« La délicatesse des gestes révèle celle des sentiments ». Proverbe africain
La fête battait son plein. Moise venait tout juste de se garer devant la salle louée à l'occasion pour le mariage.
Il était vêtu d'un kaftan bleu ciel et de babouche jaunes. Ils descendirent tous en même temps de la voiture et se dépêchèrent parce qu'ils étaient en retard.
Une fois à l'intérieur, Amina et Aida se faufilèrent entre les invités et allèrent se placer avec les autres demoiselles d'honneurs. Elles étaient au total de six.
La salle de réception était bien décorée.
Tout au bout de la salle, on pouvait admirer la table des mariés composé de bouquets de fleurs et de guirlandes. Les tables des invités étaient couvertes de nappes blanches et ornées de roses rouges au milieu.
Les murs étaient surplombés de ballons rouges et blancs aux quatre coins qui donnaient à la pièce une atmosphère festive.
Un buffet énorme complétait le tout avec beaucoup de nourritures et de boissons avec au milieu le gâteau de mariage qui était embelli au bout par les initiales des mariés.
Penda à son tour disparu. Elle venait d'apercevoir quelques une de ses copines du quartier.
La fête s'annonçait plutôt bien pensa Moise.
Il détestait aller aux mariages. Pour lui ce n'était rien que du bruit et du folklore.
Il alla tranquillement rejoindre le groupe d'hommes assit plus loin. La plupart de ses amis étaient là eux aussi. Ceux-ci l'accueillirent à grand bruit.
Moise était issu d'une famille pauvre. Il avait était cependant gâté à la naissance. C'était un bel homme et il avait surtout cette facilité à convaincre et persuader les gens.
Malgré ses peu de moyens, il s'habillait toujours à la dernière mode et adorait les vêtements chers.
Comment il s'arrangeait pour le faire rester un mystère pour la plupart de ses amis.
Il avait aussi beaucoup de chance avec la gente féminine. Ces dernières l'adoraient.
Moise s'était juré de ne pas finir pauvre. Pour lui cette condition n'était pas son destin. Il refusait de l'accepter. Il aimait le luxe et comptait l'acquérir tôt ou tard.
Il s'était promis de ne jamais finir comme son père. Être à l'âge de la retraite et devoir galérer pour subvenir aux besoins de ses enfants.
Ça jamais!
Pour l'instant, il travaillait comme comptable chez un riche marchant. Il n'avait pas fini ses études par manque de moyen mais il était doué avec les chiffres et son patron illettré l'avait engagé après qu'il est été référer par une amie.
Il détestait son boulot mais savait être patient.
Il savait que le bon moment viendrait ou il aurait son heure de gloire.
Pour l'instant, il essayait d'économiser un peu d'argent pour aller à Dakar et tenter sa chance.
Il ne comptait pas finir sa vie ici.
Il observa Amina de loin au milieu des autres filles qui était en train d'aider à servir. Il l'a trouvait de loin la plus belle.
Il l'aimait mais ne voulait pas officialiser sa relation avec elle pour l'instant.
Il ne voulait pas que certaines femmes qui le dépannaient des fois dans le quartier se détaches de lui.
Il aimait la discrétion, c'était son moyen de survie le plus sûr.
Sa douceur et sa gentillesse l'attiraient. Il la trouvait naïve parfois. Elle ne voyait le mal chez personne.
Il ne comptait pas se marier pour l'instant, mais en d'autres circonstances, il aurait aimé faire d'elle sa femme.
Cependant, son désir de réussite et de sortir de sa condition étaient plus fort.
Il ne voulait rien lui promettre mais il ne voulait pas la perdre non plus.
Il ne savait pas pour l'instant comment envisager cette situation. Il savait que comme toutes les filles en âge de se marier, Amina attendrait de lui une promesse d'engagement tôt ou tard.
Il n'était pas pressé, il attendrait le bon moment et aviserait comme il l'avait toujours fait.
Il observa ensuite lentement les invités, son regard se posa sur les grandes dames qui étaient présente dans la salle. D'un air connaisseur, il admira leurs parures en or. Il connaissait la plus part d'entre elles.
Chacune était habillée de façon plus clinquante que l'autre. Les femmes de la salle rayonnaient de beautés les unes par rapport aux autres. Il fallait se le dire, la sénégalaise était quand même coquette.
Subitement la salle fut remplie de bruits.
Les mariés firent enfin leur apparition entourés de griots et comme par magie la pièce fut animée par les cris et chants de ces derniers.
Moise connaissait le marié. C'était l'un de ses meilleurs amis. C'était même la raison de sa présence à la cérémonie.
Ce qui l'étonnait, c'est que son ami d'enfance Ousmane n'avait jamais eu les moyens.
Et à voir comment se dérouler la cérémonie, il venait apparemment de dépenser une fortune pour ce mariage.
Il sera endetté après le mariage ça c'est sûr, pensa-t-il.
C'est exactement ce qu'il ne voulait pas qui lui arrive.
Il attendrait son moment de gloire et surtout il attendrait d'avoir les moyens pour envisager de s'attacher la corde au cou.
Amina à son tour était en train d'admirer sa meilleure amie. Les larmes lui montèrent aux yeux, elle était tellement heureuse pour son amie.
Elle avait était témoin du début de la relation entre Khady et Ousmane. Et aujourd'hui ils avaient fini mariés.
-Thiey adouna! (Vraiment la vie!) Elle secoua sa tête.
On ne savait jamais ce que le destin nous réservait.
Elle se remémora les paroles de Yaye.
« Dans la vie il y'a deux choses qu'une personne ignore ; le jour de sa mort et la personne qui deviendra son époux ».
Elle était entièrement d'accord avec cette réflexion.
Elle se rappela Khady qui au début ne voulait pas donner à Ousmane une chance parce qu'elle ne le trouvait pas digne de son intérêt. Elle voulait d'un homme qui avait une situation avant de s'engager. Elle espérait épouser un homme riche.
Aujourd'hui, apparemment Ousmane avait surement touché au gros lot. En tout cas, il avait assuré pour son mariage. Il lui avait aussi amené une dot digne d'un émir des pays arabes. Khady était aux anges, elle rayonnait de bonheur.
Amina ne s'attendait pas à un mariage aussi somptueux.
Il ne manquait de rien. La décoration, la nourriture, le gâteau, la robe de la mariée. Tout était parfait!
Elle trouvait juste qu'il y'avait un peu trop de griots à son goût.
Amina était sûre que ce mariage resterait dans les annales.
Khady qui comptait être la reine de la soirée avait apporté avec elle d'autres tenues. Elle était allée se changer à mainte reprise .
Elle comptait aller passer sa lune de miel à Sally le lendemain. Elle voulait que les gens se souviennent de son mariage.
La musique s'arrêta un moment pour faire place au sabar.
Les demoiselles d'honneur commencèrent à applaudir et former un cercle.
La mariée qui s'était changée été encore en train de distribuer des billets d'argents aux griots.
Amina lui fit signe de la main de venir les rejoindre.
Khady s'approcha. Elle commença à entonner quelque pas de danse. Elle rayonnait de bonheur.
Elle sera ses copines dans ses bras.
Amina sortit quelques liasses de billet de sa pochette et les distribua aux griots en l'honneur du mariage de sa copine.
Le sabar ( Dance sénégalaise accompagnée de tam tam ) reprit de plus belle. Amina n'aimait pas danser en public, mais elle ne pouvait pas ne pas le faire pour une occasion aussi belle.
Elle entra dans la piste accompagner d'Aida.
Elle commença alors à se déhancher aux rythmes du Tam Tam.
Les gens commencèrent à applaudir et porter leur attention sur la piste.
Amina était une bonne danseuse. Elle bougeait son effort mais de façons cadencées.
La danse était innée chez elle.
En un lapse de temps , Aida et elle furent rejointes par les autres demoiselles d'honneur.
Elles commencèrent alors à entonner des pas de danse concordés.
Khady qui faisait face à son mari commença à bouger ses reins de façon suggestive.
La plupart des invités avait rejoint la piste en ce moment.
Moise qui était en train de parler avec son ami s'arrêta immédiatement.
Il se mit à observer Amina de loin.
Il avait du mal à discerner cette femme.
Comment une femme en apparence si naïve pouvait paraître en même temps si sensuelle?
Elle avait un corps de déesse.
S'il ne la connaissait pas personnellement, il aurait imaginé autre chose.
-Si j'avais de l'argent, se dit-il. Wallaye billaye (Jurer sur Dieu), je l'aurais épousé sur le champs.
Il soupira et maudissa son père une fois de plus.
Il baissa les yeux et essaya d'effacer l'image d'Amina de sa mémoire.
Il ne fallait surtout pas qu'il tombe dans le même piège que son père. Il ne fallait surtout pas qu'il est le même destin que son père.
La soirée se déroula parfaitement. Les gens étaient éblouis et content.
Il était maintenant presque quatre heures du matin. Il était temps de rentrer.
Les mariés venaient juste de partir accompagnés par les cris et applaudissements de la foule.
Une Mercedes blanche décorée à l'occasion avec des fleurs en forme de cœur les pris et les déposa à l'hôtel. Si Khady voulait que l'on ne parle que de son mariage c'était fait.
Amina chercha Moise des yeux, il était de l'autre côté en train de parler à une femme plus âgée et couverte de bijou en or.
La plupart des gens commencèrent à plier bagages et se diriger vers la sortie.
Elle appela Penda.
-Va dire à Moise qu'il est temps que l'on rentre.
Penda qui elle aussi avait passé la moitié de la soirée à danser était épuisée.
Elle se dirigea vers Moise, lui prononça quelques mots dans l'oreille.
Ce dernier acquiesça.
Il chercha Amina du regard et la remarqua. Il dit au revoir rapidement à la femme et se dirigea avec Penda vers son amie.
-Amina ça va ?
-Oui, je pense qu'il est peut-être temps que l'on rentre. Elle aussi était épuisée.
Moise sorti les clés de voiture de sa poche et suivit Amina vers la sortie.
-Tu étais tellement occupée et tellement belle lui chuchota-t-il dans l'oreille.
-J'en connais d'autres aussi qui l'étaient Apparemment je ne suis pas la seule à avoir retenue ton attention. Répondit -elle du tac au tac.
- De qui parles-tu ? Tu es fâchée ?
-Pourquoi le serais-je ? Tu ne m'appartiens pas. Elle lui décocha un sourire.
Elle voulait juste qu'il sache qu'elle l'avait remarqué.
Le reste ne l'intéressait pas.
Elle était sûre que d'autre femmes couraient après Moise. Mais elle ne comptait pas en faire un problème.
Elle aimait Moise mais ne voulait rien lui imposer.
-Aida ne vient pas avec nous ?demanda t'il. Il lui prit la main.
-Non, elle rentre avec sa tante.
Le trajet se fit en silence. Tout le monde était fatigué.
Moise les déposa devant la maison. Penda descendit la première et les laissa.
-Penda attend moi. Ne fait surtout pas de bruit avant de réveiller Yaye. Je n'en ai pas pour longtemps.
Celle-ci acquiesça de la tête et alla attendre patiemment devant la porte de la maison.
Moise une fois de plus lui prit la main.
-Amina tu connais mes sentiments pour toi. J'espère qu'un jour ce sera toi et moi dans cette position en train de célébrer un évènement aussi heureux.
-Oui, Inchallah. Avec la volonté de Dieu tout est possible.
-Mais j'aimerais que tu saches que j'aurais besoin de temps. Il me faut une situation. J'espère que tu me comprends.
Il garda le silence un moment et ajouta.
-Je ne sais pas comment s'est débrouillé Ousmane pour avoir un si beau mariage mais j'espère juste que cela va durer.
Amina fut étonner de l'entendre dire cela.
- Mais bien sûr. Je n'ai aucun doute dessus et en plus Khady mouneu seuy( Elle sait gérer un ménage ). Ils sont fait l'un pour l'autre. Cela se voit.
- Des fois ma chérie, il faut beaucoup plus que de la volonté pour réussir un ménage. Surtout si les conditions ne sont pas réunies.
-Comme je te l'ai dit, moi de mon côté je ne te mets pas de pression. Je veux juste que tu sois clair avec moi. Si tu comptes m'épouser fait le moi savoir que je t'attende. Mais si tu penses que tu n'es pas prêt et que tu veuilles attendre d'avoir une situation fait le moi savoir aussi. Parce que moi si je décide d'être ta femme, c'est pour toi-même. Ta situation n'a pas d'importance pour moi.
Moise l'observa intensément. Il sourit. Il ajouta simplement.
-Mais toi aussi qui pourrait regarder ton beau visage et ne pas vouloir t'épouser ? Tu es
ma raison de vivre et cela tu le sais. Laissons le temps au temps.
Elle accepta.
Ils étaient tous les deux fatigués pour avoir une conversation plus profonde sur le sujet.
-Oui, je comprends. Moi aussi je tiens à toi. Tu as raison laissons le temps décidé pour nous. Mais, ajouta- t-elle, je sais juste que le temps des fois efface les sentiments.
Sur ces mots ,elle fit mine d'ouvrir la portière de la voiture.
Moise la retient et la serra dans ses bras rapidement. Amina le laissa faire mais se dégagea rapidement de ses bras. Elle ne voulait pas s'attarder plus longtemps.
-Merci encore de nous avoir déposés. On se parle demain Inchallah (Si Dieu le veut).
Elle ferma la portière derrière elle et ne laissa à Moise que les traces de son parfum comme souvenir.
Ce dernier transit, se dit qu'il était de plus en plus difficile de se libérer de la beauté envoûtante d'Amina.
Il lui fallut quelques minutes pour reprendre ses esprits.
Il resta pensif un moment. Il avait besoin de temps et il ne lui en restait plus beaucoup. Il était temps qu'il mette son projet à jour s'il ne voulait pas la perdre.
Il démarra sa voiture et s'en alla.