Seynabou était partagée entre la joie et l’appréhension. Elle ne connaissait rien des grossesses et avait peur de faire mal certaines choses. Aux dernières nouvelles, elle allait en parler à sa belle-mère.
—Ohh, enfin mon vœu se réalise ! J’espère que tu prends bien soin de toi.
—Oui, Cheikh surveille mes moindres faits et
gestes.
—C’est bien, moi-même je vais venir là-bas pour te surveiller plus.
—Non ma' ne t’en fais pas.
Hihh je te signale que c’est mon premier petit fils.
Seynabou souri à ces mots, comprenant que sa belle-mère venait de donner le sexe du bébé.
Plusieurs semaines se sont écoulées et Seynabou pense de plus en plus à être maudite. Elle avait plusieurs fois failli glisser les longs des rampes d’escaliers.
Pourtant elle faisait bien attention avec sa grossesse, elle ne portait même plus de talons si ce n’est des compensées. Et à chaque fois on dirait qu’un liquide s’était renversé sur son passage. Alors qu’elle se préparait pour aller faire cours, elle reçut un sms.
~Cet enfant que tu portes ne verra jamais le jour~
Elle lâcha le téléphone et protégea vite son ventre en y croisant ses deux mains. Elle se demanda qui pouvait bien être derrière? Qui savait même qu’elle
était en état ? Elle ne l’avait révélé qu’à sa mère, sa belle-mère et son mari. Et aucun d’entre eux ne pouvaient être l’auteur du message. Entendant la voix de son époux qui l’appelait pour la conduire dans son école, elle se calma et sortit, se dirigea vers lui avec un sourire un peu crispé.
—Tout va bien ? Questionna-t-il.
—Oui c’est juste la fatigue et l’appréhension du rendez-vous de demain.
Cheikh lui prit la main et la caressa.
—Tout ira bien, c’est juste une question de routine habibi.
***
—Ahh félicitations Seynabou, j’ai entendu dire que tu es enceinte.
Seynabou se posa la question à savoir si Marianne allait bien, même un aveugle se rendrait compte de son état à cinq mois bientôt.
—Merci Marianne. Répond-elle sincère
—Hum, tu sais si c’est un garçon ou une fille ?
—Pas encore. Mentit-elle
—Pourtant on le sait je pense au quatrième mois.
—Ah moi, on m’a dit pour la prochaine visite.
—Ok, sinon tout va bien ?
Seynabou commençait à se demander ce qu’il se passait avec Marianne aujourd’hui. Quelqu’un qui ne lui adressait qu’un simple bonjour vient aujourd’hui lui demander l'état de sa santé.
********
Cheikh peinait à y croire, mais les preuves étaient là devant ses yeux. Au début il refusait de croire que ça soit possible mais assis devant l’imam qui lui traduisait les mots écrits dans ses bouts de papier, il ne pouvait plus nier l’évidence. Il ressentit une forte pression dans son cœur, elle avait bien caché son jeu. Lui qui croyait avoir trouvé la perle rare s’était bien sûr fait avoir. Lorsqu’il avait commencé à recevoir ces appels anonymes, il les mettait automatiquement à la liste noire. Mais après c’était les messages sous forme de renseignements qui faisaient des accusations à l’une de ses femmes. Il avait pourtant pensé un moment que Marianne était l’auteur de ces messages mais avait effacé le doute lorsque qu’il en avait reçu un comme les autres alors qu’elle se trouvait dans la même pièce que lui.
—Pourquoi tu as fait ça ?
Il voyait sa femme le regarder avec incrédulité.
—Fais quoi ? demanda Seynabou perdu
—Arrêtes de faire l’innocente, je viens de voir clairement qui tu es. Explose-t-il
—Qu’est-ce que tu veux dire ?
Il lui jeta alors le reste des talismans trouvés dans leur chambre.
—Tu reconnais ces choses ?
—Non je…
—Arrêtes p****n Seynabou ! Plus besoin de faire genre, je sais tout maintenant.
Il la voyait regarder les talismans avec l’air de quelqu’un qui ne comprenait rien de la situation.
—Cheikh, où as-tu trouvé ces talismans ?
— Devines ? Dans notre chambre.
Il la voit lever les yeux, la main sur la bouche.
—Inutile de faire semblant, saches que je peux tout supporter dans ma vie, sauf une femme qui associe Dieu a des êtres.
—Mais… essaya-t-elle de se justifier.
—Ecoutes bien Seynabou, cette fois je laisse passer, mais la prochaine fois, tu fous le camp de chez moi.
Seynabou n’arrivait toujours pas à croire que Cheikh l’ait accusé d’une telle chose. Hier tout allait pour le mieux et maintenant, il lui dit cela. C’est vrai que sa mère lui avait donné un talisman pour la protéger du mauvais œil, mais elle l’avait enlevé dès le lendemain de son arrivée parce qu’elle n’y croyait pas. Elle ne voulait que rien n’ébranle sa foi en Dieu et jusqu’à maintenant, elle ne l’avait jamais abandonné. Essuyant ses larmes, elle fait ses ablutions avant de prier. Pendant sa prosternation, elle demanda à son Seigneur de faire éclater la vérité, de la protéger ainsi que l’enfant qu’elle portait…
Depuis qu’ils partageaient officiellement le même lit, Cheikh ne lui avait jamais tourné le dos jusqu’à ces derniers jours. Perdant le sommeil, elle voulait encore une fois expliquer à son mari que rien n’était de sa faute.
—Cheikh ? Essaye-t-elle doucement de communiquer
Il se tourna face à elle avant de lui répondre
—Oui.
—Depuis des jours déjà, j’essaie de t’expliquer que ce n’est pas moi l'auteur de ces talismans trouvés dans la maison.
—Seynabou, prévient-il.
Elle s’approcha de lui avant de prendre sa main et de la poser sur son ventre.
—Je te jure sur cet enfant que je porte que je suis innocente.
— Arrêtes !
Elle ne pouvait plus réprimer ses larmes qui commencent à jaillir d’un coup.
—Je sais que tu as du mal à me croire, comme je viens du village mais laisse-moi te dire que même étant de là-bas, je ne crois pas à ces choses.
Elle disait ses mots en sanglots. Que pouvait-elle ajouter de plus pour lui montrer sa bonne foi ?
—Je ne sais pas quoi faire pour te prouver mon innocence, mais je prends Allah comme témoin que je suis une victime.
—Hé, arrêtes de pleurer, ne put s’empêcher de dire son mari.
—J’ai mal que tu m’ignores.
Elle le sent se rapprocher d’elle avant de la prendre dans ses bras. Enfin depuis qu’elle en rêvait ses derniers jours. Il commença à lui caresser la tête avant de lui masser le dos.
—Je suis désolé de t’avoir fait de la peine, mais je ne trouve pas d’autres explications.
—Je…
—C’est bon oublions cela.
Seynabou ne pouvait pas oublier. C’était une faute grave qu’il l’ait accusé et même s’il disait oublier, elle sait que son mari ne la croyait toujours pas et ça détruisait tout le reste. Elle voulait bâtir un foyer fondé sur la confiance mutuelle.
***