Inconstance de l'amour

1979 Words
~~~OMNISCIENT Les derniers rayons du soleil filtraient à travers les dentelures des nuages. Brusquement, tel un faisceau lumineux d'un projecteur céleste à travers le rideau de nuées, un rayon vint frapper de plein fouet le visage de Myriam et de Bocar, qui dormaient nus sous les draps, mains et pieds entrelacés, après avoir passé une nuit torride emplie d'extase. Bocar fut le premier à ouvrir les paupières. Il mit ses mains sur ses yeux pour se protéger de la lumière, et il ne lui fallut pas longtemps pour remarquer la jeune fille allongée sur son torse. Sursautant, il se dégagea d'elle et lui tapota brutalement les cuisses. -Allez, lève-toi vite, vite! Lui dit-il en lançant un regard furtif vers la porte de la chambre. -Hummmm. -Diougeul gaw iow bala Ndellah di nieuw. (Lève-toi vite avant que Ndellah n'arrive) La tape était suffisamment piquante pour faire sursauter Myriam, qui se couvrit rapidement le haut de la poitrine avec le drap. -Pourquoi es-tu si nerveux? L’attaqua-t-elle d’une voix ensommeillée. -Je ne voudrais pas que ma sœur nous voie comme ça, alors lève-toi vite. -Toujours ta sœur, ta sœur, encore et encore. C’est agaçant à la fin. Elle se leva d’un bond en râlant et sortit de la chambre en trombe, après avoir jeté un coup d’œil de chaque côté du couloir. ~~~MYRIAM DJÉDIOU OMG !!! J'ai passé une des nuits les plus extraordinaires de ma vie ! Je suis tellement fatiguée que je pourrais dormir pendant des jours entiers sans me réveiller. Bocar m'a fait passer par toutes les positions et m'a emmenée au septième ciel. Franchement, à partir d'aujourd'hui, je peux dire qu'il est le meilleur amant du monde. Mais... j'ai vraiment envie d'essayer de voir ce que ça donnerait avec son beau-frère. Oh, cet homme-là! Depuis que je l'ai vu, je n'arrête pas de fantasmer sur lui. Son corps d'Apollon, sa carrure imposante, ses yeux perçants et noirs, avec cette petite barbe qui me fait fondre, aakhhh. Et le meilleur de tout, ses levres! Ces douces lèvres, si roses comme des bonbons Gina. En plus, il est plein aux as, ce mec. Non, il faut que je me lance au plus vite, sans obstacles sur mon chemin; ni sa femme ni Bocar ne vont m'empêcher d'avoir ce bel homme. Hop, opération séduction activée! ~~~MAKHTAR MALADO NDIAYE Ce matin, je n'ai pas mis les pieds au bureau. Je n'avais pas le cœur à travailler avec tous les problèmes qui me tourmentent. Le plus gros, c'est la jalousie maladive de ma femme qui commence à me rendre la vie impossible. Hier soir, elle a fait une scène mémorable devant tout le monde, juste parce que je me suis battu avec le copain de Madelaine, l'une des jumelles de ma tante Rama. Ma femme avait mal interprété mon geste. Elle avait cru que je faisais ça pour jouer à l’intéressant devant Madeleine, pour essayer de lui plaire. Elle m'a insulté, m'a tiré par le bras et m'a traîné jusqu'à la voiture, sous le regard médusé des invités. Elle a hurlé tout le long du trajet, me reprochant d'être un homme sans scrupules et de ne pas la respecter. Je n'ai pas répondu à ses accusations, car j'étais trop en colère et je ne voulais pas dire quelque chose que je regretterais plus tard. Je me suis contenté de conduire jusqu'à la maison, en serrant les dents. Une fois arrivés, elle a continué à me faire la tête et à me lancer des regards noirs. Elle n'a pas ouvert la bouche pour s'excuser ou pour me parler. Elle est montée directement dans notre chambre à l'étage, en claquant la porte. Moi, je suis resté au rez-de-chaussée, dans la chambre d'amis. Je n'avais pas envie de dormir avec elle, ni de lui adresser la parole. Je voulais juste être tranquille et réfléchir à comment gérer cette situation. Plusieurs options s'offraient à moi, comme la répudier et être en paix, mais cela ne ferait qu'empirer mes problèmes. Je voulais aussi demander pardon à Madelaine en son nom, mais je n'avais pas son numéro. C'était dommage, car je voulais lui expliquer que ma femme avait mal agi en lui versant ce jus sur elle et que je ne lui voulais aucun mal. Je me souvins alors de mon frère Malal. Peut-être qu'il avait le contact de l'une des jumelles. Je pris mon téléphone et composai son numéro. Il décrocha au bout de quelques sonneries. -Salut ! Me dit-il d'une voix enjouée. -Salut, frérot. Ça va ? Lui demandai-je d'un ton las. -Ça va hamdoulilah. Et toi ? -Ça va ça va. Dis-moi, tu aurais pas le numéro de l'une des jumelles de Tata Rama ? Madelaine ou Safiatou ? Je fis exprès de mentionner les deux noms pour ne pas éveiller ses soupçons. -Pourquoi faire ? Me demanda-t-il curieux. -C'est pour une affaire urgente et... PRIVÉE. J'accentuai le mot "privée" pour lui faire comprendre que je ne voulais pas entrer dans les détails. Il se mit à rire. -Hum, je vois. Bon, je n'ai que le numéro de Safiatou. Je te l'envoie. -Merci beaucoup. Envoie-le-moi vite. Je raccrochai et attendis qu'il m'envoie le numéro. Quelques secondes plus tard, je le reçus par SMS. J'hésitai à appeler Safiatou, car je ne savais pas comment elle réagirait ni comment aborder le sujet avec elle. Mais je n'avais pas le choix. Il fallait que je clarifie les choses avec Madelaine avant qu'il ne soit trop tard. Et ce n'était pas comme si je lui faisais une déclaration d'amour ou quelque chose du genre. Je pris mon courage à deux mains et appuyai sur le bouton vert. J'espérai qu'elle décrocherait... Dès qu'elle le fait, j'entendis des voix en arrière-plan. -Oui ? Dit-elle d'un ton joyeux. -Oui, salut Safiatou. C'est Makhtar à l'appareil. Je ne l'entendis plus parler ou rigoler. Il y eut un silence gêné. J'ai même imaginé un moment qu'elle avait raccroché, mais le bruit de sa respiration me prouva le contraire. Elle doit être surprise, voire choquée. -Euh... oui, Makhtar, comment vas-tu ? Me demanda-t-elle d'une voix froide. -Je vais bien. Merci de demander. Écoute, je voulais juste parler deux minutes avec ta sœur, si possible. -Désolée, mais Madelaine ne veut plus entendre parler de toi, ni de ta femme d'ailleurs, me dit-elle sèchement. Malgré le fait qu'elle ne soit pas devant moi, j'ai réussi à détecter une certaine colère dans sa voix. -Ah... j'en déduis qu'elle t'a expliqué ce qui s'est passé hier. Et je la comprends parfaitement. Mais s'il te plaît, je veux juste lui demander pardon pour le comportement de ma femme. Ensuite, je peux te garantir qu'on sortira de votre vie. Si vous voulez, je peux même passer chez vous. -D'accord. Je vais t'envoyer son numéro, puisqu'en ce moment on n'est pas chez nous, mais plutôt à Saly avec nos cousins et cousines, histoire de passer quelques jours ensemble, m'expliqua-t-elle. -Saly ? Répétai-je, intrigué. -Oui, au Lamantin plus précisément. OUI, J'ARRIVE... Allez, je dois raccrocher. Elle raccrocha sans me laisser le temps de dire au revoir. Je regardai mon téléphone et attendis qu'elle m'envoie le numéro de Madelaine. Quelques secondes plus tard, je le reçus par SMS. L'idée d'appeler Madelaine commença à se dissoudre peu à peu dès que le mot Saly entra dans ma tête. Et si j'allais là-bas pour lui parler en face à face ? Peut-être que c'était une chance que Dieu me donnait pour enfin faire ce que je n'avais jamais eu le courage de faire ! Pour ne plus perdre de temps, je me levai et filai prendre une douche rapide. Contraint et obligé, je me dirigeai à contre-cœur vers ma chambre pour faire mon sac. Je priai intérieurement pour ne pas voir Ndellah, mais comme j'avais la poisse ! Elle était assise sur le lit, en train de lire un magazine. Elle leva les yeux vers moi et me lança un bonjour du bout des lèvres. Je lui rendis son salut sans enthousiasme et me dirigeai vers le dressing pour prendre quelques vêtements de rechange dans mon sac. Alors que j'étais en train de mettre quelques affaires personnelles dans mon sac, je l'entendis me parler. -Je peux savoir où est-ce que tu vas ? Et ce sac ? Je restai silencieux et entrai dans la salle de bain pour récupérer quelques affaires personnelles. -Makhtar, mane iow lay waxal déh (Makhtar, je parle avec toi, hein). Cria-t-elle en se postant à l'entrebâillement de la porte, m'empêchant ainsi de sortir. -Je pars en voyage. Laisse-moi passer maintenant. Répondis-je sèchement. -En voyage ? Où ça ? Et pourquoi ? Et depuis quand tu prépares ça ? Et tu comptes revenir quand ? Me bombarda-t-elle de questions. -Je n'ai pas à te rendre des comptes. C'est mon droit de partir où je veux, quand je veux. Et je reviendrai quand je voudrai. Maintenant, pousse-toi de là. Dis-je en la bousculant. -Mais tu es fou ou quoi ? Tu crois que tu peux me traiter comme ça ? Tu crois que tu peux partir comme ça, sans me dire où tu vas, ni avec qui tu vas ? Tu crois que je suis ta bonne ou ta servante ? Tu crois que je vais rester là à t'attendre sagement, sans rien dire, sans rien faire ? Tu te trompes, Makhtar. Tu te trompes lourdement. Me lança-t-elle avec véhémence. Je l'ignorai. Furieuse, elle sortit de la chambre quelques instants pour revenir avec le téléphone dans sa main. -Réponds ! Me dit-elle simplement. -Allô ! Fis-je sans prendre la peine de regarder l'appelant. -....... -Non, maman ce n'est pas ça, sakh... -...... -Oui, je me rappelle bien... mais je vais à un séminaire... -...... -Dédétt yaye !!! (Non maman !) Je lançai un regard furibond à Ndellah qui continuait de me regarder avec ses yeux de biche. -Je ne peux pas l'amener avec moi maman. Comprends-moi aussi s'il te plaît... Ce n'est pas comme si j'allais en vacances quand même. Sortis-je un peu remonté. -....... -D'accord, je le ferai insha'Allah... Que la paix soit avec toi ! Je raccrochai et lançai à celle qui me servait de femme d'une voix sèche : -Prépare quelques affaires et je te préviens, je ne vais pas t'attendre. -Tu ferais n'importe quoi pour que je ne vienne pas, mais nopalal sa boppou (ne te fatigue pas trop). Je vais te suivre partout où tu iras. Me lança-t-elle sans une once de honte. -Tu es vraiment devenue sans vergogne, Ndellah. Je n'arrive même plus à te reconnaître. Maintenant tu fais des choses qui ne te traversaient même pas l'esprit. Tu deviens pathétique, tout court. -Si c'est le fait de marquer mon territoire qui fait de moi une "pathétique", j'accepte totalement. Toi-même tu l'as dit, je n'étais pas comme ça avant, mais est-ce que tu t'es posé la véritable question de mon changement ? Bien sûr que non ! Nakhté iow sa xél bi ak sa bëtt yi yeup ngua dieul ték ko si béne djiguéne rék mélni kou niou xaptal. Lidieunté témo saxx, xamo loumay méti xamo lima nexx. Kom que nak ioe ya dém ba commencé di changé mane tamit fouma diarr changé. Té ngua déf sisa boppou bi nak que mane may sa seytané (Tu ne t'occupes même plus de moi à cause d'une jeune fille sans importance. Et puisque tu as changé envers moi, moi je fais pareil. Mets aussi dans ta tête que moi Ndellah, je suis ta sheytane). Ayant dit ça, elle me tourna le dos et sortit de la chambre. J'étais irrité comme pas possible, mais néanmoins j'avais su garder mon sang-froid. Deux minutes plus tard, elle revint pour me dire que son frère et Myriam allaient venir aussi. Vous savez ce que j'ai fait ? Bah rien ! J'ai juste approuvé sa décision, ce qui l'a laissée bouche-bée. "Elle ne sait même pas ce qui l'attend", pestais-je intérieurement une fois dans la voiture.
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