~~~OMNISCIENT
La tension est palpable dans le salon de la maison des Ndiaye. Madelaine ne sait plus où se mettre. Elle voudrait à tout prix se lever et rentrer chez elle, mais elle ne le peut pas.
Avant l’arrivée de Makhtar, Tata Houraye leur a demandé, ou plutôt imposé, de rester dîner et elles ont accepté. Maintenant, elle se retrouve face à “la cause” de sa dispute avec Cham’s.
Le pire, c’est que Makhtar ne cesse de la dévorer des yeux depuis qu’il est entré dans la pièce, oubliant même la raison de sa venue.
Elle sent son regard brûlant sur elle, et elle détourne les yeux, gênée. Elle se demande ce qu’il lui trouve, ce qu’il veut d’elle.
-Safi, tu ne crois pas qu’on devrait rentrer? Souffle-t-elle dans l’oreille de sa sœur.
-Hein? Pourquoi? Répond sa sœur, surprise.
-Je crois que j’ai mes règles, ment Madelaine. En plus, maman n’a jamais voulu qu’on mange chez les autres, tu t’en souviens?
Pour elle, tous les moyens sont bons pour sortir de cette situation, même mentir sur son état de santé.
-Euh… Maintenant qu’est-ce qu’on va faire? Demande sa jumelle, désespérée.
Madelaine sort son téléphone de son sac et fait semblant de lire un message.
-Bon Tata, je crois qu’on va rentrer. Il se fait tard et notre mère vient de m’envoyer un message là, déclare Madelaine en s’efforçant de sourire pour masquer sa gêne.
-Moh Ramatoulaye mi koumou yapp! Loutax mou lay envoyé message? Xana xamoul ni que yéna ngui fi? (Ramatoulaye se fout de moi, je crois! Pourquoi est-ce qu’elle t’envoie un message? Ou bien elle ne sait pas que vous êtes ici?) Dit Houraye en arquant un sourcil, sceptique.
-Wa héé… attendez… vous êtes les jumelles de Tata Ramatoulaye? S’exclame Makhtar, qui vient de reconnaître les deux jeunes filles.
-Tu ne le savais pas? Lui demande sa mère, étonnée.
-Même pas.
-Voici Safiatou et Madelaine. Les filles, voici Makhtar, vous vous rappelez de lui? Ajoute Tata Houraye, en faisant les présentations.
-Évidemment que oui, dit Safiatou. Madoush pourtant le “Ibra italien”, n’est pas laid déh.
Cette dernière avala de travers l’eau qu’elle buvait, gênée de cette plaisanterie. Le niveau de malaise montait rapidement et elle changea rapidement de sujet.
-Bien sûr que maman sait qu’on est ici Tata. Elle dit avoir besoin de nous. Laisse-nous y aller rék, on reviendra une prochaine fois. Dit-elle en se levant avec sa sœur.
-Hum, vraiment? Promis? Demande Houraye, déçue.
-Promis. Répondent les jumelles en chœur.
-Bien. Attendez que j’appelle Malal pour qu’il vous dépose. MALAL! MALAL… Crie Houraye en direction du jardin.
-Laisse-moi les déposer. Propose Makhtar, qui voit là une occasion de se rapprocher de Madelaine.
-Non, toi j’ai besoin de te parler. Réplique sa mère sur un ton ferme.
-Est-ce qu’on ne peut pas attendre Maman? Ma femme doit sûrement m’attendre là-bas. Riposte le jeune homme avec respect.
-Makhtar!! Dit sa mère sur un ton qui ne souffre pas de contestation.
Entre-temps, les deux jumelles font un bisou sur la joue de Houraye et un au revoir à Makhtar avant de sortir pour rejoindre Malal qui les attendait dehors dans sa voiture.
Même sous les regards de sa mère, Makhtar n’a pas pu s’empêcher d’accompagner des yeux Madelaine jusqu’à ce qu’elle disparaisse de son champ de vision.
-Warr ngua sour déh da melni? (Tu dois être rassasié, j’espère?) Attaque sa mère, qui a remarqué son intérêt pour la jeune fille.
Il détourna vite les yeux et fit semblant de ne pas comprendre.
-De quoi tu parles Maman? Tu ne penses tout de même pas que j’ai une arrière-pensée les concernant?
-Pas tous les deux, mais Madelaine oui. J’ai vu vos échanges de regards et ta façon de sourire jusqu’aux oreilles. Tu ne me caches rien Makhtar?
-Je ne cache rien, Maman. Madelaine est comme ma sœur et rien de plus.
-Mais vous n’avez pas le même sang, Makhtar. Et tu sais très bien que tu n’as pas le droit de regarder une femme qui n’est pas ta femme avec autant d’insistance. Bon bref, je ne t’ai pas appelé pour ça. Sais-tu que ta femme est venue me voir?
Il lève les yeux au ciel, s’attendant à une réprimande.
-Je ne vais même pas perdre mon temps à te répéter tout ce qu’elle m’a raconté. Je veux juste savoir une chose. Makhtar, est-ce que tu aimes ta femme ?
-Oui, bien sûr que oui, Maman. Je l’aime depuis le jour où je l’ai épousée.
-Envisagerais-tu de prendre une autre femme ?
-Wow, mais d’où sors-tu ça, Maman ? Tu sais que je ne suis pas polygame. Je n’ai jamais eu l’intention de prendre une autre femme. Pourquoi tu me poses cette question?
Sa mère soupire et le regarde avec tendresse.
-Mon fils, je te pose cette question parce que je m’inquiète pour toi et pour ton couple. Je sais que tu aimes Ndellah, mais je sais aussi que tu es un homme et que tu as des besoins. Et je sais que Ndellah ne te satisfait pas comme elle le devrait.
Makhtar rougit et baisse les yeux.
-Maman, ce n’est pas le moment de parler de ça…
-Si, c’est le moment, Makhtar. Il faut qu’on parle de ça, parce que c’est important pour ton bonheur et celui de ta femme. Ndellah m’a dit énormément de choses sur toi et votre relation. Des choses que moi-même j’ignorais complètement. Makhtar, sais-tu que tu as une femme qui t’aime beaucoup? Une femme qui t’a accepté avec tes qualités et tes défauts, une femme qui serait prête à sacrifier sa vie pour ton bonheur. En ce moment, une seule chose la fait peur: le fait d’avoir une co-épouse. Elle a peur que tu la délaisses pour une autre. Et tu sais, je la comprends parfaitement, car aucune femme ne voudrait être abandonnée par son mari. Yomboul ngua ame sa borom keur bi ngua xamni mom nguay fananole beuss bouné, di ték sa boppou si mbaagam, diko dénk say métitt, nguéne di diokalanté xalat, di kaff, di réé. Ngua xeuy béne souba rék, niou wola nila takk na diabar! Lolou lane moko gueuneu méti? Lisi gueneu méti nak, moy ngua tok guissato sa dieukeur, xamato si loumou nék. Nakaté mom mi ngui si niarélam ba di yaabalé. Ngay tok di misère ak di souffrir ba kheuy rék fatou fa yalaw!! (Ce n’est pas facile pour une femme d’avoir un mari avec qui elle a galéré, en qui elle met sa confiance, avec qui elle partage ses soucis et problèmes, et un beau jour, on lui annonce qu’il a pris une deuxième femme! Est-ce qu’il y a quelque chose de plus douloureux que ça? Le pire dans tout ça, c’est qu’après le mariage, elle ne le voit plus, elle ne sait même plus ce qu’il fait. Pendant ce temps, lui, l’homme est avec sa deuxième femme en train de vivre la belle vie. Maintenant, c’est la femme qui commence à souffrir et à sombrer jusqu’à sa tombe!!) C’est cette chose que je veux éviter. J’aimerais juste que tu saches une chose, mon fils. Si tu prévois d’épouser une autre femme, dis-le à ta femme. Regarde-la en face et fais-lui comprendre. Et à partir de ce moment, je peux t’affirmer qu’elle sera dans l’obligation d’accepter. Lui conseille-t-elle avec sagesse.
-Maman, ce n’était même pas la peine de me dire tout ceci, car je ne compte pas épouser une autre femme. Ndellah me suffit largement.
-Ah, je te le dis pour une éventualité, sait-on jamais. Tu es un homme et tu as le droit à quatre femmes.
-En tout cas, je comprends. Mais maa, s’il te plaît, parle avec Ndellah way. Ces temps-ci, elle se comporte comme une étrangère à la maison et elle me mène vraiment la vie dure.
-Mdr, c’est bien fait pour toi. Dinala diémeu diapalé nakh xamna boudé iow rék dara dou arrangé wouma. Iow ak sa baye béne!! (Je lui parlerai, car te connaissant, tu seras incapable d’arranger votre problème. Tu es comme ton père.) Pour le moment, essaie de voir comment lui faire plaisir. Invite-la au restaurant ou même partez en vacances pour quelques jours.
-Mais pourquoi pas? Tu as raison déh mère!
-J’ai toujours raison. Vous, les garçons, vous êtes nuls en astuce, mais vous osez nous tenir tête. Sans nous, vous seriez perdus.
-Lol, en tout cas merci beaucoup, j’y vais.
Il dépose rapidement un b****r sur le front de sa maman bien-aimée.
-Allez, dégage! Fais gaffe nak, je vous ai à l’œil, Madelaine et toi.
-Ouais, continue de délirer. Salue-moi Papa et Diouldé.
Makhtar monte dans sa voiture et démarre en trombe, un sourire sur les lèvres. Il vient d’avoir une idée pour récupérer sa femme et en même temps essayer d’oublier Madelaine.
~~~SAFIATOU SYLLA
Je ne sais pas si c’est mon imagination qui me joue des tours, mais je suis sûre qu’il y a quelque chose que Madelaine ne m’a pas dit.
À voir son attitude tout à l’heure et son soudain désir de rentrer à la maison, je ne peux qu’être sceptique. En plus de cela, elle est dans la salle de bain en train de chanter comme si elle avait gagné au loto.
-Madelaine, arrête de chanter sous la douche, ce n’est pas bon, l’avertis-je.
Au bout de quelques minutes, elle sort enroulée dans son peignoir. J’observe ses cheveux mouillés et j’en conclus qu’elle vient de prendre à nouveau un bain.
-Pourquoi me fixes-tu comme ça? Me questionne-t-elle en sentant mon regard sur elle.
-Hum, n’as-tu rien à me dire? Demande-je.
-Sur quoi? Répond-elle.
-Je ne sais pas, par exemple sur ton comportement tout à l’heure.
-N’essaie même pas de créer des choses qui n’existent pas. Je me suis comportée normalement, réplique-t-elle en gardant son calme et son assurance.
-Ah oui? D’accord, je laisse tomber, car si je parle, on m’accusera de parler trop. Où vas-tu? Demande-je en branchant mon téléphone.
Elle sort une robe crayon courte, sexy, moulante, à manches longues, avec un col montant pailleté de couleur noire et blanche, ainsi qu’une paire d’escarpins noirs.
-Je sors avec Dame, dit-elle, les yeux pétillants.
-Ah, vous vous êtes réconciliés? Dis-je simplement.
Elle secoue vivement la tête en guise de réponse. Très vite, je me sens coupable d’avoir pensé, ne serait-ce qu’un instant, qu’elle pouvait aimer Makhtar. Mais elle vient de me prouver le contraire.
-Toi aussi, tu devrais donner aux garçons la chance d’être avec toi. Faut essayer de tourner la page, sœurette, me conseille-t-elle.
-Je vais aller voir maman. N’oublie pas que demain on doit aller à Saly avec nos cousines et cousins. Donc ne rentre pas tard, hein.
-Safiii…
Sans attendre, je sors de la chambre en vitesse. Elle venait de soulever un sujet qui faisait mal. Un sujet très sensible pour moi.
Je ne pouvais pas supporter qu’elle parle mal de Bocar, alors que je sais pertinemment que je l’aime toujours.
C’est pourquoi je suis sortie, car je me connais bien et je sais que je pourrais facilement me disputer avec elle à ce sujet.
~~~MAKHTAR MALADO NDIAYE
Après avoir parlé avec ma mère, qui m’a bien remonté les bretelles, j’ai eu l’idée de sortir avec ma femme pour aller dîner dehors, histoire de me faire pardonner et aussi de discuter calmement.
C’était la meilleure solution, car nous ne pouvions pas le faire à la maison sachant que son frère et sa petite amie étaient juste à côté.
En ce moment, nous sommes en route vers Ngor, plus précisément au restaurant Le Poséidon.
Durant tout le trajet, le silence règne dans la voiture. Aucun de nous deux ne veut parler, ou du moins nous sommes gênés.
Mais cela ne m’empêche pas de lui lancer quelques regards discrets. Quant à elle, elle faisait je ne sais quoi avec son téléphone.
Heureusement, nous arrivons quelques minutes après. Nous sortons et bras dessus bras dessous, nous pénétrons à l’intérieur du restaurant.
Après nous être bien installés à notre table et avoir passé nos commandes, j’entreprends d’ouvrir la discussion.
-Tu aimes cet endroit? Lui demande-je.
-Oui, c’est pas mal, répond-elle brièvement. Merci.
-Je t’en prie. Ndellah, je veux qu’on parle aujourd’hui de quelque chose de délicat.
Elle sirote un peu de son jus de goyave avant d’hocher la tête pour me signaler de continuer.
-Bon, je ne vais pas passer par quatre chemins. Ces temps-ci, beaucoup de choses se sont passées, des choses auxquelles je ne m’attendais pas du tout, surtout ton changement de comportement soudain qui me trouble au plus haut point…
-À qui la faute? Me coupa-t-elle.
Je lâche un soupir las.
-À nous deux, mais moi en particulier. J’en suis consciente, mais ça ne te donne pas le droit de te comporter comme une personne immature. Tu imagines beaucoup de choses négatives, tu nous ralentis avec tous ces problèmes.
-Moi j’ai juste peur de te perdre. Je t’aime trop Makhtar. Confie-t-elle
-Je comprends, mais tu ne me perdras jamais, car c’est moi qui t’ai choisi. Je t’aime trop pour te laisser tomber. Alors s’il te plaît, arrête de te tourmenter l’esprit pour rien, répliquai-je.
Joignant la parole à l’acte, je lui fais un bisou sur ses deux mains, content d’avoir retrouvé ma femme.
Le serveur vient juste après pour amener nos plats.
Enfin un problème de moins réglé! Dis-je au fond de moi.
Maintenant, il ne me reste plus qu’à effacer Madelaine de mon esprit et de mon cœur.
Certes, je sais que cela me sera difficile, car un amour d’enfance ne s’oublie pas vite, mais je ferai de mon mieux pour y parvenir, quitte à quitter le pays s’il le faut.
Mais je crois que Dieu n’est pas d’accord avec ma décision, pas du tout. En pensant à elle, la voilà qui entre main dans la main avec son petit ami (notez l’ironie).
Elle était sublime dans sa robe blanche qui mettait ses formes à la Beyoncé en valeur. Il faut se dire aussi que sa beauté étincelante ne me laisse pas indifférent. “Heureusement que Ndella est assise dos à elle”, pensai-je soulagé.
Je ne voulais pas que Madelaine remarque ma réaction face à sa présence. Je préférais garder mes émotions pour moi et profiter de ma soirée avec Ndella. Je me concentrais sur notre conversation et nos plats, faisant de mon mieux pour ne pas laisser Madelaine perturber notre moment.
Ndella était belle et présente, et je me rendais compte à quel point j’avais de la chance de l’avoir à mes côtés. Son sourire me réchauffait le cœur et je m’efforçais de chasser les pensées de Madelaine de mon esprit.
Après tout, j’avais choisi Ndella, et c’était avec elle que je voulais être. Je continuais à savourer notre dîner, profitant de chaque instant avec Ndella.
~~~MADELAINE SYLLA
Je venais de remarquer Makhtar et sa femme assis à quelques mètres de nous. C’était la deuxième fois de la journée que nous nous retrouvions au même endroit sans pour autant avoir l’occasion d’échanger quelques mots.
Et dire qu’il était mon ami, mon frère, mon confident quand nous étions enfants. Lol.
Il ne m’avait pas vu, et c’était mieux comme ça, car je n’aurais pas supporté son regard pétrifiant et troublant sur moi. De plus, je ne voulais pas de problèmes avec mon homme.
Je détournai mes yeux et me concentrai sur la liste du menu. Je n’avais pas très faim, mais je voulais faire plaisir à Cham’s qui m’avait invité à dîner dans ce restaurant chic et romantique.
Il voulait se faire pardonner pour son comportement de la fois passée, quand il avait fait une scène de jalousie devant tout le monde.
Je savais qu’il était fou amoureux de moi, mais parfois il exagérait. Il devait apprendre à me faire confiance et à respecter ma vie privée. Je n’étais pas sa propriété, ni sa poupée. J’étais sa copine, sa partenaire, sa moitié.
-Bébé ?! Dit Cham’s après que la serveuse soit partie.
-Oui, répondis-je en souriant.
-Est-ce que tu m’as pardonné?
-Mais bien sûr. J’étais un peu contrariée contre toi, mais surtout de ton comportement fâcheux. Ce n’est pas l’humiliation qui m’a fait mal, non, mais plutôt ta crise de jalousie injustifiée…
-Arrête s’il te plaît! Je ne veux plus parler de ça.
-Pas de problème. Je te le répète encore une énième fois, c’est toi que j’aime et que j’aimerai inch’Allah. Ne doute jamais de ça. Mane ak iow ba baniuy sango ak souf. Baniuy xamanté kéne féké wouko koudoul Yalla. (Avec toi, je veux construire ma vie ici et dans l’au-delà. Quand on s’est connu, personne n’était présent à part Dieu. Mon amour pour toi est si fort que je serais prête à tout pour toi.)
-Insha’Allah, honey. Je t’aime tellement, tellement que je ferais n’importe quoi pour toi. Je t’aime plus que ma vie, mon amour.
Il me fit un bisou sur la main. Je me sentais comme une reine à cet instant, la reine de Dame Chamsdine.
Ensuite, nous avons commencé à discuter de notre relation, de notre futur. Il m’a même fait part de son intention de me demander en mariage. La nuit était très riche en émotions.
(…)
Avant de reprendre la route, j’ai eu une envie soudaine d’aller aux toilettes. C’est ainsi que je suis tombée sur la femme de Makhtar qui sortait de la cabine voisine, et dont je n’avais évidemment pas soupçonné la présence.
Je tourne le robinet du lavabo sans me soucier d’elle.
-Ça fait deux ans que je suis mariée avec Makhtar, mais on n’avait jamais eu de problèmes qui en valaient vraiment la peine. Deux ans de mariage, c’est long, n’est-ce pas? Dit-elle en s’essuyant les mains.
Je me retourne pour voir si elle s’adresse vraiment à moi ou si elle parle dans l’air. Mais le regard avec lequel elle me jauge confirme mes doutes.
-Dois-je répondre? Lui demande-je d’un ton neutre.
-Oui.
-D’accord. Deux ans de mariage ne sont pas anodins en tout cas. Maintenant, en quoi cela me concerne-t-il?
-Au moins, tu ne le prends pas mal, car je ne sais pas comment j’aurais réagi. Dit-elle en souriant. J’aime Makhtar plus que tout, et lui aussi m’aime de la même manière. J’ai sacrifié beaucoup de choses pour l’avoir. Mom may sama efferlgan, mane may doliprane nam. Baniuy xamanté kéne féké wouko koudoul Yalla. (Quand on s’est connu, personne n’était présent à part Dieu. Mon amour pour lui est si fort que je serais prête à tout pour lui.) Alors je ne permettrai pas qu’une jeune femme d’une vingtaine d’années vienne s’immiscer dans mon mariage dans le seul but de le détruire.
-Ainsi, si je comprends bien, je suis un problème pour toi et ton mariage?
-Ma vie de couple est perturbée depuis que tu es entrée dans notre vie. Je ne peux plus parler avec lui deux mots sans que nous nous disputions, je ne le reconnais plus en fait. Donc, oui, tu es un problème, jeune fille.
Je voulais lui répondre, mais j’entends des cris à l’extérieur des toilettes, ce qui me pousse à sortir précipitamment.
Je vois deux hommes qui essayent de retenir Makhtar. C’est en m’approchant de la table où j’étais assise que je vois Cham’s essuyer du sang avec un mouchoir.
-Que s’est-il passé ici? Mon amour… qui t’a fait ça?
-C’EST MOI QUI LUI AI CASSÉ LA GUEULE! CE c*****d LÀ… essaie d’expliquer Makhtar.
-NE LE TRAITE PAS DE c*****d! Crie-je hystérique. Pour qui te prends-tu? Ne te crois pas meilleur que lui…
-Oh que si. Je vais même dire que je suis mille fois mieux que ce coureur de jupons.
Coureur de jupons? Ai-je bien entendu? Je ne comprends pas le sens de sa phrase.
-Dame, qu’est-ce qui s’est passé ici? MAIS PARLE BON SANG!! Dis-moi ce qui se passe.
-Tu vois ce que je te disais! Tu es satanique, tu causes des problèmes à tout le monde. Iow sa boxoul mala rék (Vraiment y’en à marre de toi!)
Elle renverse le verre de jus sur ma robe. Je suis prise d’une colère noire. L’envie de la tuer me traverse l’esprit, mais je me retiens.
-MAIS TU ES FOLLE? POURQUOI AS-TU FAIT ÇA? Crie son mari hors de lui.
Épuisée par tout ce qui vient de se passer, je ferme les yeux, les rouvre, inspire et expire profondément. Je sens que je dois partir d’ici au plus vite, avant que la situation ne dégénère davantage. Je rassemble alors mes affaires pour rentrer chez moi.
-Rentrons. Je vais t’expliquer en chemin, dit-il en se levant de sa chaise.
-JE N’AI PAS BESOIN DE TOI. NI DE PERSONNE D’AUTRE. M’écrie-je. Que chacun s’occupe de soi.
Je sors du restaurant à grandes enjambées et héle un taxi pour m’y engouffrer.