Éthique du Contact – Article premier
Éthique du Contact – Article premierL’Expansion est un instinct fondamental, un moteur intime naturel de l’activité de tout organisme vivant, comme il gouverne aussi celle des entités subatomiques, et comme il fut au cœur du Big Bang originel. Cet instinct nous autorise, nous, êtres humains, à visiter, explorer, répertorier et quantifier notre environnement, au nom de la Connaissance ainsi érigée en dogme. L’Éthique du Contact fait l’objet des trente articles qui suivent ce liminaire ; elle en constitue la Règle du jeu, celle qui définit quelles sont les limites attribuées à ce droit naturel qui est aussi un devoir absolu.
La première de ces limites est d’admettre que dans ce processus d’Expansion, nous ne sommes pas missionnés de facto par une quelconque autorisation ou bénédiction divine. N’y étant qu’invités, nous ne sommes donc pas autorisés à détruire, à asservir ou à opprimer en aucune façon nos alter ego que seraient les êtres vivants de rencontre, fussent-ils au plus haut point dissemblables d’apparence. Notre devoir premier, absolu, est de préserver la diversité infinie de l’univers qui, au même titre que l’Expansion, est source infinie de richesse et reste à jamais prioritaire sur celle-ci. Voilà le message fondamental, celui qui sous-tend la rédaction de cette Éthique du Contact.
Cette charte a été rédigée, approuvée, puis cosignée par l’ensemble des organismes privés et publics qui ont participé au projet « Exploration » et devra donc être respectée par toute personne, physique ou morale, concernée par ce projet, son organisation et sa mise en œuvre effective.
origine :
commandant Silas Graffenbecke, sur le Georges-Louis Buffon
datation :
2234, mars 17 – 19:42Z – 457898512 -
localisation :
planète IF 837 citée ci-après, en orbite basse 300 kilomètres
coordonnées sidérales mentionnées dans la pièce jointe
destinataire :
bureau central du COALHA, à l’attention de Harold Washburn
diffusion élargie :
échelon central du PANDA – Comité mondial d’ethnobiologie
code-crypto :
sans objet
catégorie :
rapport – compte rendu à caractère exceptionnel
code-catégorie :
pour information – pour action – en attente de réponse
code urgence :
sans mention – routine – urgent – très urgent – flash
Objet :
Compte rendu d’incident de niveau 5 sur le monde répertorié IF 837
mot-clés :
perte vaisseau Charles Darwin – IF 837
races impliquées :
non référencées à la date du message, procédure en cours non aboutie
référence à rappeler :
pièces jointes :
vidéo aérienne 3D, et cartographie annotée de la zone impliquée
texte (alphanum.) :
Vous rends compte de la perte du vaisseau d’exploration Charles Darwin (chef de mission : Hippolites Kassidis), constatée dès mon arrivée sur le site IF 837. Du fait de l’amortissement dû à la végétation dense et d’une mise en œuvre probable des moyens automatiques d’atterrissage d’urgence, le vaisseau Charles Darwin a été préservé de la destruction totale, comme ce fut le cas pour le Georges Cuvier (ceci peut être constaté sur les références vidéo jointes). Cependant, il n’a été possible d’identifier aucun membre d’équipage, vivant ou mort, dans les alentours du crash. Vous noterez d’emblée que les conditions de l’accident présumé sont très similaires à celles de la perte récente du Georges Cuvier (chef de mission : Lukas Van Arpen).
Pour ce motif, j’ai jugé peu prudent de faire atterrir immédiatement le Georges Louis Buffon et j’ai fait porter en priorité mes efforts sur une reconnaissance aérienne fouillée, jusqu’à une distance de 150 kilomètres des deux vaisseaux immobilisés. Dans ce périmètre a été retrouvée une navette de bord (identifiée comme appartenant au Charles Darwin), à 15 kilomètres au nord local du Darwin, ainsi que deux aéronefs Manta de reconnaissance abandonnés, l’un intact, l’autre détruit à 15%, suite à un atterrissage de fortune sur un terrain inadapté, à 18 kilomètres au sud-est local du Darwin. Ces détails sont clairement visibles sur la vidéo jointe. Si l’origine présumée du drame reste inconnue, la perte de la totalité de l’équipage ne peut hélas être exclue, au vu de la configuration de l’accident et surtout de l’absence prolongée de tout signe de vie. Je poursuis mes recherches en vue de détecter d’éventuels survivants, des victimes ou tout indice utile.
Il serait envisageable d’atterrir et d’associer à mon enquête l’espèce andromorphe locale. Il me semble cependant savoir que cette espèce est déjà répertoriée, et jugée trop peu réactive pour m’assister utilement dans ce genre de tâche (références consultées : rapports émanant du Charles Darwin, rédacteur H. Kassidis). Je sollicite donc un avis du KOALA concernant la pertinence et l’urgence d’une action au sol dans les conditions d’incertitude actuelles, vis-à-vis des risques à atterrir sur les lieux avant d’avoir obtenu un premier retour des investigations en cours. Je sollicite par ailleurs votre avis sur la pertinence d’user de moyens coercitifs pour obtenir toute information qui serait jugée utile auprès de l’espèce andromorphe locale citée.
Signé : S. Graffenbecke,
commandant du Georges-Louis Buffon
FIN DE TRANSMISSION