Adeola.
Je déboutonne sa chemise. Bouton après bouton. Le petit bruit sec du plastique contre le tissu résonne dans le silence. Je lui fais signe de se tourner. Il obéit sans un mot, dans ce calme où j'entends presque mon propre souffle court se mêler au sien. Sa chemise glisse de ses épaules larges pour tomber sur le côté du lit.
J'ouvre le tiroir de la table de nuit et saisis une petite fiole d'huile. Quand je verse quelques gouttes dans mes paumes, un parfum entêtant, légèrement floral, s'élève et m'enveloppe. Je frotte mes mains pour tiédir le liquide, puis je le répands sur son dos.
Le contact est électrique. Mes mains glissent sur sa peau brûlante. Ses muscles, durs , se contractent sous mes doigts d'abord hésitants, puis se relâchent peu à peu, comme si mon toucher avait le pouvoir de dissoudre une fatigue ancienne.
Il laisse échapper un léger rire, un souffle vibré qui vient chatouiller mon oreille dans le silence de la chambre.
— Pourquoi tu ris ? murmuré-je, un peu piquée dans mon orgueil de masseuse amatrice.
— Pour rien, souffle-t-il, la voix pâteuse de détente.
J'essaie de me concentrer, trop sérieuse sans doute. Mes gestes sont appliqués, presque maladroits tant mon désir de bien faire est grand. Peu à peu, mes mains descendent, contournent la ligne de sa colonne vertébrale, s'approchent de la chute de ses reins.
Mon cœur s'emballe. C'est maintenant ou jamais.
Je m'ajuste, prends une profonde inspiration et m'installe à califourchon sur lui pour mieux continuer. Une chaleur troublante envahit mon bas-ventre au contact de son corps. La douceur de sa peau m'étonne toujours : ferme et lisse à la fois, un contraste viril qui m'attire autant qu'il m'intimide.
Mes doigts effleurent, pressent, s'attardent. Chaque mouvement réveille en moi un vertige. Je sens sa respiration changer sous mes cuisses, devenir plus profonde, plus lourde, et je perçois dans les frissons qui parcourent son échine une réponse muette à mes propres hésitations.
Ma timidité revient un instant, telle une marée montante, mais je la repousse. Je baisse la tête. Mes lèvres trouvent sa nuque. Un goût salin mêlé à l'huile parfumée. Le b****r est d'abord furtif, incertain. Mais son soupir satisfait me rassure.
Alors j'ose. Je recommence, plus appuyée cette fois, chaque contact allumant une étincelle nouvelle au creux de mon ventre.
Soudain, ses mains viennent chercher les miennes,, autoritaires, les guidant vers son torse. Mes joues brûlent aussitôt quand il tourne légèrement la tête et que son regard croise le mien, brillant dans la pénombre.
Il esquisse un sourire en demi-teinte, un mélange de tendresse brute et d'amusement. Cette expression, légèrement moqueuse, m'arrache un frisson.
Instinctivement, je baisse les yeux, incapable de soutenir cette intensité qui semble lire en moi.
Il se redresse légèrement, juste assez pour déposer un b****r chaste sur mes lèvres. Un effleurement si léger qu'il me laisse sur ma faim, le souffle suspendu.
— Tu deviens de plus en plus vicieuse... murmure-t-il contre ma bouche, son souffle chaud m'empêchant de protester.
La provocation claque dans l'air. Je sens le rouge monter en une vague brûlante jusqu'à la racine de mes cheveux, partagée entre une honte délicieuse et une excitation nouvelle.
Il en rit encore.
Piquée par son petit rire, je décide de ne pas me laisser intimider. Je libère mes poignets de son étreinte avec une assurance nouvelle et glisse mes mains autour de sa nuque, mes doigts se perdant dans ses cheveux courts . Je m'installe mieux sur lui, cherchant l'équilibre parfait entre nos deux corps.
— Doucement, petite tigresse... souffle-t-il avec une ironie tendre.
Son rire vibre contre ma poitrine, entre deux baisers qui se font plus profonds. Ses lèvres se fondent aux miennes, et je me perds un instant dans ce goût familier, un mélange de café et de lui, qui me rassure plus que tout.
Puis, il abandonne ma bouche. Ses baisers descendent avec une lenteur exquise le long de ma mâchoire, avant de venir se nicher dans le creux sensible de mon cou. Je ferme les yeux, le souffle court, frissonnant sous la chaleur de son souffle. C'est alors que sa voix se fait plus faible, presque brisée par une fatigue qu'il ne peut plus cacher :
— Bébé... tu m'en voudras si je ne suis pas d'attaque ce soir ?
Ses mots agissent comme une douche froide.
Mes yeux s'ouvrent brusquement sur les siens. J'y lis un mélange de culpabilité et d'épuisement total, une vulnérabilité qu'il pose devant moi comme une offrande. Mon cœur se serre, non pas de déception, mais d'une immense tendresse.
Tout le trouble sensuel s'évapore pour laisser place à un instinct de protection. Sans un mot, je resserre mes bras autour de son cou, l'ancrant contre moi. Ma respiration vient se mêler à la sienne, apaisée.
— Je ne t'en voudrais pas... murmuré-je dans un souffle... si tu promets de te rattraper.
Un sourire las étire ses lèvres. Ses mains remontent le long de mon dos, me pressant contre lui comme s'il craignait que je m'échappe.
— M'en veux pas, d'accord ?
— Jamais, soufflé-je en retour.
Nous restons ainsi, suspendus dans ce silence où se mélangent le désir frustré et une affection profonde. Puis, nous nous détachons avec regret. Il se laisse retomber sur le dos, les paupières closes, un soupir pesant s'échappant de sa poitrine. Je me blottis contre son flanc, posant ma tête sur son épaule pour écouter les battements de son cœur qui ralentissent.
Il instant après, il pose un léger b****r sur mon front avant de se soustraire et d'entrer sous la douche. Je le regard s'en aller dans un mélange de légèreté.
Le bruit de sa douche finit par remplir l'étage. Je reste seule un moment, fixant la lueur vacillante de la lampe de chevet, avant de descendre.
Dans la salle à manger, le cliquetis discret des assiettes de porcelaine et le tintement des verres brisent le calme de la maison. L'arôme des pommes de terre rissolées réchauffe l'atmosphère, mais la table me semble soudain bien grande. J'opte pour l'îlot, c'est plus proche.
Ryan descend quelques minutes plus tard, vêtu d'un simple t-shirt et d'un pantalon. Il s'assoit près de moi et me laisse réciter le bénédicité.
C'est notre rituel depuis que dîner ensemble est devenu un luxe rare dans nos agendas surchargés.
La discussion est légère, triviale... jusqu'à ce que son téléphone déchire le silence. Le nom de son grand frère s'affiche sur l'écran. Ryan s'excuse d'un regard avant de décrocher , il finit par saisir son assiette et se lève.
— Je reviens, me murmure t'il avant de se retourner
Je le regarde monter les escaliers vers son bureau, son assiette à la main. Un pincement aigu me transperce le cœur, mais je reste immobile, la fourchette à mi-chemin de ma bouche.
Je me rappelle les paroles de Rêne.
Elle m'avait prévenue : que tout le groupe reposerait sur ses épaules, que ses erreurs seraient plus scrutées que ses succès. Elle m'avait dit que j'aurais parfois l'impression d'être devenue secondaire, effacée par son travail .
Mais de ne pas m'inquiéter ,que tout reviendra dans l'ordre une fois la stabilité retrouvée
Je fixe mon assiette, mais l'appétit a disparu.
Je scroll machinalement sur mon téléphone, cherchant une distraction qui ne vient pas. Finalement, je range les restes au frigo, le geste mécanique. Je saisis mon ordinateur, vérifie une dernière fois que les portes sont bien verrouillées et je remonte les escaliers .
Un regard vers son bureau quand j'atteins le premier étage, l'envie d'aller le retrouver me monte à la tête mais je me ressaisis. Il montrera plus tard.
Tardivement, sûrement... et je vais faire attention à ne pas dormir avant.