Dès le lendemain, en sortant du bureau, Nick alla directement dans son appartement, toutes ses affaires y étaient déjà. Il s’était retrouvé tout seul, s’installant lourdement sur son canapé blanc et s’engageant dans son sombre couloir du passé, à ressasser ses souvenirs d’enfance en se laissant talonner encore et encore par son chagrin qu’il croyait s’en débarrasser, de sa douleur dont il a voulu croire se désenchaîner. Il essayait de ressentir la présence de sa famille, il ferma les yeux en revivant les scènes où il était le plus heureux, inconsciemment, il souriait bien que cela fut un sourire grimacé. L’important, c'était de remonter le temps pour y revivre un peu sans aucune douleur, aucun chagrin et ne plus devoir ressentir cette amertume au plus profond de son âme.
« D’un jour, d’un moment, d’un court instant, il a fallu que je connaisse le pire, un pire qui se permet de resurgir même après tant d’années. D’abord mon père, ma petite sœur puis, ma mère. Comment puis-je extirper cette douleur qui, par intermittence apparaît aussi vive que la première fois ? Est-ce qu’un jour, j’arrêterai de me battre pour ce bonheur qui me donne l’impression de m’être incompatible ? »
« Maman ! Papa ! Sawa ! Vous êtes partis sans même me demander si je pourrais y survivre ! S’écria-t-il. C’est bien évident que je n’y arrive pas ! Chaque jour, je me lève d’un bond malgré ma profonde affliction, je me bats, je vis ma journée en me persuadant que c’est mon objectif quotidien, un objectif que jamais, je ne devrai cesser d’atteindre. Mais, du moment où ce passé reprend place, je me sens comme expulser de ce monde, un monde où je ne saurais trouver ma place, un monde où vous ne vivez plus. N’est-ce pas égoïste de votre part de me demander de rester en sachant que loin de vous, je ne trouverai pas la force ?
Il n’y a pas un jour, où je ne me sens pas seul. Ce vide que vous avez laissé, qui pourrait le combler ? Maman ! Papa ! Sawa ! Pourquoi ne m’avez-vous pas emmené avec vous ? De ce monde, je n'en ai rien à faire, je n'en ai pas ma place. Dit-il en élevant la voix.
De cette douleur, je n’en peux plus ! Suis-je censé me taire et vivre même si je m’étouffe ? Suis-je censé accepter cette souffrance, me rongeant l’âme ? Dites-moi quoi faire, dites-moi quoi faire parce que moi tout seul, je n’y arriverai pas. Je suis fatigué de vivre sans vous, je m’abstenais à le dire pour ne pas pécher contre Dieu, mais, même en m’abstenant, je n’ai pas pu étouffer une telle pensée, qui en fait, reste une réalité. Je vous veux ! Et, je crois que je nourris trop ce désir qui ne saurait être comblé. »
À force de crier, il s’était époumoné. Tout à coup, un grand silence plana dans la maison sans rencontrer la plus légère résistance et que trouble seul le sifflement du vent, venant sécher ses yeux mouillés puis, il s’endormit…
Le soir suivant, après les cours Leïssa débarqua chez Nick, voulant y passer la nuit.
- Mais, à cette heure ? Que fais-tu ici ? Lui demanda Nick en tordant ses traits.
- On ne s’est pas vu depuis hier, je n’ai même pas droit à une salutation ? Répondit Leïssa en se moquant de lui.
- Désolé, tu m’as surpris. Et je n’aime pas quand tu te balades si tard. Quoique tu te sois accompagnée de ton chauffeur, ce n’est pas l’heure pour qu’une jeune fille se traîne dans la rue. Tu n’as plus l’âge d’une ado, pourquoi tu ne cesses de jouer ton numéro d’enfant gâtée ? Ce n’est plus à tes parents de te dire quoi faire ou ne pas faire.
- Pas la peine non plus de jouer ton numéro de père sévère.
- Ah bon ! C’est de moi que tu parles là ?
- Tu ne me laisses pas entrer ?
- Il est tard, tu ne peux pas rester, tu dois rentrer chez toi. Mon chauffeur va t’y accompagner.
- Qui te dit que je comptais rentrer chez moi, je veux passer la nuit ici.
- Quoi ? Tu ne pourras pas.
- Et pourquoi ça ?
- Tes parents sont-ils au courant ?
- Je vais les prévenir.
Leïssa appela ses parents leur prévenant qu’elle allait vivre avec Nick et, demanda à un des personnels de lui préparer sa valise…
- Le truc, c'était de les prévenir que tu allais y passer la nuit, pas de venir vivre avec moi. Objecte-t-il.
- Quelle est la différence, puisqu’il y aurait tant d’autres soirs ? Répondit-elle en haussant les épaules.
- Tu ne peux pas te décider comme ça, sans m’en demander la permission. Qui t’a dit que je serais d’accord pour que tu vives avec moi ?
- Qui m’a dit que tu ne le serais pas ?
- À quoi tu joues Leïssa ? Tu n’es plus une gamine, tu sais ?
- Je ne joue à rien du tout. Est-ce si étrange de vouloir vivre avec toi ?
- Est-ce si étrange de débarquer ici tout en décidant de rester sans te permettre d’avoir mon accord ? Oui, ça l’est !
- Je m’en excuse ! Puis-je rester ?
- Ma permission dépendra des choix que tu vas faire.
- Comment ça ? Sois plus clair.
- Pour cohabiter avec moi, il y’a certains règlements que tu dois respecter.
- Et, ces règlements datent depuis quand ?
- Depuis maintenant.
- Je t’écoute père sévère !
En retournant la tête, Nick lui lança un regard noir…
- 1) sept heures au plus tard, tu rentres à la maison, à moins que tu sois avec moi.
2) tu dormiras qu’avec des pyjamas et ceux de mon choix.
3) aucun de tes amis ne pourront venir ici, à moins que tu me le présentes d’abord pour que j’en fasse mon jugement.
4) tu t’habilleras correctement. Pas de mini-jupes, mini-pantalons en d’autres termes, pas de mini-vêtements et tes corsages ne resteront pas entrouverts.
5) plus de fréquentations avec les mauvaises personnes, tu revois ta liste d’amis et tu en fais un tri.
6) pendant mes voyages, tu retournes chez tes parents jusqu’à mon retour en continuant à respecter ces règlements.
7) j’aurai le droit sur toi, je peux te faire entendre raison, car tu seras sous ma responsabilité.
8) cette fille que tu es devenue, tu y renonces. À présent, tu utilises tes bonnes manières.
9) quand tu sors, tu me préviens. J’aurai le droit de te demander où tu vas et si ça me déplaît, je pourrai t’y interdire.
Et, si l’un de ces règlements n’est pas respecté, tu rentres chez toi sans discuter.
- Je peux quand même dire ce que je pense ? Répondit Leïssa
- Tous ces règlements sont irréfutables, tu n'as pas ton mot à dire.
- Même mon père n’aurait pas listé de tels règlements.
- Quel est ton choix ? Je te laisse le temps d’y réfléchir.
- Non, pas la peine. Je reste et je respecterai tes règlements.
D’un air surprit, il la regarda pensant qu’elle allait refuser…
- Quoi ? Ça te surprend que je reste malgré tes règlements ? Lui demanda-t-elle.
- Je m’attendais à ce que tu me dises que j’exagère et t’en aller.
- Bien sûr, que tu exagères, mais je ne te ferai pas ce plaisir.
- Parce que tu crois que c’est ce que je voulais ? Que tu t’en ailles ?
- Mais, tu viens toi-même de le dire.
- Simplement parce que je te connais !
- Pas tant que ça, on dirait.
- D’accord. Elle, c’est Marah, la gouvernante. Elle te montrera ta chambre, tout près de la mienne.
- Tu es devenu très différent.
- Je ne suis pas de très bonne humeur ces jours-ci. Passe une bonne soirée !
- J’espère que tu ne me priveras pas de ton amitié. Dit Leïssa en haussant les sourcils.
- Est-ce moi qui te prive de mon amitié ou l’inverse ? J’ignorais qu’elle t’importait toujours. Va te coucher, il est tard.
- Je ne suis pas hors de la maison, c’est aussi à toi de me dire quand je dois me coucher ? Ça ne fait pas partie de tes règlements.
- Oh que si ! « J’aurai le droit sur toi, je peux te faire entendre raison » Mais, rassure-toi, je voulais juste te rappeler qu’il est tard.