Elle était là, accroupie à côté de lui, elle semblait pourtant tellement inoffensive, mais je savais, je sentais que quelque chose en elle n'allait pas.
Elle n 'était pas la fille que je connaissais, elle n'était pas mon amie.
La regardant avec plus d'attention, je vis rapidement le changement qui s'était produit en elle, elle n'était plus une jeune femme douce et fragile, elle était devenue une des leurs, à présent elle était forte, bien plus que moi et sa férocité n'avait d'égal que son ancienne gentillesse, c'était à présent une louve et la raison de sa présence dans ce quartier se fit bien plus logique. Mais la question qui me turlupinais était de savoir depuis combien de temps elle était devenue une des leurs et surtout comment cela c'était produit?
Je fis un pas vers eux, mais elle devint plus menaçante envers Kerim, sortant ses griffes, de très longues griffes acérées, tout près de sa gorge, et je dois avouer que mes connaissances dans les dieux, leur santé, leurs faiblesses étaient tellement limitées que je ne savais pas si elle pouvait réellement le tuer de cette manière. Je me ravisai donc, ce qui la fit sourire.
- Voyons Claice ne me dis pas que tu tiens à ce type!?
Elle avait dit ces mots avec dédain, comme si il ne valais rien, comme si c' était une personne méprisable qui ne méritait pas de compassion. En temps normal, cette question ne m'aurait pas affectée, mais les récents événements avaient mis ma patience à rude épreuve et je dois dire que cela me rendait assez émotive, je que je m'efforçais de cacher du mieux que je le pouvais.
- En quoi tu me parles toi? je ne te connais pas!
Elle se mit à rire, bien qu'elle soit devenue un loup, elle me connaissait toujours et comprenait ce que sous-entendait mon agressivité. Elle se leva me fixant de son regard luisant de férocité.
- Il semblerait que le compliment puisse t'être retourné ma chère!
Fronçant les sourcils, je ne comprenais pas ce qu'elle voulait dire, j'étais toujours la même, je n'étais pas comme elle une autre personne. Elle se mit à rire fortement, en me fixant encore et toujours, visiblement elle avait une fois de plus lu en moi.
- Claice, t'es tu au moins regardé dans une glace? avant de me reprocher mon état, prends déjà conscience du tiens!
J'étais hagard, je n'arrivais pas à saisir ses mots, quel était mon état? je cherchais du regard, une glace, un miroir, quelque chose qui pourrait répondre à mon questionnement.
Pendant ce temps, elle avait son sourire toujours accroché à ses lèvres, elle me fixait encore et toujours, je dois avouer que cela en devenait gênant d'autant plus que mes tentatives pour me rapprocher de Kerim étaient veines.
L'agacement prit le pas sur mes inquiétudes, j'en avais marre de tourner en rond pour rien, j'étais ce que j'étais après tout!! Ma principale préoccupation devrait être de sortir d'ici, et non de rechercher quelque chose qui pourrait me faire comprendre ce qui se passe en moi.
- Qu'attends-tu de nous?
Elle regarda Kerim puis reporta son attention sur moi avant de me répondre avec une satisfaction non dissimulée.
- De lui, rien, par contre toi, tu es une déesse à présent et je suis curieuse.
Ses mots firent écho en moi, une déesse? Moi? non elle ne pouvait pas dire vrai, je ne pouvais pas le croire, j'étais moi, Claice, ni plus, ni moins. J'entendis un grognement, visiblement mes doutes semblaient ne pas lui convenir et sa patience n'était elle aussi pas à son niveau le plus haut.
- Tu as ruiné tous mes plans, je devais te mener ici, et ainsi Jackson pouvait te tuer, ce sacrifice de ta vie devait me permettre de devenir sa femme. Sais tu ce que je cela représente dans une meute de devenir la femme de l'alpha?
Elle venait de me poser la question, sérieusement, malheureusement je ne savais pas ce que cela pouvait lui apporter et sincèrement j'en avais fichtrement rien à foutre! Elle voulait être la toutou de ce mec, grand bien lui fasse, sa vie à présent ne me regardait plus mais elle n'avait pas à interférer dans la mienne, elle n'avait aucun droit sur ma vie ou celle de Kerim, il était inconcevable pour moi que je la laisse s'en aller, ou accomplir ses desseins sans même m'y opposer.
Mon raisonnement fut interrompu quand mon regard croisa le sien, elle semblait affolée, je ne comprenais pas pourquoi d'ailleurs, elle me fixa puis recula d'un pas, manquant de trébucher.
- Mais qu'est ce que tu es?
Me demanda t'elle presque à bout de souffle, n'arrivant plus à se contrôler, les yeux exorbités par la frayeur que je lui inspirais.
Quant à moi, je me sentais bizarre, des picotements partout dans le bras, et les yeux. Baissant les yeux vers mes mains, celles-ci étaient parcourues d'électricité, comme des mini éclairs qui se déchainaient sur ma peau, roulant dessus l'éclairant de ce bleu si particulier à l'électricité.
Relevant les yeux, incapable également de comprendre ce qui se passait, je vis Leyla me regarder une dernière fois de son regard luisant et s'en aller à toutes jambes.
Elle ne valais pas la peine que je perde du temps à la poursuivre, elle avait peur et si elle ressemblait un minimum à la personne qu'elle était, elle ne reviendrait pas vers moi de sitôt.
Une fois qu'elle fut partie je reportais mon attention sur mes mains, cherchant à comprendre quel était ce phénomène et surtout comment l'arrêter?
Comment stopper cette électricité? comment?
Mon cœur se mit à battre très fort, tellement fort qu'il résonnait dans ma tête, je n'osais plus bouger de peur de faire quelque chose que je ne voulais pas, je ne savais pas quoi faire et pour être franche en cet instant la panique me saisit.
Mon cœur battait de plus en plus fort, ma respiration s'accélérait, je tremblait de peur.
Je n'arrivais pas à me canaliser, mes sentiments prenaient le pas sur moi, sur ma volonté et guidaient mes gestes.
Au milieu de toute cette cohue de sentiments qui tourbillonnaient en moi, une voix se fit entendre, celle de Kerim.
- Respire, calme toi!
Il était simple de me demander cela quand mon corps ne répondait plus à ma raison mais à la panique qui m'avait submergée. J'étais comme hermétiquement enfermée dans une bulle de torpeur, impossible de bouger afin d'en sortir. Il avait beau me parler, rien n'y faisait, mon corps ne voulait pas obéir, il restait figé, paralysé par cette peur que je ne pouvais dompter.
Il posa alors ses mains sur mes avants bras, cela me ramena immédiatement à la réalité.
Il était là, debout devant moi, le dos courbé, sa respiration était visiblement difficile, mais il était là, pour m'aider, malgré tout.
- Respire calmement, tes dons sont en lien avec tes émotions donc tu dois apprendre à les gérer!
Il ancra son regard dans le mien, puis me donna le tempo pour respirer de plus en plus calmement, faisant avec exagération les gestes et respirant avec force. Inconsciemment je suivais son rythme, et doucement, il m'imposait de me calmer.
En effet, au bout de quelques instants, les picotements cessèrent, et j'étais de nouveau libérée. Il me regarda avant de tomber au sol, visiblement à bout de forces.
- Non, non non!
Criais-je sans trop comprendre ce qui se passait.
Je me mis à genoux face à lui, il était allongé sur le côté, les yeux fermés, la respiration vraiment difficile. Son visage crispé reflétait la douleur qu'il endurait. Regardant tout autour de moi je ne savais pas quoi faire pour l'aider, d'ailleurs je ne savais pas comment l'aider.
Bien que je suivais les cours sur les dieux, je n'avais pas accés à celui qui traitait de leurs faiblesses, et donc, sur ce sujet là j'étais complètement inexpérimentée.
Je fus une fois de plus sortie de mes pensées quand je sentis une main sur ma joue, il avait ouvert les yeux et s'était sûrement rendu compte que je ne savais pas quoi faire. Il caressa ma joue de son pouce avant de sourire.
Je vais aller bien ne t'en fais pas, il me faut juste un peu de temps, on ne tue pas un dieu aussi facilement!
Avec ses mots il m'a fait sourire, une part de crainte venait de m'être enlevée, il n'allait pas mourir et c'était tout ce qui comptait. Cependant, rien ne remplaçait l'urgence, nous ne pouvions pas rester ici, en terre ennemie, car oui pour moi à ce jour les loups étaient devenus mes ennemis. Je devais trouver une solution rapidement avant que ces chiens ne reviennent et finissent le travail, car bien qu'on ne tue pas un dieu aussi facilement, cela reste tout de même possible!
Prenant mon courage à deux mains, je pris mon smartphone, ben oui, je l'avais dans la poche mais jusqu'à présent je n'y avais pas pensé, il faut dire que je ne suis pas adepte de cette technologie qui pour moi jusqu'à ce jour ne servait à rien, pourtant il était la solution à tous mes problèmes. Il ne me fallut pas longtemps pour composer le numéro de mon père, d'ailleurs il lui en avait fallu encore moins pour répondre à cet appel.
- Claice bon sang où es tu?
Bien que j'aurais dû lui répondre en m'excusant, là n'était pas une fois de plus l'urgence, il devait venir ici au plus vite.
- Papa, écoute j'ai pas le temps, nous sommes dans le quartier des loups, Kerim est blessé, vient nous chercher!
- Quoi? mais que faites vous là bas?
Je soufflais, je le pressentais, sa réaction paternelle un peu trop protectrice était en train de refaire surface. Cependant la lune allait bientôt atteindre son point culminant et nous n'étions pas en sécurité ici.
- Je t'expliquerais plus tard, viens vite la lune ...
- ... je sais, nous arrivons, laisse ton téléphone allumé qu'on te géolocalise.
Je me sentit tout d'un coup plus confiante en sachant que mon père était en route, nous serions enfin libre bientôt.
Des hurlements de loup se firent entendre, je me rapprochai de Kerim qui avait de nouveau perdu connaissance.
Je regardais la lune monter haut dans le ciel sans nuage et priait pour que mon père arrive le plus vite possible, je n'étais pas en capacité de combattre des loups, pour être franche je n'avais aucune idée de ce dont j'étais capable et en plus de m'intriguer cela me faisait vraiment très peur.
Les hurlements se rapprochaient, et Kerim était toujours inconscient, comment allais-je pouvoir le protéger moi qui ne savait rien. Je le regardais, il était toujours dans la même position, allongé sur son côté gauche face à moi, ses cheveux bruns tombaient sur son visage. Je me suis mis à replacer ces mèches, ses cheveux étaient très agréables au toucher, doux comme de la soie. Je souriais à cette idée, j'aimais être auprès de lui, je devais bien me l'avouer.
Un craquement me ramena à la réalité, mon cœur se mit à battre la chamade, la peur commençait de nouveau à m'envahir. Il n'y avait aucun bruit, et la nuit noir m'empêchait de bien discerner ce qui se trouvait autour de nous. Un second craquement fit bondir mon cœur à nouveau. Je n'osais pas parler, pas bouger, je ne savais pas quoi faire et ma peur commençait à prendre le pas sur moi.
Les picotements dans mes mains réapparurent.
Je m'éloignais de Kerim ne voulant pas lui infliger plus de blessures qu'il n'en avait déjà.
Je ne savais pas ce qui allait se passer, mais le calme qui régnait ne présageait rien de bon. Les picotements se faisaient de plus en plus présent, les éclairs parcourant de plus en plus ma peau remontant jusqu'à mes épaules à présent.
Je ne savais pas de quoi j'étais capable, ni comment cela fonctionnait, mais une chose était sûre, je pense que dans cet état, j'étais assez impressionnante pour faire déguerpir une meute de chiens et s'il le fallait, pour protéger cet homme, je me battrais.
Sur ce, je me redressais, droite sur mes jambes, ancrant mes pieds solidement dans le sol, me positionnant en protection devant Kerim, quoi qu'il arriverait, je me battrais jusqu'au bout.
...