin, ce ne fut pas pour la femme. Ce fut pour elle. — Viens, dit-il simplement. Ce mot. Pas « mademoiselle ». Pas « ma secrétaire ». Juste viens. Ils entrèrent dans un salon privé. Le bruit se coupa net. — Pourquoi m’avoir amenée ici ? demanda-t-elle enfin. Il s’approcha, lentement, son regard sombre accroché au sien. — Pour voir si tu pouvais exister dans mon monde sans t’y perdre. — Et si je refuse ce monde ? Un sourire dangereux apparut sur ses lèvres. — Alors je saurai que tu es vraiment différente. Elle soutint son regard. — Je ne suis pas ici pour être impressionnée. — Je sais, répondit-il plus bas. C’est pour ça que tu es ici. Dehors, la musique reprenait. Les tentations aussi. Mais entre eux, l’air était devenu trop lourd. Ce soir-là, il comprit qu’il pouvait avoir toutes les femmes qu’il voulait… et pourtant n’en désirer qu’une seule. Et elle comprit que rester forte dans son monde serait bien plus difficile qu’elle ne l’avait imaginé.
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