l' éveil des brasiers anciens

922 Words
Le vent soulevait les cendres comme une pluie grise, et le monde semblait en apnée. Kaël se tenait près d’Éléa, la main posée sur son épaule, incertain s’il devait l’aider à se relever ou la laisser absorber ce qui venait de se passer. Elle, elle regardait droit devant, les yeux fixés sur cette nouvelle faille, plus noire que l’obscurité elle-même. — Ce n’est pas fini, murmura-t-elle. La faille vibrait. Ce n’était pas une simple ouverture. C’était une invitation. Ou une provocation. Kaël fronça les sourcils. — On y va pas, hein ? On vient littéralement de survivre à une reine démoniaque. — Justement, répondit Éléa en se relevant. Ce n’était qu’un verrou. Pas la porte. D’un geste, elle fit jaillir un petit cercle de lumière dans sa main. Il tournait lentement sur lui-même, comme un astre miniature. — Cette lumière... elle n’est pas la mienne. Elle vient d’avant moi. Kaël secoua la tête. — Éléa, tu es épuisée. Tu as besoin de repos. De réponses. Et moi, j’ai besoin de savoir ce qu’il se passe. Elle se tourna vers lui, ses traits adoucis. — Moi aussi, Kaël. Mais cette faille… Elle m’appelle. C’est là que se trouve la vérité. Ce n’est plus seulement une histoire de combat. C’est un héritage. Ils restèrent silencieux un moment, puis Kaël soupira. — Alors on y va. Ensemble. --- Ils franchirent la faille. Aussitôt, le monde changea. Ils tombèrent. Pas physiquement, mais intérieurement. Comme si leur esprit était aspiré vers un gouffre sans fond. Des images défilèrent à toute vitesse : un monde ancien, des temples oubliés, des visages familiers dans des corps étrangers. Puis, brusquement, le sol. Ils se réveillèrent dans un désert rouge. Un soleil pâle brillait au-dessus d’eux, suspendu dans un ciel statique. L’air était lourd, mais pas mort. Il vibrait d’une énergie étrange. — Où sommes-nous ? demanda Kaël. Éléa regardait autour, les sens en alerte. — Pas un lieu. Un souvenir... Un fragment d’Héliara. Le nom lui était venu sans qu’elle ne sache pourquoi. Comme un mot interdit dont elle portait la mémoire. Un bruit. Ils se retournèrent. Une silhouette s’approchait, encapuchonnée, son visage dissimulé. Elle marchait lentement, mais chaque pas semblait peser sur l’équilibre même de ce lieu. — Vous êtes venus, dit-elle. Enfin. Sa voix était multiple. Une sorte de chœur déformé par le vent du désert. — Qui êtes-vous ? demanda Éléa. La silhouette leva la tête. C’était une femme. Son visage était à moitié brûlé, à moitié translucide. Comme si elle existait entre deux états. Vivante, morte, et quelque chose d’autre. — Je suis la Gardienne des Brasiers. La mémoire des flammes sacrifiées. Kaël grogna. — Encore une gardienne ? Vous êtes combien, au juste ? La femme ne répondit pas. — Tu as réveillé la première lumière, Éléa. C’est pourquoi tu as vu la Reine Cendreuse. Mais elle n’était qu’un souvenir hostile. Moi… je suis un choix. — Un choix ? — Oui. Car la lumière peut renaître, ou se venger. Elle tendit la main et, devant eux, surgit une vision. Une cité suspendue au-dessus des nuages. Héliara. Majestueuse. Vivante. Puis les flammes. Les cris. La chute. — Nos ancêtres ont trahi leur serment. Ils ont enfermé la lumière. L’ont divisée en sept fragments. Tu viens d’en réveiller un. Kaël blêmit. — Et les autres ? — Cachés. Protégés. Ou corrompus. La Gardienne s’avança vers Éléa et plaça deux doigts sur son front. Un courant brûlant la traversa. Ses yeux devinrent argentés, puis redevinrent normaux. — Tu es maintenant marquée. Si tu continues, tu les attireras tous : les chasseurs, les rois déchus, les démons de la poussière, les cœurs oubliés. — Et si je refuse ? demanda Éléa. — Tu ne peux plus. Tu es la flamme. Et le monde est sec. La vision s’effaça. Ils furent de nouveau seuls dans le désert. --- Ils marchèrent pendant des heures, jusqu’à une ancienne structure émergée du sable : un autel d’obsidienne, brisé, où flottait une pierre incandescente. Éléa s’approcha. La pierre vibrait à son contact. Un murmure s’échappa : “Feu de la Vérité. Deuxième fragment.” Kaël resta en arrière. — Ce truc va encore nous transporter dans un cauchemar, hein ? Éléa toucha la pierre. Une onde traversa le désert. Le ciel se fendit. Et soudain, des silhouettes émergèrent du sable. Des Veilleurs de Verre. Des créatures construites pour protéger les fragments. — Prépare-toi, dit-elle à Kaël. Il sortit son sabre. — J’étais né prêt. Le combat éclata. Les créatures étaient rapides. Invisibles par moments. Kaël en tranchait certaines, mais elles se reformaient. Éléa, elle, levait les mains, appelant une magie nouvelle. Une lumière bleue et or, qui explosait à chaque impact. Mais un Veilleur réussit à l’atteindre. Une entaille sur sa joue. Du sang. La pierre vibra plus fort. Kaël hurla, enfonça son sabre dans le cœur de la créature. Tout s’arrêta. La pierre lévita. Éléa s’approcha. — Tu n’es pas prête, murmura une voix. — Si. Je le suis. Elle toucha la pierre. Et tout bascula à nouveau. --- Ils revinrent dans le monde réel. Le sanctuaire était toujours là, mais différent. Des racines noires couraient sur les murs. La lumière du ciel était teintée de rouge. Quelque chose avait changé. — Ils savent, dit Kaël. — Oui, répondit Éléa. Et ils arrivent. À l’horizon, des silhouettes avançaient. Pas des monstres. Pas des ombres. Des humains. Des chasseurs. Et à leur tête, un homme vêtu d’une armure marquée d’un sceau ancien. Des flammes noires dans les yeux. — Mon frère, murmura Éléa.
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