Quel culot de m’appeler par un nom d’animal quand lui en est un… Correction, en était un.
- Toi ! C’est toi qui m’as agressé l’autre nuit !
Je me débats contre lui. Il ne relâche pas sa prise mais je sens que son regard se trouble une demie-seconde.
- Et alors, t’en reveux ? Fallait juste demander gentiment.
Il sourit d’un air narquois. s****d.
- Les gars comme toi devraient être en taule ! C’est pour ça que tu te caches ici ?
Son sourire disparaît et son visage se fait maintenant menaçant.
- T’es quoi sérieusement ? Une bête de foire échappée d’un cirque ? Me dis pas que t’es un loup-garou, je lâche sur un ton moqueur.
Il me serre maintenant fort contre lui et je fais de mon mieux pour ne pas montrer ma douleur.
- Lâche-moi, connard !
Je donne un coup de pied qu’il évite aisément et il me libère enfin de son étreinte.
- Où est mon portable ?
- Ton quoi ?
- Mon téléphone ! Je l’ai perdu, tu sais quand t’as voulu me v****r la dernière fois ?
Je ne peux m’empêcher de crier, il n’a pas du tout l’air coupable et ça m’énerve encore plus.
- Je ne t’ai même pas fait de mal, tu devrais être reconnaissante.
Il arbore une expression d'indifférence et commence à marcher en direction d’une pièce sur la gauche.
- Ah je dois te remercier maintenant ?! Regarde moi quand je te parle !
J’accélère pour essayer de me placer devant lui mais il se stoppe net.
- Si tu n’avais pas décidé d’empiéter sur mon territoire, on en serait pas là. Ça serait plutôt à toi de t’excuser de rentrer chez des gens non invitée, non ?
Il me toise et je ne peux m’empêcher de regarder ses longs cils qui décorent ses yeux noirs.
- Attends, laisse moi rire. Tu es en train de me dire que la propriété est à toi ?
Il me regarde de haut, comme si j’étais insignifiante et que je l’emmerdais.
- À mon père.
Ma mâchoire se décroche. Il entre dans une pièce qui s’apparente être la cuisine et je le suis. Elle est sobre mais propre et des fruits frais sont posés au milieu de la table au centre.
- Mais personne n’est censé vivre ici depuis des années…
- Maintenant si.
Il ouvre un tiroir et en sort mon téléphone, qu’il me tend.
- Maintenant dégage. Et t’as intérêt à pas revenir.
Je reste bouche-bée. Le type m’agresse et maintenant je dois lui obéir et le remercier ? Après ce qu’il m’a fait et l’humiliation que j’ai subie ? Hors de question. Je sens la rage bouillir en moi.
- T’es complètement cinglé ! Tu sais que je devrais appeler la police pour ce que tu as fait !
Son regard s’assombrit et je crois voir la Bête en lui. Il fait un pas vers moi, me surplombant. Ma rage est vite remplacée par la peur. Mon instinct me dit de fuir mais je reste là, figée.
- Ne me donne pas une raison de te tuer immédiatement.
Ok, le mec est fou. C’est le moment de partir. Je prends délicatement mon téléphone de sa main, la seule raison pour laquelle je suis revenue. Et aussi pour le voir se tordre de douleur éventuellement mais ce ne sera pas pour aujourd'hui.
- Tu sais quoi, tu as raison. Ce n’était rien, je vais te laisser maintenant.
Je lance mon meilleur sourire et je me retourne afin de sortir de ce bourbier. Mais il est plus rapide et je me retrouve face contre son torse encore une fois. Ses épaules larges bloquent ma vue et je n’ose pas regarder l’expression qu’il fait.
- Tu mens, je le sens.
Il se baisse légèrement et me renifle en effleurant mon oreille. Je tressaille.
- Laisse-moi partir.
- Sinon, quoi ? Sa voix est basse, presque un grondement. Il me fixe intensément et me donne l’impression d'être une proie. Sa proie.
Il a raison. Car une seconde plus tard, je cours en direction de la porte. J’entends du mouvement derrière moi mais je ne me retourne pas. Ma porte de sortie est juste devant moi. Il suffit que je tourne la poignée et… Elle reste fermée. Je tire, j’essaie de la secouer, mes doigts cherchent un verrou, un loquet, n’importe quoi, mais rien… Mon sang se glace.
- C’est ça que tu cherches ? Sa voix coule derrière moi, calme, presque moqueuse. Je me retourne lentement. Il est là, la clé entre ses doigts.
- Viens la chercher.
J’hésite un instant puis fonce. Il lève le bras, hors de ma portée. Je saute, m’étire, et me presse contre lui, mais il ne bouge pas d’un pouce.
- Qui t’envoie ?
Il lâche d’un ton dur.
- De quoi tu parles ? Laisse moi sortir p****n !
Il chope le poignet et son visage se rapproche dangereusement du mien.
- Qui. T’envoie.
Ses yeux brillent maintenant d’une rage contenue.
- C’est lui, c’est ça ?
Il rugit et je peux apercevoir deux canines parmi ses dents. Trop grandes pour un humain normal. Je frémis.
- Non, je sais pas de quoi tu parles ! Je voulais juste récupérer mon portable ! C’est tout !
Il me fixe, les pupilles dilatées. Je profite de ce court moment d’hésitation pour le repousser et fuir. Je fonce à travers le salon, me cogne à un meuble, manque de tomber. Je vise la cuisine. Une fenêtre ! Quelque chose me heurte la jambe. Je tombe face en avant avant de me réceptionner maladroitement sur mes mains.
- Trop lente, souffle-t-il.
Je recule à quatre pattes. Il ouvre lentement un placard. Je crois qu’il va en sortir un couteau. Mais non. Il sort une seringue remplie d’un liquide clair. Décidément c’est mon jour pour les piqûres.
- Qu’est ce que c’est que ça ?!
- Tu m’obliges à faire ça, petite souris.
Il tique comme si j’avais fait une bêtise. Je me retourne et me relève pour atteindre la fenêtre, mais il est déjà sur moi. Il me plaque contre le comptoir. Ma cage thoracique heurte le bois. Je me débats, hurle, frappe à l’aveugle mais ses bras sont comme de l’acier. Il attrape ma nuque, pousse mes cheveux et je sens l’aiguille rentrer dans ma peau.
- Tu vas dormir un peu, murmure-t-il. Ensuite on pourra parler.
Mes bras s’affaissent et le noir me tombe dessus.