l'équilibre instable

478 Words
Elle pensait avoir repris le contrôle. Les jours suivants, elle limita les échanges. Strictement professionnels. Des phrases courtes. Des dossiers impeccables. Aucune place laissée au trouble. Et pourtant… il était là. Toujours. Pas plus proche. Mais jamais loin. Il ne la touchait plus. Ce fut presque pire. Dans les réunions, il ne s’asseyait plus à côté d’elle — il la laissait choisir sa place. Mais son regard la suivait, précis, attentif, comme s’il notait chaque respiration. Quand elle parlait, il ne l’interrompait pas. Il attendait. Puis il concluait. — Comme Lina vient de le dire. Toujours son prénom. Jamais celui des autres. À la pause déjeuner, elle le croisa par hasard. Elle pensa passer sans s’arrêter. Il posa sa tasse devant elle avant qu’elle n’ouvre la bouche. — Tu as oublié de manger hier. Elle releva les yeux, surprise. — Je vais bien. — Je sais. Une pause. — Mais ce n’est pas ce que j’ai demandé. Elle sentit cette pression familière, invisible. — Tu vérifies tout, maintenant ? Il s’appuya contre le plan de travail, à distance respectable. — Seulement ce qui pourrait te coûter cher. — Et si je n’avais pas envie que tu décides pour moi ? Son regard se fit plus sombre. Pas en colère. Concentré. — Alors tu me le diras clairement. — Et j’écouterai. Elle sut, à cet instant, que c’était à moitié vrai. --- Le soir même, un imprévu bouleversa l’équilibre fragile. Un appel tardif. Sa voix, inhabituellement basse. — Je ne me sens pas bien. Un silence. — J’ai besoin de toi. Juste pour ce soir. Elle resta figée, téléphone contre l’oreille. — Ce n’est pas approprié, répondit-elle, trop vite. — Je sais. Une respiration courte. — C’est pour ça que je te demande. Elle aurait dû refuser. Elle le savait. Mais ce n’était pas le PDG qui appelait. C’était l’homme qui, pour une fois, ne contrôlait rien. --- Chez lui, l’espace était différent. Plus sombre. Plus calme. Dépouillé de toute façade. Il avait de la fièvre. Une fatigue visible. Il n’essaya pas de jouer un rôle. Elle resta. Elle s’occupa de lui sans savoir pourquoi elle faisait autant. De l’eau. Des médicaments. Une main sur son front. — Tu devrais partir, murmura-t-il. — Pas maintenant. Il la regarda comme s’il mémorisait chaque détail. Quand la fièvre retomba, il l’attira contre lui, sans force, sans calcul. Juste pour rester ancré. Le b****r arriva sans décision. Court. Désorientant. Ils restèrent enlacés jusqu’à ce que sa respiration se calme. Puis elle se leva. Sans un mot. Sans promesse. Elle partit avant l’aube. --- Le lendemain, au bureau, il était redevenu impeccable. Mais quelque chose avait changé. Cette fois, quand il la regarda, il n’y avait plus seulement du contrôle. Il y avait une certitude. Et elle comprit, trop tard peut-être, que ce qu’elle avait donné cette nuit-là… il ne le rendrait pas.
Free reading for new users
Scan code to download app
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Writer
  • chap_listContents
  • likeADD