Vladimir avait fini par rentrer chez lui. Malheureusement pour moi, ce dimanche s'éternisait et je n'étais pas au bout de mes peines.
- Maman, fit Catherine. Tu devrais demander à tante Veronica de vérifier tes défenses.
- Mes défenses ? Mais de quoi parles-tu ma puce.
Victoria, manette à la main n'avait pas cessé de fixer son écran. C'était pourtant elle qui m'avait répondu alors que Catherine cherchait vraisemblablement un moyen de me ménager.
- Une intrusion mentale.J'avais peur de comprendre ce qu'elle venait de m'annoncer si bien que je reportais ma frustration sur elle.
- Une phrase complète serait trop demander, dis-je vexée.Elle souffla.
- L'alpha est entré dans ta tête, au plus tôt il t'a manipulé pour savoir ce qu'elle contenait.
- Et vous savez détecter ça .
- Quelle drôle de question maman. C'est la première chose que nous a apprise en cours de défense vampirique... Apprendre et contrer un sort d'intrusion.
Il n'y avait pas beaucoup d'enfants au Lunamentis si bien que les filles avaient eu des cours avec tous ceux qui voulaient bien leur apprendre quelque chose. J'avais toujours trouvé ça complètement inadapté. Surtout que ce n'était pas parce que vous saviez comment marchent les choses que vous pouviez les réaliser. Les vampires étaient des rois de la télépathie, les loups avaient surtout des atouts physiques, les sorcières, les sorts etc. Mais je devais revoir mon jugement. Je regrettais ne pas avoir suivi ces fameux cours et surtout, je me demandais ce que cela changerait quand Catherine et Victoria intégreraient la meute. Ma dernière mission de la journée se profilait : dire aux filles qu'elles partiraient dès demain dans le clan Alferov.
Cette rentrée risquait d'être assez explosive en vue des agissements de l'alpha.Je préférais mettre de côté les sentiments que déclenchait la trahison de Vladimir et je savais pas tout comme allait me le démontrer mes filles. Il n'y avait pas pire humiliation.
- Enfin, ce n'est pas très grave, tu lui pardonneras maman, renifla Catherine.
- Pourquoi ferais-je une chose aussi stupide?
Elle me désigna le bout de son nez et continua son discours comme si elle s'adressait à une demeurée.
- Ben, là tout de suite, je vois deux raisons : premièrement tu portes volontairement son odeur.
- Volontairement !? ça reste à voir, cracha Victoria. S'il t'a brutalisé maman, je me chargerai de lui. Je te le promets.
- Et oh, calme toi, il n'y a rien à régler. Et je ne porte pas volontairement son odeur. Il m'a surprise en me prenant dans ses bras. Il a quelques problèmes de famille. Je suppose qu'il avait juste besoin d'un ami.
- Ouais, tu as de drôles d'amis, railla-t-elle.
Et elle allait encore me le prouver pas plus tard que tout de suite.
- La deuxième raison, c'est que tu dégages un... fumet et, je dis ça pour rester polie, assez intéressant.
- Un fumet assez intéressant !? Repris-je malgré moi.
Je piquais un fard quand je compris de quoi elle parlait, la honte me submergea. Je détestais l'odorat surdéveloppé des loups. Avec ce malheureux constat, elles me plongeaient le nez dans ma connerie. Ma colère envers Vladimir redoubla.Est-ce que je pouvais me cacher quelque part, sur une autre planète ?
- Ne fais pas cette tête maman, nous avons treize ans et dans deux ans tout au plus, nous aurons atteint la maturité sexuelle.
Ma mâchoire s'en décrocha presque. J'avais complètement relégué ce détail loin dans mon esprit. Désormais, mes filles, allaient être entourées de mâles. Et comme Victoria le disait si bien : tout au plus. Ce qu'il voulait dire en réalité : si nous avions de la chance. Et si ce n'était pas le cas . Qu'adviendrait-il de mes enfants ? Il fallait que j'aborde LA question avec elles tout de suite. Il en allait de leur bien-être pour ne pas dire de leur survie.
- Il faut que je vous parle les filles.
Mon air grave dû les alerter, car Catherine se rapprocha alors que Victoria lâchait enfin sa manette faisant de même.
- Nous sommes dans une ville où le Lunamentis n'a pas d'emprise. Du coup, nous devons nous plier aux règles instaurées par les membres des clans présents sur ce territoire.
Elles me regardaient attentives et pour une fois, elles ne répliquaient pas. C'est dire si l'heure était grave.
- C'est aussi pour cela, continuais-je, que dès demain, vous intégrerez la meute qui était présente tout à l'heure.
- Trop cool ! S'écria Catherine en tapant dans la main de sa sœur .
C'était à ne rien comprendre. Je pensais que ça leur ferait un choque. Qu'elles pleuraient, supplieraient pour rester avec moi. Pour le coup, j'avais un pincement au cœur et me sentis abandonner.
- Eh, ce serait gentil de vous montrer un peu triste de me quitter, bougonnais-je.
Pour le coup, c'était moi qui jouais l'enfant.
- Bien sûr, tu nous manqueras maman, mais nous n'avons jamais été acceptées au sein d'un vrai clan, lâcha Victoria tout excitée.
- Et puis tout le monde autour de nous s'émerveille toujours de l'esprit du groupe qui anime leur clan. Nous n'avons jamais pu intégrer le clan des royaux. On se sentait un peu mise à part.
Je pouvais facilement les comprendre.Le clan des royaux était la meute de New York. Une b***e de prétentieux, destinée à disparaître. Leur alpha était jeune et imprévisible. Il avait tendance à entrer en frénésie pour un rien. Mes filles avec leur tempérament de leader se seraient fait tuer à la première occasion ce qui m'aurait contrainte à décimer ces imbéciles.Ce n'était pas plus mal que le conseil ait toujours refusé de les intégrer à cette meute. Bien que je m'étais toujours demandé pourquoi je n'en avais jamais trouvé à redire.
- Maman, tu n'as jamais eu de clan, toi ? demanda Catherine l'œil pétillant et toujours aussi curieuse à ce propos.
- Non pas vraiment, mais il y a plus important, on discutera de moi plus tard.
- Dès qu'on pose des questions sur ton passé ou sur tes pouvoirs, tu n'as jamais le temps de nous répondre, se plaignit Victoria.
Que pouvais-je bien leur dire ? Que j'étais une entité indéterminée . Je n'avais jamais su ce que j'étais moi-même et durant les tests du Lunamentis, il s'était avéré que je n'avais pas besoin de sang ou de viande crue pour me régénérer comme un vampire ou un loup, mais qu'en ingérant l'un ou l'autre, ma concentration et ma force augmentaient significativement. Je pouvais également jeter quelques sorts comme les sorcières même si j'étais loin d'égaler Véronica. Je voyais très bien la nuit et je possédais un don de clairvoyance quoiqu'un peu limité. Et puis cerise sur le gâteau, je ne vieillissais plus depuis un moment déjà. Malheureusement, aucune de ces facultés ne me donnait d'indice sur ce que je pouvais être. J'avais toujours considéré être une surnaturelle un peu ratée combinant les aptitudes de chaque race sans pourtant les égaler.
Ce n'était pas quelque chose dont j'aimais parler. Car je n'en étais pas fière et surtout, je ne perdais pas espoir de savoir qui j'étais, un jour prochain...
- Si je ne dis rien, c'est parce qu'il n'y a rien à raconter, dis-je sèchement.
Elles ne répondirent pas, échangeant un étrange regard. Je levais les yeux vers le plafond, exaspérée.
- Arrêter ça, quand il y aura quelque chose à dire à ce propos vous serez les premières informer, mais pour le moment, je ne saurais pas quoi vous dire.
-Oh, firent-elles en chœur.
- Vous savez que vous êtes ce qui m'est le plus précieux, alors inutile de vous monter la tête pour des futilités. Il y a un moment pour tout et là, je suis fatiguée et notre discussion est loin d'être terminé. Il va y avoir un autre problème dont nous devons discuter, repris-je plus hésitante.
Je ne savais pas comment mis prendre pour dire ce genre de chose sans mettre les pieds dans le plat. La vie était compliquée quand vous étiez mère de louves. Comment dire à ses enfants qu'elles devaient vite se trouver un gentil garçon pour s'appareiller alors qu'elles n'avaient que treize ans.Pour moi, ce n'était clairement pas envisageable.
- Je considère que voyait la force dont vous faites preuve, vous ne deviendrez jamais des louves soumises, commençais-je.
En tout cas, je l'espérais grandement sinon, elles devraient se soumettre sexuellement à tous les mâles qui seraient mieux placés qu'elles hiérarchiquement. Et que mes filles se fassent v****r n'était pas dans mes projets. Quand bien même les loups ne considéraient pas ça ainsi. Ce n'en restait pas moins du viol quel que soit l'angle.
- Alors, vous savez ce qui vous reste à faire, n'est ce pas ?
Victoria soupira.
- Vraiment maman, tu as deux trains de retard pour cette discussion.Radja, la copine de Veronica, nous a déjà expliqué tout ça. Et ne t'inquiète pas nous sommes prêtes à mettre la pâté à tous ceux qui s'approcheront de trop près.
J'étais reconnaissante à Radja d'avoir pris sur elle pour parler à mes filles. Surtout que les choses avaient été plutôt compliquées pour elle. Une louve homosexuelle, ce n'était pas courant et pas très accepter chez les royaux. Elle ne serait d'ailleurs jamais libre et devrait assumer son devoir en tentant d'avoir une descendance et donc d'accepter un compagnon.
- Et puis maman, ajouta Catherine. Nous avons un avantage. Nous sommes deux, unis à jamais.
La pression descendit de quelques degrés. De toute façon, il n'était pas question qu'un mâle quel qu'il soit, n'approche de trop près de ma progéniture. Sinon je pourrais très bien devenir croc mort et surpasser Charbonnet-Labat-Glapion(société de pompes funèbres qui propose d'entreposer le corps en le mettant en scène plutôt que de le poser dans un cercueil) en me spécialisant dans la mise en scène d'obsèques de loups.
- Très bien, je suis heureuse d'entendre ça. Même si vous savez que maman sera toujours là pour vous protéger. Allez oust, au lit. Je dois parler à tante Véronica et vous aurez une journée plus que chargée demain.
Elles firent la course jusque devant les escaliers et se battaient pour être les premières à arriver dans leur chambre.
Je pris quelques minutes pour me remettre de tout ce stress et mes pensées sombres n'eurent qu'une cible : Vladimir Alferov.Réaliser que tout ce qu'il avait laissé filtrer avait été savamment calculé, me laissait un goût de bile dans la bouche.Et dire que son manège m'avait échappé.Je m'en voulais. J'aurai dû comprendre qu'il avait une raison de me prendre dans ses bras.La jalousie l'étouffait tellement qu'il n'a pas pu se résoudre à ne pas me marquer, me recouvrant entièrement de son odeur. Partie comme ça, la prochaine fois, il n'hésitera pas à me pisser dessus.
Mes pas me menèrent dans la chambre de Véronica. Il me fallait trouver une solution pour éviter une prochaine intrusion.D'une façon ou d'une autre, ce fils de p**e paierait pour cet affront.