Je tourne en rond. Je ne sais pas quelle heure il est, ni combien de temps je suis dans cette cage. Élisa doit sûrement s’inquiéter… Je tape sur les barreaux, frustrée.
- LAISSE MOI SORTIR !!
Ma voix se brise contre les murs. Personne, rien ne me répond.
Il me semble que des heures passent, une éternité. Puis des pas. La porte s’ouvre. Il entre avec un plat dans lequel trône un steak et des légumes. Mon regard se fixe sur la sauce, brillante Je n’avais pas senti ma faim mais soudainement mon ventre se tord dans un grondement obscène. Je pourrais crever de honte.
- Si tu essaies de t’enfuir, considère toi morte.
Son regard est froid, indifférent. Il sort une clé de sa poche et l’enfonce dans le verrou de la cage. Je fronce les sourcils, étudiant un instant la possibilité de l'attaquer. Non, je connais sa force.
Il pose délicatement l’assiette sur le sol et me lance un sourire moqueur avant de refermer la porte.
- Tu crois que je vais manger ça après la façon dont tu m’as traitée ? Tu l’as assaisonné au poison ?
Il ricane.
- Mange ou crève, je m’en fous.
Et il disparaît. Je m’approche de l’assiette. Les aliments sont assemblés joliment et le steak dégage une odeur plaisante. Ma bouche commence à saliver et après quelques minutes je cède. Mourir d’un steak ? Il y a pire. Et ce steak, p****n… Tendre, parfait. Je n’arrive pas à croire que ce connard ait pu cuisiner ça. La viande fond dans ma bouche. C’est peut-être la meilleure chose que j’aie jamais goûtée. Une pensée parasite me saisit, ce n’est pas si mal de se faire séquestrer au final, si je peux manger ça tous les jours. Ça change des plats fades que je me traîne depuis que maman…
La porte s’ouvre et il réapparaît, avec une bouteille d’eau à la main. La nourriture a dû me redonner de l’énergie car je suis soudain prise de colère à la vue de son petit sourire en coin.
- T’as aimé, apparemment.
Il ouvre la cage de manière nonchalante, se penche pour ramasser l’assiette. Je saisis le moment pour lancer un coup de pied vers sa tête. Raté. Il me saisit la jambe et je m’écroule sur le dos. Mon souffle se coupe.
- Tu vois, c’est pour ça que je peux pas te faire confiance.
Il se met à califourchon sur moi en écrasant mes bras de ses jambes. Je ne vois plus que son torse énorme pendant un instant. Sa main se place derrière ma nuque et la relève légèrement. Puis quelque chose de froid se pose sur mes lèvres.
- Avale.
C’est un ordre. Il presse le goulot de la bouteille sur mes lèvres et l’eau envahit bientôt ma bouche. Ce bâtard va me noyer ! J’avale de force en le foudroyant du regard. Ses doigts sont chauds sur ma peau et ses cuisses brûlantes contre mon ventre. Cette position… Mon esprit s’emballe. Je revois la nuit où il m’a agressée, ses coups de hanche encore vifs dans mon esprit. Mais là, il semble se contenir. Je n’essaie pas de lutter cette fois. Ses yeux s'attardent sur mes lèvres et sur la flaque qui commence à se former autour de mon cou. Après quelques gorgées, il me lâche enfin. Ma tête heurte lourdement sur le sol.
- Aïe. Quel gentleman.
Je lui lance un regard réprobateur. Il ne s’excuse pas. Juste ce regard qui me fouille comme s’il cherchait quelque chose.
- Laisse moi aller aux toilettes, je vais me pisser dessus. À moins que ce soit un autre de tes délires ?
Il soupire et me redresse.
- N’essaie même pas de faire un pas de travers. Je ne voudrais pas briser ta jolie nuque par accident.
Il me tient fermement contre lui, mes bras derrière mon dos. On monte des escaliers. J’étais dans le sous-sol du manoir. On arrive dans une salle de bain à l’étage où se trouvent également des toilettes. La pièce est étonnamment propre et même plutôt élégante. Il me lâche et désigne les toilettes du menton.
- Tu vas me regarder pisser aussi ? Je parie que ça te fait b****r.
- Dépêche.
- Je te jure que si tu me touches ou si même tu m’approches…
- Tu vas faire quoi ?
Il lève les yeux au ciel et croise les bras comme si c’était moi le problème. Très bien. Il veut jouer ? Je vais lui en mettre plein la vue. Sans le quitter des yeux, je baisse ma culotte en même temps que mon pantalon et m’assois sans pudeur sur la cuvette. J’aimerais dire que je n’ai pas peur mais en vérité je suis tendue, je me force à uriner sous son regard. Il a les sourcils froncés, les bras toujours croisés mais il ne bouge pas. Je m’essuie en prenant tout mon temps. Je me relève tout aussi lentement et remonte mon pantalon comme si j’étais seule dans la salle de bain, comme si son regard glacial n’existait pas.
- T’as aimé le spectacle ? Tu veux une photo souvenir tant qu’on y est ?
Je ne peux pas m’empêcher, c’est plus fort que moi. Je tire la chasse d’eau, dos à lui. Mon cœur bat à cent à l’heure mais je ne cille pas. Pas devant lui.
Il ne répond pas. Juste ce silence oppressant entre nous. C’est presque pire que quand il me balance ses bêtises. Quand je m’avance vers lui, bien droite, il finit par souffler :
- T’es vraiment quelque chose.
Je souris. Un rictus plus qu’un sourire.
- Fallait pas m’enfermer si tu voulais une petite chose docile.
Il me chope par le bras brutalement, assez fort pour que je lâche un gémissement de douleur.
- Tu crois que c’est un jeu ? Tu crois que je t’ai enfermée ici pour que tu joues les rebelles ?
Je ne baisse pas les yeux.
- Qu’est-ce-que j’en sais ?! C’est toi le détraqué ici, à m’enfermer comme une bête ! C’est quoi ton plan ? Tu vas me garder comme animal de compagnie ? Tu veux que je t’appelle Maître ?
- Tais-toi !
- D’entre nous deux, on sait très bien que c’est toi l’animal !
Il me plaque soudain contre le mur glacé. Ses yeux sont noirs, ses narines frémissent. Il serre les dents.
- Retire ce que tu as dit.
Je le défie du regard. Je sens sa main qui me tient encore le bras. Son autre main est posée contre le mur à côté de ma tête, comme un verrou invisible. Je sens sa colère sur moi, il pourrait me frapper ou pire… Et pourtant, il ne fait rien. Comme s’il se battait contre quelque chose à l’intérieur de lui. Je le fixe toujours, j’espère qu’il n’entend pas mon cœur dans ma poitrine car j’ai l’impression qu’il va exploser.
- T’attends quoi ? Que je m’excuse ? Que je pleure ?
- Je t’ai dit de te taire.
Il recule d’un coup, comme si le contact venait de le brûler, et s’éloigne sans un mot.
Je reste là, l'épaule encore collée contre le mur. Haletante. J’ai survécu.
Et pour la première fois, je ne suis plus sûre de qui, entre nous deux, est en train de perdre le contrôle.