| SIRA |
Sa silhouette se dresse devant moi, il se tient droit comme un i. Comme à son habitude, ses sourcils sont froncés et il tenait un sac en plastique du bout de la main.
Je le dévisage de haut en bas, ne comprenant pas pourquoi il est là, tout simplement. Nous nous sommes quittés il y a plus de deux heures.
Donc si le réflexe lui venait de moi rapporteur quelque chose que j'aurais oublié dans sa voiture, ce serait déjà fait.
Je me pose encore des questions sur le site ici quand je me sens poussée. Il vient de rentrer dans l'intérieur de l'appartement en moi bousculant.
Je le fixe, atterrée qu'il se permette autant de libertés en sachant que c'est chez moi. Je ferme la porte en soufflant et regagne le salon.
Il s'est installé dans le canapé et une boîte a été posée sur la table basse. Une fourchette allaitante et revenait de sa bouche à la boîte. Il mange.
Je relâche un soupir et récupère mon téléphone qui sonne. Le numéro de ma mère s'affiche. Je souris et m'éloigne un peu.
-: Allô?
- MA MÈRE: À l'huile. Non, je rigole. Tu es à la maison?
-: rire Oui, j'ai pris les clés ce matin.
- MA MÈRE: T'es toute seule?
-: relève la tête Non, non ...
- MA MÈRE: hausse légèrement le ton Y a qui avec toi?
-: Doucement, je sais pas vraiment c'est qui. C'est un ami de Dramane, il me semble.
- MA MÈRE: Lequel? Tu sais, les amis de ton frère ...
-: sourire C'est un soulakré, il est là depuis pas longtemps.
- MA MÈRE: Ah, Abbés! C'est toi qui n'a jamais vu mais il date, comme toi dîtes.
-: éclat de rire Tu deviens une jeune toi, dis-moi!
- MA MÈRE: Tu croyais quoi, toi? Au village, sur m'appelle ...
J'éclate de rire en écoutant son anecdote qu'elle me trie à chaque fois que je la charrie. Elle me fait tellement rire avec cette histoire parfois quand elle dit les détails, j'peux en rire jusqu'à avoir les larmes aux yeux.
- MA MÈRE: Écoute ton rire de niama «imbécile?».
-: La princesse? T'es de plus en plus gentille avec moi, 'Ma!
Je compte sur les congolais pour moi dire ce que ça veut dire dans leur langue.
- MA MÈRE: tchip Je raccroche, j'ai pas de temps à perdre avec une folle comme toi.
Je rigole encore plus, tandis qu'elle raccroche. Je regarde l'heure, il me reste encore une heure. Je voulais aller voir ma tante, enfin la mère de Mariama et ses soeurs.
Je m'apprête, met mes chaussures, prend mon sac et porte enfin mon attention sur Abbés. Il a les yeux reportés sur son portable et tapote rapidement dessus son écran.
-: tousse Je vais chez ma tante, tu peux sortir. Je dois fermer.
Il lève les yeux vers moi, les sourcils froncés. Tchip, il croit qu'il intimide qui, là?
- ABBÉS: grimace Tu vas où?
-: souffle J'ai dit que j'allais chez ma tante, t'es sourd?
- ABBÉS: me regarde de haut en bas Tu parles à qui, concrètement?
Il m'a lancé un regard noir, et généralement je ne répond pas vraiment quand moi jette des regards comme ça.
Tout simplement parce que je boue de l'intérieur, et je n'exploserai que si on me met trop à bout.
Donc, je ne lui répond pas mais je lève les yeux au ciel, je reste quand même nerveuse. Ce geste me détend, malgré moi.
- ABBÉS: Elle habite où, ta tante?
-: À cinq minutes d'ici.
- ABBÉS: C'est quoi pour toi, cinq minutes?
-: Chez Lamine, dans le bloc D.
- ABBÉS: Bouge, tu reviens à ... regarde sa montre Moins le quart, t'as cours après.
-: J'te laisse pas là, hein.
- ABBÉS: Dégage et arrête de casser l'crâne.
-: indignée Mais j'vais quand même pas te laisser dans l'appart 'de ma mère? Avec tous nos objets de valeur, en plus?
- ABBÉS: J'm'en branle de tes objets de m***e, crois pas que j'vais trahir ton frère, alors que c'est mon pote de galère.
Je le dévisage, assez étonnée. Je n'étais pas convaincue par ses paroles. Vous comprenez? Je ne peux pas quand même pas laisser un inconnu, seul, dans l'appartement de ma mère?
Je me tracassais, je peux reporter ma visite chez tante Amina, je l'avais même pas encore prévenue.
- ABBÉS: Ou alors, t'essaies d'me faire bouger d'ici.
Je regarde de travers et trace dans ma chambre. Je l'ai entendu me menacer. Je refuse de laisser ici tout seul, mais je refuse aussi de m'ennuyer avec lui.
On est pas amis, lui et moi, et jamais je ne me lierai d'amitié avec un homme pareil. Ou avec un homme, tout court. Je me réfugie sous ma couverture pour dormir un peu, même si je reste aux aguets.
QUELQUES MINUTES PLUS TARD |
Je sens des mains, dures et froides, me secouer intensément. J'ouvre les yeux et l'aperçois s'en aller. Tchip, bâtard.
Je suis énervée, il m'a levée du mauvais pied, ce c*n. Ma journée est faite, je vais m'exciter sur la moindre petite choisi et je peux très vite me contrarier ou me mettre hors de moi.
Je souffle désespéramment et sors de mon lit. Ma mère, à chaque fois que je souffle, elle me dit que je vais bientôt éclater comme un ballon.
Bref, je m'attache les cheveux, renfile mes vêtements et reprend mon sac. J'ai dormi avec mes chaussures tellement j'avais la flemme de les enlever.
Je prend un chewing-gum, parce que l'autre me pressait et en plus je viens de me réveiller.
Je ferme la maison et descendez le rejoindre au parking derrière mon bâtiment. Non pas qu'il veuille se cacher, sur le fait de rien, il est l'ami de mon frère qui l'a chargé de me déposer.
Mais, ici, les gens parlent trop et pour rien, en plus. Ça me rappelle, néanmoins, l'époque où je sortais avec Issam.
Évidemment, une pensée en entraîne une autre et bientôt mes réflexions ne tournent qu'autour de ... mon passé. Aucun autre mot, ne me viens, là, pour nommer cette période de ma vie.
Je me remémore tous les instants, tous les patronymes, tous les gestes de tendresse que nous avions l'un envers l'autre.
Même si cette relation était des plus atypiques, je l'aimais vraiment. De toutes façons, tout n'est que destin, non?
Je ne sais pas de quoi est fait demain, je demande juste à Dieu de me faciliter les épreuves qui me seront réservées.
D'aussi loin que je peux me rappeler, j'ai toujours été une élève modèle, une enfant modèle, bref j'étais toujours celle qui était étiquetée comme «sage».
Vous comprenez qu'à force qu'on utilise comme excuse mon intelligence, je suis finalement sentie enfermée dans une sorte de mal-être.
J'étais toujours celle qui voulait tout bien faire, de celle dont on attendait beaucoup. À mes âges de rebelle, j'ai commencé mes mauvaises fréquentations et ma rencontre avec Issam n'a rien facilité.
Je pensais, dans ma petite tête, qu'il me comprenait. Ce que jamais personne n'a réussi à faire. On s'est parlé en cinquième, pour la première fois.
Il foutait rien en cours. Tous les soirs, moi, telle une pigeonne, je restais à la bibliothèque de la ville pour l'aider dans ses devoirs.
Même si, sans m'en rendre compte, c'est moi qui faisais la grande fête des tâches. Mais rien ne me sautait aux yeux, j'étais aveuglée par lui et seulement lui.
Les jours où il était absent, ce qui arrivait très fréquemment, je déprimais et ne venais pas l'après-midi, comme lui. Et mes notes ne s'en sont pas sorties sans conséquences.
On peut dire, qu'il a changé des choses dans ma petite vie toute calme et grave merdique. Je ne retiens pas que le mal de notre relation, il a aussi amélioré des choses en moi.
Notamment, il m'a appris que faire confiance autour de soi n'était pas spécialement nécessaire. Il m'a aidé à endurcir mon caractère, aussi.
Je n'ai pas toujours été comme ça, la meuf avec du répondant. Même si, j'avoue, je ne suis pas devenu une caille, non plus.
J'étais affreusement et effroyablement amoureuse de lui. Rien, ni même la sorcellerie, ne pouvait changer mes sentiments.
Rien, sauf ALLAH . Aujourd'hui, je suis heureuse de ne plus être sous son emprise. Je lui voue une certaine colère, mais jamais je ne pourrais le détester.
Pour moi, le fameux dicton «de l'amour à la haine, il n'y a qu'un pas», n'est pas valable pour Issam. Même si je m'y force, de la haine ne lui sera jamais dédié, de ma part.
Avant d'être un homme qui m'a béni, il a été un homme qui était là pour moi. Qui m'a aussi fait du bien, m'a écouté. Ou il jouait très bien la comédie.
Il était aussi un gars que j'aimais, je ne peux pas le détester du jour au lendemain, c'est mon destin ce qui est arrivé. Si ce n'est pas lui, ç'aurait été un autre, parce que c'est écrit et c'est irréversible.
Je préfère vivre toute une vie avec comme pensée que c'est Allah qui a décidé ainsi, au lieu de haïr une personne qui, même consciente de ses actes, n'était que sous l'effet du destin.
Je le porte toujours dans mon coeur, malgré le nombre de choses qu'il m'a fait. Ce n'est rien par rapport à ce que d'autre vivent, plus loin sur cette Terre.
Je pourrais, demain, lui tendre la main pour l'aider, si jamais il en a besoin. Parce que je n'oublierais pas d'aussi tôt tout ce qu'il a fait pour moi.
Maintenant reste l'idée d'en parler à Dramane. Ma mère est au courant, mais elle sait que mon frère non, et je pense qu'elle attend que j'en parle.
Hors de question que quelqu'un d'autre de lui apprenne. On pourrait déformer la réalité et me faire passer pour la crasseuse dans l'histoire alors que je ne me prostituais pas, à ce que je sache.
Il part bientôt pour quatre ans, je ne peux pas attendre dans un lieu pour lui dire et puis ...
-? : cri Oh, bouge d'ma caisse! J'pas ton temps-là.
J'émerge de mes pensées et remarque notre arrivée devant la fac. Je me dépêche de sortir, mais je ne le remercie pas cette fois, beaucoup trop émue de mes souvenirs et un peu énervée de mon réveil un peu brutal.
Je marche, pierre comme un mort-vivant, vers l'entrée de l'établissement. Je passe d'abord à mon casier pour récupérer des feuilles et mes friandises avant de monter à l'amphithéâtre
. Dans le couloir, je croise Journal avec son ami, Abdou. Je leur souris et entre moi placer comme à mon habitude.
Il faisait chaud dans la salle et nous n'étions même pas beaucoup. Je commençais déjà à m'ennuyer quand je sens un parfum d'homme flotter dans l'air, près de moi.
Je me retourne lentement, pour prendre le temps de moi plus calme avant d'agresser la personne. Tout le monde sait ici que je n'aime pas qu'on se mette, là, à coté de moi.
Pourquoi les gens font toujours les choses qu'on n'aime pas? Ça me saoule! Ça m'énerve d'autant plus quand je vois que la personne c'est Hussein.
- HUSSEIN: fronce les sourcils Tu veux quoi à moi regarder, toi?
-: souffle et me décale La vraie question est as-tu vidé tout ton flacon de parfum?
Je n'attendais évidemment pas de réponse d'une partie, mais avec qu'il est, il se rapproche de moi et moi souris de toutes ses dents jaunes.
Bon, elles sont parfaitement blanches et alignées, mais il me soule.
- HUSSEIN: Je me disais que ça fait cher longtemps qu'on est ensemble et je te connais même pas, je me suis dit pourquoi pas faire connaissance?
-: Tu t'en rends toujours pas compte?
- HUSSEIN: fronce les sourcils De?
-: reporte mon attention sur le prof Que je ne veux pas devenir amie avec toi. Maintenant retourne vers Karim et les autres. J'ai pas ton temps.
Il souffle mais ne bouge toujours pas. Bon, à mon avis, je vais devoir me le pendentif coltiner tout le cour. Cette idée ne m'enchante pas vraiment mais que puis-je dire?
Rien, donc je laisse dormir, parce que c'était évident qu'il ne suit pas les paroles du prof. Je ne comprend pas juste pourquoi il a choisi d'aller en neurologie si cela ne lui plaît vraiment pas?
La plupart des hommes de son âge répondent que c'est pour rendre fière leur mère, mais je pense que notre futur dépend d'un peu de nous.
Je pense aussi qu'en étant d'être chirurgien, par exemple, sa mère aurait pu être fière de lui. Si ce n'est que ça.
Durant mes prises de notes, je reçois un message de mon frère qui me prévenait qu'il viendrait me récupérer à 6 heures, à la fin de mes cours.
Je suis assez contente parce que pour moi, l'idée de rentrer en bus m'étais devenue inconcevable.
Avant, j'aurais donné tout ce que j'avais pour pouvoir rentrer toute seule. Maintenant, je ne veux pas rentrer en solo, en plus j'ai pas trop envie de faire de mauvaises rencontres.
| DEVANT LA FAC, 6 H 10 |
Dramane vient d'arriver et Hassan l'attendait avec moi. Je n'étais pas d'accord mais bon, je n'allais pas le forcer à rentrer?
S'il perd son temps, ce n'est pas de ma faute, hein. Donc, Dramane arrive et s'arrête à notre hauteur.
Ses vitres sont teintées donc il la baisse pour saluer Hassan, apparemment ils se connaissent, avant de m'ordonner de monter à l'arrière.
Ce que je fais, je surprend Lamine à l'avant, à qui je dis bonjour.
- DRAMANE: Tu fais quoi avec les gars, toi?
-: C'est lui qui a tenu à m'attendre, je n'allais pas l'envoyer chier quand même!
- DRAMANE: regard à travers le rétroviseur Am sébéri, gana kétou ani touna «Si tu te calmes pas, tu vas voir».
Je tourne les yeux en soufflant, il m'énerve. Mais c'est mon aîné, j'ai pas à mal lui parler. C'est une raison.
- DRAMANE: Attention, hein, Sira. Je te fais confiance, mais si j'approuve des trucs sur toi, ça va pas le faire, t'as entendu?
Je hoche la tête. Je me rend compte qu'il faut vite lui dire parce que, si je tarde, je vais pas assumer. Je commence vraiment à paniquer, imaginez il l'entend de quelqu'un d'autre? Je vais mourir ce jour-là.
-: Dramane, je dois te dire un truc ...