Les baisers devinrent une habitude.
Pas des élans volés.
Pas des débordements.
Des baisers calmes, répétés, presque quotidiens. Dans l’ombre d’un couloir. À l’abri d’une porte refermée. Parfois sans raison, parfois comme une ponctuation silencieuse entre deux phrases.
Il ne demandait plus.
Il s’approchait, attendait.
Et elle restait.
Ses lèvres trouvaient les siennes avec une facilité qui l’effrayait. Trop juste. Trop familière. Comme si leurs corps avaient trouvé un accord avant leurs esprits.
Mais à chaque fois qu’il glissait plus loin — une main trop insistante, une intention plus lourde — elle se retirait.
— Pas plus loin, murmurait-elle.
Il s’arrêtait toujours.
Le regard sombre, la mâchoire tendue, mais il s’arrêtait.
— Dis-le encore, demandait-il parfois.
— Pas comme ça.
Alors il reculait d’un pas.
Comme s’il notait la limite.
Comme s’il la respectait… pour mieux la comprendre.
Les nuits suivirent.
Elle venait chez lui sans valise, sans promesse.
Juste pour dormir.
Elle portait ses vêtements — une chemise trop grande, un pull qui sentait encore sa peau. Elle ne posa jamais de question. Il ne lui proposa jamais autre chose.
Ils se couchaient côte à côte.
Habillés.
Proches.
Il la prenait contre lui, naturellement, comme si le geste avait toujours existé. Un bras autour de sa taille. Sa main posée, immobile, possessive sans être pressante.
Ils dormaient enlacés.
Et dans ce sommeil partagé, il n’y avait ni jeu ni lutte.
Juste cette évidence troublante :
ils s’appartenaient déjà un peu.
Quand elle se réveillait la nuit, il était souvent éveillé.
— Pourquoi tu me regardes comme ça ? demanda-t-elle une fois.
— Pour être sûr que tu es là.
Elle ne répondit pas.
Elle savait que partir serait plus simple que rester.
Mais rester… c’était se taire et accepter ce qui se construisait sans mots.
Au matin, elle quittait son lit avant que le jour ne s’installe.
Toujours.
Comme une règle qu’elle s’imposait.
Il ne la retenait pas.
Mais quand elle franchissait la porte, elle sentait son regard dans son dos.
Lourd.
Certain.
Ce n’était plus une attirance.
Ce n’était même plus une tentation.
C’était une routine dangereuse.
Une intimité sans nom.
Un contrôle partagé… ou abandonné, elle ne savait plus.
Et ce qui la troublait le plus, ce n’était pas qu’il en veuille plus.
C’était qu’un jour, peut-être,
elle ne lui demanderait plus de s’arrêter.