J'étais prête, attendant l'apparition de mes ennemis, je guettais de toute part leur arrivée. Enfin des yeux apparurent devant moi accompagnés d'un grognement, ils furent suivis par une multitude d'autres. Je ne pouvais pas les compter, mais à en juger par ces lueurs oranges, ils étaient nombreux, bien trop pour moi.
Les grognements qui m'entouraient devenaient assourdissants, d'autant plus que je ne savais pas vraiment comment marchaient mes dons, et visiblement ils n'avaient aucun effet dissuadant sur la meute qui me faisait face. J'étais à cet instant précis, juste une fille parcourue par de l'électricité, ni plus ni moins.
Ils s'approchèrent doucement de nous, mis à part produire une lumière bleue qui en devenait presque aveuglante, je ne savais pas comment l'exploiter afin de les faire reculer. J'aurais aimé à ce moment- là savoir exactement quoi faire pour leur faire comprendre que j'étais plus forte. L'un d'eux s'approcha un peu trop de Kerim, bien qu'il ait essayé de le faire en toute discrétion, heureusement pour moi j'en pris conscience à temps, d'un geste instinctif de la main, je lui envoyais un éclair qui le transperça de part en part. Il n'avait pas eu le temps de s'en rendre compte qu'il gisait sur le sol, mort.
Les loups se mirent à hurler en voyant cela, je compris que je venais de faire quelque chose que je n'aurais pas dut, je venais d'attiser leur colère. Quand un second me sauta dessus je croisais mes bras devant mon visage me protégeant comme je le pouvais, seulement aucun impact, pire encore, je n'entendais plus rien. En une fraction de seconde le silence s'installa dans la pièce.
Il me fallut quelques instants pour enfin baisser les bras et me rendre compte de la situation. Etaient t'ils mort? Ouvrant les yeux, il n'y avait rien, plus personne ne se trouvait dans ce sous-sol.
J'avais beau regarder de part et d'autre, plus un loup ne restait sur place, ils s'étaient comme volatilisés. Cela était t'il de mon fait, avais-je fait disparaître sans m'en rendre compte une meute entière de loup? Un craquement me ramena à la raison, je me remis en position attendant mon ennemi, seulement cette fois ci l'électricité avait quitté mon corps et je n'arrivais pas à la faire revenir.
J'étais inquiète, paniquée, apeurée, bref un mélange de sentiments bien difficiles à gérer. Je regardait Kerim lui demandant silencieusement pardon pour mon manque de constance et mon incapacité à le protéger.
Une lumière aveuglante brouilla ma vision, quand elle se dissipa, des étoiles restaient, je n'arrivait pas à distinguer qui se trouvait devant moi, ce qu'ils faisaient, combien étaient t'ils? Au bout d'un instant, ma vue s'améliora, mon cœur se mit à battre de plus en plus vite quand je pris conscience que mon père et ses hommes se trouvaient devant moi.
- Papa?
Il me regarda surpris que je l'appelle ainsi, c'est à ce moment là que j'ai compris que mon changement physique était réel. Il s'approcha de moi perturbé par ma vue.
- Claice?
Je lui fit oui d'un signe de la tête, je n'osais pas parler, j'avais peur de sa réaction. Il me regarda sous toutes les coutures tentant de comprendre ce qui avait bien pu se passer pour que je me retrouve ainsi. Il se tourna alors vers Kerim, je vis rapidement la fureur naître au creux de ses yeux, il serrait les poings assez fort pour que ses articulations deviennent blanches.
- Ce n'est pas sa faute!
Dis-je en hâte afin qu'il ne déverse pas sa colère sur lui, il avait bien assez enduré à cause de moi. Il se tourna vers moi à mes mots, il avait beaucoup de peine à contenir cette colère qui le submergeait.
- Comment expliques tu cela alors?
Hurla t'il à mon encontre me désignant de la main comme si j'étais une abomination. Il tremblait tellement ses sentiments étaient violents, jamais je ne l'avais vu ainsi, il me faisait presque peur.
- Papa ....
- Non! c'est trop tôt!
Dit t'il à bout de souffle et souffrant de plus en plus de cette colère refoulée. Je comprenais mieux le contenu de sa discussion avec ma mère quand il trouvait que je n'étais pas prête.
Je saisissais à présent pourquoi, et je dois bien me l'avouer, là c'est trop pour moi. Cette nouvelle condition avait amené avec elle de nouvelles questions existentielles. Et surtout celle-ci, pourquoi m'avoir caché ma vraie nature aux yeux de tous?
Ses hommes prirent Kerim avec eux, il était très mal en point, et toujours inconscient.
- Où l'emmènent t'ils?
- Cela ne te regarde pas Claice!
Visiblement mon père me cachait encore des choses, et je dois avouer que savoir mon protecteur loin de moi sans savoir ce qu'il allait advenir de lui me mettait hors de moi.
La colère était donc le moteur de ce pouvoir qui était en moi, car à ce moment, les éclairs commençaient de nouveau à parcourir mon corps. Mon père me voyant dans cet état fit un pas en arrière, surprit de voir cet aspect de ma personnalité.
- Claice que fais-tu?
Je pouvais voir la peur dans son regard, je lui inspirait donc ce sentiment? Il avait peur de moi? pourquoi?
- Où l'emmenez-vous?
Il ne pensait visiblement pas que je puisse à ce point tenir à cet homme, celui qui aurait donné sa vie pour sauver la mienne. J'avais un protecteur, une personne dont le travail était de veiller à ma sécurité, mais je n'étais pas une déesse, du moins pas comme je le conçois, j'avais un cœur et de l'empathie pour lui pour ne pas dire autre chose. Il était pour moi inconcevable qu'ils l'emmènent là où je ne pourrais veiller sur lui à mon tour. De plus, j'avais peur qu'il soit puni, pour tout ce qu'il avait fait.
Je ne connaissais pas bien les coutumes des dieux, juste le minimum, mais je savais que la traîtrise était punie avec beaucoup de férocité, et il avait trahi les dieux de deux manières :
* en me laissant contre la volonté de mon père dévoiler ma vraie nature.
* en m'approchant, une fois de plus alors qu'il en avait l'interdiction formelle.
Mon père me regarda d'un coup différemment comme s'il venait de lire en moi et comprendre ainsi les motivations qui étaient miennes.
- Claice, aurais-tu des sentiments pour lui?
Je ne sais pas pourquoi, mais je doute que si tel était le cas, cela aurait été une bonne nouvelle pour lui, au contraire, de ce que je pouvais savoir, les protecteurs n'étaient pas les personnes les plus influentes et les plus importantes dans la population divine. Ils étaient en quelque sorte des employés, des larbins pour être plus cruels dans mes mots, brefs, par rapport à Kerim j'avais un statut social bien plus haut, ce qui de ce fait m'interdisait d'éprouver des sentiments pour lui. Même chez les dieux les classes sociales ne se mélangent pas!! J'ai donc préféré taire mes sentiments.
- Non, mais il a mit sa vie en danger pour moi, et étant donné que tu m'as élevée comme une humaine, j'ai un côté humain surdévelopper, donc il est hors de question que je ne puisses pas à mon tour veiller sur lui, par conséquent, je veux qu'il soit installé et reçoive tous les soins nécessaire à sa guérison dans ma chambre et pas ailleurs!
Il resta agar un instant, assimilant difficilement ma demande, quant à moi je tentais de garder ma colère gérable, mais toujours présente afin de continuer ma pression sur lui.
- Claice tu n'es pas sérieuse?
- Ai-je l'air de plaisanter papa?
Il m'étudia, attentivement, longuement, il était au pied du mur il le savait, cette histoire, ce lien entre Kerim et moi était là depuis quelque temps maintenant et il ne savait pas comment procéder pour nous éloigner l'un de l'autre.
- Bien, si tel est ton choix, je te l'accorde, mais nous allons avoir une discussion, tu sais à présent que tu es une déesse et tu dois savoir ce que tu risques maintenant que ton identité est révélée.
Ses mots m'interpellent, qui suis-je pour lui apporter une si grande inquiétude, jamais il ne m'a parlé de mes parents, de l'endroit d'où je venais, je ne sais rien sur ma famille biologique.
Était ce enfin le jour que j'attends depuis tellement longtemps? celui ou il répondrait à toutes mes questions, sans réserve, avec franchise?
- Vas-tu enfin me dire qui je suis? réellement?
Suite à ma question il a tourner les yeux, j'ai compris que mes rêves étaient vains, il ne me dirais rien, du moins pas ce que j'avais envie d'entendre pour continuer à me construire, pour que je saches d'où viennent mes yeux, de qui je tiens mon sourire, à qui je ressemble le plus mon père ou ma mère? Une fois de plus je n'aurais rien à quoi me raccrocher et resterais dans l'ignorance.
Je les vis transporter Kerim, deux hommes le tenaient, un par les épaules et l'autre par les chevilles. Il était toujours inconscient ce qui m'inquiétait de plus en plus. Un des hommes de mon père ouvrit un portail de transport ce qui me conforta dans l'idée que nous serons rapidement dans un endroit sûr. Une fois le convoi infirmier passé, je m'avançais afin de passer à mon tour quand mon père m'interpella, me retenant par le poignet.
- Claice tu ne peux pas t'éprendre de ce protecteur, c'est contre nos mœurs.
- ça tu vois il fallait y penser avant de me cacher ma vraie nature !!
Sur ces mots, j'ai traversé le portail avant de dire des choses que j'aurais pu regretter par la suite.
Une fois à la maison, ma mère arriva en panique, elle me regarda comme mon père l'avait fait avant elle. Elle s'approcha de moi, me détaillant, prenant une mèche de mes cheveux entre ses doigts, caressant la peau de mon visage, elle planta son regard dans le mien. Un large sourire se dessina sur ses lèvres, elle semblait heureuse et apaisée.
- Tu es magnifique ma chérie, Kerim avait raison, même si ton père à du mal à l'admettre.
- Maman ....
Elle m'interrompit, mettant son doigt sur mes lèvres, puis me fit signe que nous discuterions plus tard. Visiblement elle ne voulait pas parler de moi, de cette nouveauté devant mon père, j'espérais qu'elle soit un peu plus bavarde que lui.
Je suivis les homme qui montèrent Kerim dans ma chambre, mon père me lança un regard qui voulait tout dire, il n'était pas en accord avec mon choix, et tentait de me le faire comprendre, seulement, bien que je l'aime, je n'allais pas me laisser faire, maintenant mon destin était en marche, et j'avais bien l'intention de comprendre et apprendre ce que j'avais à faire.