Suite

586 Words
— Désira, écoute-moi, cria Ulrich. Si tu fais ça… Tu ne pourras plus jamais te rattraper. Il n’y aura plus de retour. Plus de “pression”. Plus de “c’était pour te protéger”. Juste un meurtre. Gratuit. Sale. Elle respirait vite. Très vite. La sirène se rapprochait. En bas, on entendait des voitures s’arrêter. Des portières claquer. Des voix. — Ulrich…, murmura-t-elle. Ils veulent me prendre toi aussi. — Non. Ils viennent me sauver, moi, et la femme que j’aime. Le mot “aime” explosa dans la pièce. Elle hurla. Un hurlement pas humain. Mélange de douleur, de haine, de désespoir. Elle leva la seringue. Tout se passa en une seconde. Arthy se jeta en arrière de toutes ses forces. La chaise bascula. La lame ripa. La seringue se planta… mais pas où elle voulait. La main de Désira se prit le choc. La fine aiguille glissa, se planta dans son propre poignet. Elle poussa un cri de surprise. — AAAH ! Elle lâcha le couteau. Ulrich fonça. Il attrapa la chaise, la tira en arrière, arracha le bâillon d’Arthy. — ARTHY !! — UL— hic— ULRICH !! Ils tombèrent tous les deux au sol avec la chaise. Il chercha les cordes, les défit à moitié, ses doigts tremblaient. Désira regarda son poignet. Le liquide s’était injecté. Quelques gouttes. Pas toute la dose. Mais assez. — … oh. Elle cligna des yeux. Son souffle changea. Des bruits de pas montaient dans l’escalier. — POLICE ! POSEZ VOS ARMES !! Des silhouettes apparurent dans l’encadrement de la porte. Désira éclata de rire. Un rire dérangé, nerveux, puis de plus en plus fort. — Vous êtes en retard…, dit-elle. Toujours en retard… Elle tenta de ramasser le couteau, mais ses doigts se mirent à trembler. Ses muscles se contractèrent. Le poison commençait à agir. Les policiers pointèrent leurs armes vers elle. — Lâchez ça !! À terre !! Elle les fixa. Puis fixa Ulrich. Puis Arthy, encore attachée à moitié, en larmes. Un sourire triste, presque enfantin, passa sur son visage. — Je voulais juste… que tu sois à moi. Ses genoux lâchèrent. Elle tomba à genoux d’abord, puis sur le côté. Les policiers se précipitèrent. Un d’eux kicks le couteau plus loin. — Appelle une ambulance !! cria quelqu’un. Ulrich finit de détacher Arthy, la prit dans ses bras. Elle tremblait. — Tu… t’es blessée ?! demanda-t-il en paniquant. — Un peu… mais je vais bien…, souffla-t-elle. Tu es là… Elle serra ses doigts dans les siens. Des larmes coulaient sur son visage. La pièce était pleine de policiers, de bruits de talkies, de chaos. Au sol, Désira haletait. Entre deux respirations, elle répéta, dans un murmure presque inaudible : — Territoire… Puis ses yeux se perdirent dans le vide. On ne savait pas encore si elle allait mourir ou survivre. Mais une chose était sûre : Son règne silencieux venait de finir. Ulrich serra Arthy contre lui. — Je suis désolé…, murmura-t-il. Je t’ai mise en danger… Je n’ai rien vu venir… Elle posa une main sur sa joue. — Ce n’est pas ta faute. Elle était déjà cassée avant toi. Il ferma les yeux. Les sirènes hurlaient dehors. Les gyros tournaient. Des journalistes commençaient déjà à se pointer au loin. Le monde allait parler. Le scandale allait exploser. Mais pour l’instant, tout ce qui comptait, c’était ça : Arthy vivante dans ses bras. Le souffle chaud contre sa poitrine. Et le silence, enfin, dans le territoire de Désira.
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