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Prisonnière de son anneau

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Blurb

Vendue par sa famille pour épouser un riche homme qu’elle n’a jamais aimé, elle pensait que sa vie serait à jamais enfermée dans une cage dorée.Mariée par devoir, désirée sans amour, elle étouffe sous le poids d’un mariage arrangé.Jusqu’au jour où son regard croise celui du jardinier.Beau. Simple. Interdit.Chaque rencontre est un danger. Chaque b****r volé une brûlure.Entre la passion clandestine et la jalousie de son mari, combien de temps pourra-t-elle cacher l’interdit qui la consume ?

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Chapitre 1 : L’anneau
Je n’ai jamais aimé les bagues. Elles serrent, marquent la peau, rappellent qu’on appartient à quelqu’un. Ce matin, une bague glacée a glissé à mon doigt sous les applaudissements. La salle brillait d’or et de cristal, les invités souriaient, mais tout sonnait faux. Ma mère pleurait en silence, le mouchoir froissé entre ses doigts tremblants. Mon père fixait obstinément le sol, incapable de croiser mon regard. Nos dettes avaient avalé notre maison, nos économies, notre dignité. Il ne restait que moi à offrir. — Souris, a murmuré l’homme à mes côtés. Mon mari. Grand, costume sombre, mâchoire taillée dans la pierre. Ses yeux gris étaient des murs. Il avait tout : l’argent, les immeubles, le pouvoir. Moi, je n’avais qu’un “oui” prononcé pour sauver les miens. Les flashs crépitaient. Mon sourire figé s’est imprimé sur des dizaines de photos qui ne disaient rien de la vérité. Sur chaque image, on lirait le bonheur. Mais derrière la photo, il n’y avait que le sacrifice. Après la cérémonie, un chauffeur nous a conduits jusqu’à la villa. L’odeur du cuir et son parfum discret m’étouffaient. Il m’observait par moments comme on examine un objet précieux, acquis après une longue négociation. — Tu es pâle. — Je vais bien. — Tu mens déjà. Il n’a rien ajouté. Sa voix n’avait pas besoin de hausser le ton : elle avait la froideur d’un verdict. À travers la vitre, la ville s’effaçait. Les immeubles ont laissé place à des routes bordées d’arbres, puis à de hautes grilles impénétrables. Quand le portail noir s’est ouvert, j’ai découvert un jardin immense. Des haies taillées au cordeau, des allées de gravier clair, des massifs de roses rouges parfaitement alignées. Une fontaine murmurait, et plus loin, une serre de verre captait les derniers éclats du soleil. C’est là que je l’ai aperçu. Une silhouette masculine, penchée sur un parterre. Chemise claire, manches roulées, gestes précis. Ses mains guidaient une tige fragile comme si chaque feuille comptait. Puis il s’est redressé. Nos regards se sont croisés une seconde, à travers la vitre teintée. Un simple instant. Mais mon cœur s’est serré. Le véhicule a poursuivi sa route. L’image a disparu, mais le frisson est resté. La gouvernante nous attendait dans le hall. Sa voix roulait comme une leçon apprise : — Chambre principale, salle de bain en marbre, garde-robe déjà remplie, repas servis à heure fixe… Mon mari l’a congédiée d’un simple geste. Sa présence seule suffisait à occuper tout l’espace. — Tu mangeras ce soir ? — Je n’ai pas faim. — Ici, on mange, même sans faim. Pas d’ordre crié. Juste une règle. Définitive. Dans la chambre, j’ai retiré ma robe lentement, bouton après bouton, comme si chaque couture arrachait un morceau de ma peau. Dans le miroir, je ne voyais pas une épouse. Seulement une prisonnière en dentelle. J’ai ouvert la fenêtre. Le parfum des roses est monté, doux et entêtant. La serre brillait encore au loin, comme un phare silencieux. On a frappé. La gouvernante est entrée avec un plateau : une soupe claire, du pain, quelques fruits. — Madame doit manger. Chaque cuillère avait le goût de poussière. Mais j’ai avalé pour ne pas discuter. — Souhaitez-vous une promenade dans le jardin ? Sans réfléchir, j’ai dit oui. Je suis sortie, un châle sur les épaules. Le gravier crissait sous mes pas. La lumière de fin d’après-midi baignait les roses d’un éclat rouge et or. Je me suis penchée vers une fleur. Une épine a accroché mon tissu. — Attention, elles piquent, a dit une voix derrière moi. Je me suis retournée. Lui. De près, il était encore plus troublant. Sa peau hâlée brillait sous la sueur, ses cheveux sombres collaient à son front, et ses yeux clairs me fixaient avec une franchise désarmante. Ses mains solides tenaient un sécateur. — Félicitation, madame. Le mot m’a piqué plus que l’épine. Madame. Comme si l’anneau parlait à ma place. Il a libéré mon châle. Ses doigts ont effleuré ma main. L’anneau a accroché la lumière. Une décharge m’a traversée, rapide, interdite. Il a reculé aussitôt, un regard furtif vers la villa. — On vous attend sûrement. — Merci, ai-je soufflé. Le soir, la maison s’est emplie de monde. Les coupes de champagne s’entrechoquaient, les rires glissaient comme du verre poli. On me félicitait pour ma robe, pour ma “chance”, pour mon “mariage heureux”. Chaque mot sonnait faux. Derrière les sourires, je sentais la curiosité, parfois même la pitié. Lui, mon mari, passait d’un invité à l’autre avec une aisance glaciale. Ses paroles étaient brèves, mais respectées. Sa façon de se tenir disait : tout ici m’appartient. Et ses yeux revenaient toujours vers moi, comme pour vérifier que je ne sortais pas du cadre. J’ai serré mon verre jusqu’à en avoir mal au poignet. Personne ne l’a vu. Personne ne voulait le voir. Quand la dernière voiture a franchi le portail, le silence est tombé, lourd et étouffant. Mon mari a posé sa main sur la rampe du grand escalier, comme une signature, et j’ai dû le suivre. La chambre s’ouvrait sur une baie vitrée qui donnait sur le jardin. Les rosiers, noirs sous la nuit, formaient des ombres inquiétantes. Plus loin, la serre brillait encore, éclairée de l’intérieur comme une veilleuse de verre. Je me suis approchée. Mon reflet se superposait à la vitre : une femme trop pâle, un anneau trop lourd, un silence trop fort. — Ça va ? Sa voix m’a fait sursauter. — Oui. Il a pris ma main. Ses doigts ont tourné l’anneau, comme pour vérifier qu’il était bien en place. La chaleur de son contact a déclenché un frisson. Ses yeux gris se sont rétrécis. — Tu peux me dire non, a-t-il murmuré. Ses mots m’ont figée. Sa voix tremblait légèrement, comme s’il doutait pour la première fois. Je l’ai regardé, incapable de répondre. On a frappé. — Monsieur, dit une voix neutre, on a trouvé quelqu’un près de la serre. Le jardinier. Son regard s’est glacé. Il a lâché ma main. — Attends-moi ici. La porte s’est refermée. Je suis restée immobile, le souffle coupé. Puis mes pas m’ont portée jusqu’à la vitre. Dans le noir, deux silhouettes se faisaient face près de la serre. L’une droite et tranchante. L’autre souple, claire comme une lueur. Je ne pouvais rien entendre, mais j’ai senti le poids invisible de leurs mots. Un frisson a couru le long de ma nuque. Mes doigts tournaient l’anneau comme pour l’élargir. Et j’ai compris, dès ce premier soir, que ma vie dans cette maison ne serait jamais tranquille.

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