Pourquoi le porc n’a pas de cornes

657 Words
Pourquoi le porc n’a pas de cornesConte beti Kulu1 la Tortue, qui était l’oncle de Beme2 le Porc, avait passé quelque temps au pays des morts afin de se faire initier à l’art de fabriquer les cornes : il avait en effet très envie de fournir des cornes à chacun des animaux de la savane et de la forêt. Lorsque qu’il fut revenu du pays des morts, son fétiche à la main, Kulu appela tous les animaux en battant le rythme sur son tambour. Toutes les races d’animaux, mâles et femelles, se sentirent concernées et se rassemblèrent autour de la tortue, de la plus petite souris au plus gros éléphant. Tous ces animaux possédaient déjà une queue, des pattes et des sabots (à l’exception de Zombo le Singe et de la tortue elle-même), mais aucun de ces animaux ne possédait le moindre morceau de corne au-dessus de la tête. Kulu la Tortue fit alors son apparition au milieu de tous ces animaux, avec son sac de féticheur et tout son corps soigneusement badigeonné de chaux et de charbon : chaque écaille de sa carapace était d’une couleur différente. Les animaux, assis en rond autour de Kulu le prirent pour un véritable féticheur, et tous se mirent à le craindre. Kulu se dressa, regarda droit devant lui, l’air aussi solennel que possible, prit la parole et s’adressa alors à la foule qui l’entourait : – Ne voyez-vous pas que la race des hommes nous maltraite parce qu’elle possède des lances, des arcs et des flèches, des machettes et des fusils ? Mais est-ce que la race des animaux va devoir éternellement se contenter de griffes, de crocs, de pattes et de sabots pour se défendre ? C’est donc pour cette raison que j’ai pris la décision de préparer le fétiche afin de vous faire pousser des cornes. Puis Kulu poursuivit en leur donnant des interdits relatifs à son fétiche : – Jamais un vrai fétiche ne se donne sans un interdit grave. C’est pour cela que je vous déclare solennellement ici que l’interdit le plus grave que vous serez appelés à observer est celui-ci : sache que mourra de « mort subite » quiconque portera sa corne contre un seul descendant de Tortue. Kulu ordonna ensuite aux animaux de se grouper en rangs par tribus, puis il répandit les différents modèles de cornes sur le sol et dit : – Que chacun essaie le genre de cornes qui lui sied, en fonction de sa taille. Zok l’Éléphant, le doyen des animaux présents, s’avança et s’empara des défenses en disant : – À grand animal, grandes cornes, car on ne lutte qu’avec ses égaux. C’est ainsi que l’éléphant s’est mit à traîner ces énormes défenses sur son crâne. Vinrent ensuite Zee le Léopard et Engbeme le Lion, suivis par tous les animaux qui portaient une crinière, puis ils déclarèrent ensemble : – Les cornes sont pesantes et volumineuses, nous, nous préférons nous défendre nous-mêmes, à la seule force de nos muscles, aidés de nos ongles et de nos dents. Les animaux à pattes minces s’approchèrent ensuite, tels que Soo l’Antilope et les siens, et chacun put se choisir une paire de cornes et l’adapter à sa propre tête. Petit à petit, tous les animaux désirant avoir des cornes se présentèrent devant Kulu et tous obtinrent satisfaction, Kulu la Tortue se contentant simplement d’y ajouter son pouvoir magique. De son côté, Beme le Porc ne faisait que se promener dans les champs en se disant : « Je ne pourrai jamais manquer de cornes, puisque c’est mon oncle Kulu qui les distribue » mais lorsqu’il revint vers le centre du village, il s’aperçut que toutes les cornes sans exception avaient été distribuées. Il se mit donc à pleurer. Kulu la Tortue s’en aperçut et s’adressa à lui : – Mais, mon pauvre fils, tu t’es oublié ? Voilà pourquoi s’est vérifié alors le proverbe suivant : « L’enfant que l’on tient tout près de soi est souvent victime d’oubli. » Beme s’expliqua : – Je m’étais dit que je ne pourrais jamais manquer de cornes puisque c’est toi-même, mon oncle, qui les fabriques ! Apitoyé par son neveu si triste, Kulu la Tortue alla chercher d’énormes canines pointues et les lui fixa solidement au bout du groin. C’est donc depuis ce jour-là que le porc ne peut s’empêcher d’aller fouiller la terre en grognant, recherchant en vain des cornes.
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