Suite la tablette du Diable

1445 Words
— Ah… le gars à la salade. Tu cherches Arthy ? — Oui ! Elle est où ? — Elle a fermé plus tôt aujourd’hui. Une femme est venue… elles ont parlé, puis elles sont parties ensemble. — Une femme comment ? L’homme réfléchit. — Calme… bien habillée… visage normal… avec un sac noir. Ulrich sentit une sueur froide couler le long de sa nuque. Désira. Il recula, un peu étourdi. Son téléphone vibra encore. Un numéro inconnu. Il répondit. — Allô ?! Une voix douce, trop douce, répondit : — Tu cours vite, Ulrich. Son sang se glaça. — Désira… Qu’est-ce que tu as fait ? Où est Arthy ?! Un léger rire. — Elle est… avec moi. On discute. Entre femmes. En arrière-plan, il entendit un bruit. Un gémissement étouffé. Un coup. Une chaise qui grince. — ARTHY !! — Elle ne peut pas parler pour l’instant, expliqua Désira calmement. Elle est un peu… attachée. Ulrich sentit ses jambes trembler. — Si tu lui fais du mal, je— — Tu feras quoi ? Tu vas me virer une deuxième fois ? Tu vas me dire que tu l’aimes devant moi encore ? Elle respira profondément. Sa voix changea. Plus grave. Plus… vraie. — Ulrich. Si tu n’es pas à moi… tu ne seras à personne. Il se mordit la lèvre, les yeux humides. — Donne-moi l’adresse. — Pourquoi je ferais ça ? — Parce que… je vais venir. Je viens. Tout de suite. Je viens seul. Sans personne. Pas de police. Je viens, tu me gardes, tu la laisses partir. Silence. Même la ville autour sembla se taire. — Tu… viendrais pour elle ? Tu serais prêt à te livrer… pour la sauver ? — Oui. Il n’hésita pas. — Laisse-la partir, et je viens. Je ferai ce que tu veux. Je dirai ce que tu veux. Je resterai avec toi si tu veux. Mais laisse-la en vie. Un long soupir traversa le combiné. — Tu vois, c’est ça que j’aime chez toi… Tu es loyal. Trop loyal. Elle rit doucement. — D’accord. Je vais t’envoyer l’adresse par message. Tu viens seul. Si je vois une seule voiture de police, un seul uniforme, un simple gyrophare… elle meurt. — Désira… — Tu as vingt minutes. Pas plus. La communication se coupa. Il reçut un message avec une adresse. Un entrepôt désaffecté en bordure de la ville. ⸻ Le plan d’Ulrich Il resta planté là, le téléphone dans la main. Il savait qu’il ne pouvait pas faire confiance à Désira. Mais il savait aussi qu’il ne pouvait pas obéir sans réfléchir. Il ouvrit ses contacts. Appela Jinwoo, un ami de longue date, hors de l’industrie, en qui il avait totalement confiance. — Mec, t’es où ? demanda Ulrich, essoufflé. — Au boulot, pourquoi tu respires comme si tu fuyais le FBI ? — J’ai pas le temps d’expliquer. Écoute-moi bien. C’est une question de vie ou de mort. Le ton d’Ulrich suffit. Jinwoo se redressa de l’autre côté. — Ok. Vas-y. — Je vais t’envoyer une adresse. Dans vingt minutes, si je ne t’appelle pas pour te dire que tout va bien, tu appelles la police. Tu leur envoies l’adresse. Tu leur dis que j’y suis. Et qu’il y a une femme dangereuse. — Quoi ?? Ulrich, c’est quoi ce délire— — PROMETS-LE. Silence. — … D’accord. Je te le promets. — Ne m’appelle pas. Tu attends. Juste surveille l’heure. 20 minutes. — Ulrich… — S’il te plaît. Fais-moi confiance. — Ok. Fais attention à toi. Il raccrocha. Il monta dans un taxi, donna l’adresse. Son esprit tournait à toute vitesse. Chaque seconde était un coup de marteau dans sa poitrine. Il pensait à Arthy. À ses rires. À ses mains. À sa façon de dire “James” comme si c’était son vrai nom. Il ne pouvait pas la laisser mourir. ⸻ L’entrepôt L’endroit était silencieux. Un vieux bâtiment industriel, à moitié mangé par le temps. Des vitres brisées. Des graffitis. Des déchets. Le taxi le déposa un peu plus loin. — Vous êtes sûr…? demanda le chauffeur. — Oui. Ulrich marcha jusqu’à l’entrée. Le cœur au bord des lèvres. La porte était entrouverte. Il entra. L’odeur de poussière et de métal rouillé l’assaillit. La lumière passait par des trous. Des ombres dansaient au sol. — Désira ! Sa voix résonna. — Je suis là !! Un rire doux descendu de l’étage supérieur. — Monte, Ulrich. Il grimpa les escaliers branlants. Chaque marche grinçait comme si elle protestait. Il arriva dans une grande pièce. Au centre… Arthy. Attachée sur une chaise. Les mains liées derrière le dos. Un tissu autour de sa bouche. Les yeux rougis, le visage marqué. Elle se débattit en le voyant. Les larmes jaillirent. — ARTHY !! Il fit un pas vers elle— Un couteau apparut devant sa gorge. Fine lame brillante. Tenu par une main. La main de Désira. Elle souriait. Calme. Parfaitement calme. Son autre main tenait une petite seringue remplie d’un liquide transparent. — Tu es venu, dit-elle doucement. Ça me touche. Ulrich s’arrêta net. — Laisse-la. C’est moi que tu veux. — Ah ça, oui, confirma-t-elle. C’est toi que je veux. Depuis longtemps. Elle appuya un peu la lame sur la peau d’Arthy. Une goutte de sang perla. Arthy gémit derrière son bâillon. Ulrich sentit sa vision se flouter. — Désira, écoute-moi… Elle le fixa. — Tu m’as virée. Après tout ce que j’ai fait pour toi. — Tu as tué des gens. — Ils t’envahissaient. Ils te salissaient. Ils te prenaient de l’énergie. Je te protégeais. Elle parla comme si elle expliquait une recette de cuisine. — Tu te rends compte de ce que tu dis ?! hurla Ulrich. Ce sont des vies, Désira !! Ses yeux se glacèrent. — Ils n’avaient pas le droit d’entrer là où je vivais. Ton monde, c’est mon territoire. Elles… ont marché dessus sans permission. Elle jeta un rapide coup d’œil à Arthy. — Elle aussi. Arthy secoua la tête, paniquée, les larmes coulant. — Ne lui fais pas de mal, supplia Ulrich. C’est moi que tu veux. Regarde-moi. Tu veux que je sois à toi ? Très bien. Je viens. Je reste. Je te parle. Je… je fais ce que tu veux. Mais laisse-la partir. Elle le regarda longuement. Son sourire disparu. — Tu le pense vraiment ? — Oui. — Tu serais prêt à vivre avec moi, à me regarder chaque jour, à dormir en sachant que j’ai tué des gens pour toi ? Son silence fut sa réponse. Elle rit. — Tu vois ? Tu mens encore. Tu n’es pas comme moi. Tu ne comprends pas. Elle prit la seringue. — Ce produit est très intéressant, tu sais. Je l’ai testé. Il agit lentement. Il brûle l’intérieur. La personne souffre pendant des heures. Elle ne meurt pas tout de suite. Elle a le temps de regretter. — Non… — Sur elle, ce sera parfait. Elle leva la seringue vers le cou d’Arthy. Arthy se débattit, un cri étouffé sortant de sa gorge. — NON !! Ulrich se jeta en avant. Désira recula. Le couteau toucha la joue d’Arthy, la seringue vacilla. — BOUGE PAS !! hurla Désira. OU JE LA PLANTE !! Ulrich s’immobilisa, mains levées. Son cœur battait tellement fort qu’il avait l’impression qu’il allait sortir de sa poitrine. Il jeta un regard furtif à la fenêtre. Combien de temps s’était écoulé ? Il ne savait pas. 15 minutes ? 18 ? Est-ce que Jinwoo avait déjà regardé l’heure ? Est-ce que la police était en route ? Il devait gagner du temps. — Désira… Regarde-moi. Pas elle. Moi. Elle tourna les yeux vers lui. C’était comme regarder un vide. — Tu te rappelles ce que tu m’as dit la première fois ? “Je serais mort sans toi.” — C’est vrai, répondit-il. Tu m’as aidé. Tu as été là. Tu m’as soutenu. Tu m’as protégé. Mais c’est fini. Tu es allée trop loin. — “Trop loin”…? répéta-t-elle, comme si elle goûtait les mots. Ça veut dire quoi ? Qu’il y a un endroit où on doit s’arrêter ? Pourquoi ? Qui décide ça ? — La loi, Désira. L’humanité. Tes mains sont sales de sang. Elle haussa les épaules. — Elles ont toujours été sales. Un bruit au loin. Une sirène. Très faible. Très lointaine. Mais elle l’entendit. Son regard se durcit. — Tu as appelé la police. — Non. Un ami le fera… si je ne sors pas. — TRAÎTRE. Elle agrippa plus fort Arthy. La pointe de la seringue toucha sa peau. — Si ils arrivent, je l’achève avant même qu’ils montent l’escalier !!
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