| 6 H 40 |
Mon réveil sonne. Je me lève les yeux fermés pour accéder à la salle de bains. Je me lave le visage et les dents avant de prendre mes ablutions.
Je retourne à ma chambre, j'enfile une djellaba et fais ma prière, que j'ai repris depuis quelques temps maintenant, comme je l'avais arrêtée.
Je me change ensuite pour enfiler une salopette noire et un tee-shirt Emporio Armani que j'ai chourave à mon frère. À mes pieds, je mets des Cortez blanches.
Je prépare vite fait mon sac à main pour les cours avant de passer à la cuisine. J'ouvre l'armoire et attrape une crêpe Wahou, celles avec les billes de chocolat, mais aussi des bonbons.
Je fourre tout ça dans mon sac, branche mes écouteurs et descendez pour attendre Dramane qui voulait me déposer à la fac.
Cinq minutes plus tard, il arrive en tong. Je le regarde, prête à le vanner, mais il me lance un regard noir. Je grimpe dans sa voiture, en silence.
- DRAMANE: Tu finis à quelle heure c'midi?
-: Midi et demi, j'crois, c'est pas sûr.
- DRAMANE: J'suis pas là, aujourd'hui. J'bouge pour des affaires toute la journée, j'vais demander à un pote de te ramener.
-: Mais, j'ai des sous, tranquille ...
- DRAMANE: Et tu vas manger où?
-: Bah ... Au grec.
- DRAMANE: Toute seule avec tous les gars qu'il y a dedans? C'est mort, tu rentres en plus y aura personne à la maison. Maman elle bouge à Lyon, chez sa soeur. Tu restes pas dehors quand on est pas là.
Je le regarde, j'étais contente qu'il me mette des barrières comme ça. Je ne sais pas si je l'ai dit, mais Dramane n'est pas au courant de ce qu'il s'est passé avec Issam.
Je sais qu'un jour ou l'autre, il va le découvrir, mais c'est encore frais pour trop en parler, donc je garde un ça un peu pour moi.
Il a raison, je n'ai pas à traîner dehors, surtout s'il n'y a personne qui peut me surveiller.
-: en ouvrant la portière À demain.
- DRAMANE : Ouais.
Je lui fais un signe de la main et trace à l'intérieur. Je sais qu'il attendait de me voir y entrer, alors je ne fais pas la folle et rentre avant de me diriger vers les tables pour préparer des fiches, comme j'ai rien à faire.
- ? : Salut, salut !
Je lève la tête et aperçois ma cousine Diary avec trois de ses amies ainsi que Hussein. Je leur souris avant de replonger ma tête dans mes notes.
Je ne dis rien mais la présence de Hussein me mettait plus que mal à l'aise.
- DIARY : Tu travailles trop, w'Allah, jamais tu penses à te reposer ?
-: Tu sais, cette année est notre dernière et il faut que je me consacre beaucoup à mes études si je veux faire ce métier. Disons que je n'ai pas vraiment le choix.
- FATY : Elle a raison, hein. Le travail c'est important.
-: C'est la...
- HUSSEIN : cri Oh, Mehdi ? Viens là, non ?
Je le regarde un peu de travers avant de ramasser mes affaires et m'éloigner d'eux, avec prétexte que je devais passer aux toilettes, alors que rien du tout.
Il est vraiment gonflé ce type, déjà, il s'incruste alors qu'on ne s'entend pas lui et moi et après il me coupe la parole ? Quel c*n !
Depuis le lycée, il est dans ma classe. Il me suit chaque année et ça me pèse quand je remarque qu'il prend la même voie professionnelle que moi, à savoir la médecine.
J'en suis même dégoûtée de voir sa tête tous les jours. Je n'ai jamais su pourquoi je ne l'aime pas mais je pense que ce genre de choses ne s'explique pas, je ne peux juste pas le sentir.
Pourtant, lui, il s'entend bien avec Mariama. Je n'ai pas du tout le même niveau de sociabilité qu'elle, ce qui explique sans doute le fait que je n'ai pas 200 amis.
M'enfin, je m'attarde trop sur lui, sachant que je ne lui trouve aucun intérêt. Je file donc aux toilettes pour rester un minimum crédible.
J'arrange mes cheveux et finis par les attacher. Je soupire, déprimée avant d'entendre la sonnerie annonçant le début des cours.
J'attrape mon sac à main et me dépêche d'aller à l'amphithéâtre où je me place plutôt en hauteur. Loin des personnes que je ne connais ou n'aime pas mais proche de ma cousine et de ses amies.
J'essaye de rester concentrée sur le débit de paroles du prof mais comme toujours, je me laissais aller.
Le pire dans tout ça, c'est que je n'ai pas besoin prendre des notes, car j'ai une mémoire photographique qui me permet de retenir beaucoup de choses d'un coup.
Je tourne le visage vers les posters qui sont utilisés comme décoration pour cette salle qui, même avec ces morceaux de papiers, reste quand même fade.
Je lâche cette fois-ci, un soupir de désolation. Le début de la fin, j'dirais.
|12 H 36|
Le prof nous libère avec quelques minutes de retenue car Hussein et sa b***e d'amis se sont permis de le mettre hors de lui.
Voyez pourquoi je n'aime pas cet enfant, il est trop culotté. Mais je ne fais pas attention, je range patiemment toutes mes affaires avant de sortir de l'amphi.
Je passe à mon casier pour déposer les bonbons que je n'ai pas mangé et quelques petites bricoles.
En faisant demi-tour, je fonce dans un gens. Je ramasse mes affaires quand je vois une main, noire, m'aider.
En me relevant, je vois un gars, grand me tendre mon bouquin. Je lui souris et commence à tourner les talons.
- ? : m'attrape par le bras Euh... Excuse moi, tu t'appelles comment ?
-: me dégage de son emprise Pourquoi ?
- ? : fronce les sourcils Parce que j'ai envie de le connaître, moi c'est Hassan.
-: sourire forcé Je ne donne pas mon prénom au premier venu. Excuse-moi, je dois partir.
Je tourne cette fois-ci les talons pour de vrai et sors de la fac avant de marcher vers l'arrêt de bus. Une voiture me tire de mes pensées en klaxonnant avec impatience.
Je me retourne et aperçois la Jeep de Abbés. Il veut quoi ?
Je me retourne et vois une fille sourire, il doit s'adresser à elle. Je rebrousse chemin quand je sens à nouveau qu'on me saisit par le bras.
Sa silhouette se dresse devant moi, les sourcils froncés et la mâchoire crispée.
- ABBÉS : T'entends pas quand on t'appelle ?
Je le regarde de haut en bas mais ne lui répond pas.
- ABBÉS : Vas-y, bouge. J'dois t'ramener chez toi.
Alors, c'est lui que Dramane a appelé pour me déposer chez moi et à la fac ? J'aurais préféré Lamine mais bon, je n'ai visiblement pas le choix.
Je le suis donc à sa voiture et rentre derrière, hors de question de m'assoir près de lui. Il me regarde à son tour de haut en bas avant de se retourner pour démarrer.
Peu de temps après son téléphone sonne, il regarde le numéro, énervé, mais ne décroche pas. Il en fait son affaire, je ne vais pas me mêler de sa vie. En plus je m'en moque.
Je branche mes écouteurs et écoute ma musique, aucune envie de communiquer avec lui. En plus, son regard me frigorifie et me gêne. Il est profond surtout, voilà ce qui me dérange.
Je ne vais pas ouvrir ce débat, je me concentre sur la route. Nous arrivons dans mon quartier quelques minutes après, je sors précipitamment en le remerciant.
Je marche vers mon bâtiment et ouvre la porte de chez moi avec mes clés. C'était silencieux, ma mère au travail et Dramane parti je ne sais où.
Je me change, met une robe de maison. Je pose toutes mes affaires sur le rocking-chair avant de passer dans la cuisine.
J'ouvre le congélo pour trouver du surgelé et j'en extrait du cordon-bleu et des frites. Je fris ça rapidement, passe à table, mange et fais ma vaisselle.
À 13h35, je prend mes ablutions et fais ma prière. Je prend un kimono noir de mon dressing et repasse dans le salon pour regarder la télé.
Soudainement, j'entends qu'on frappe, me sortant brusquement de mes pensées. Instinctivement, mon coeur s'est mit à battre. La dernière fois que quelqu'un à sonné ici et que j'étais toute seule, je me suis fait agresser sexuellement, alors j'ai des raison de m'inquiéter un peu.
Malgré que je veuille me faire discrète, je suis loin d'être une mouille alors je prend mon courage à deux mains et ouvre la porte.
Non, mais, sérieusement, il veut quoi LUI ?