CHAPITRE 2

1515 Words
Firdha trainait sa valise derrière elle en pleurant. Il était à peu près six heures du matin. La voie était totalement silencieuse et l’air frais qui dominait la nature, la faisait un peu grelotter. Seuls quelques chants d’oiseaux se faisaient déjà entendre, brisant le silence de ce levé de soleil…Ses larmes n’arrêtaient pas de couler car son âme meurtrie ne pouvait digérer le fait qu’elle ait quitté sa mère dans de telles conditions. Oui, elle était partie mais c’était malgré elle. Elle s’était juste rendue à l’évidence qu’il fallait quitter le domicile familial et voler de ses propres ailes puisque de toute façon, il n’y avait aucune certitude qu’elle aura un jour ce qui lui revenait de droit. Firdha haïssait John non seulement pour le fait qu’il s’était incruster dans sa vie et celle de sa mère mais aussi parce qu’il l’empêchait de jouir pleinement de ses droits d’héritière. Elle pensait à Emmanuel et Ashley qui étaient le fruit de la relation entre sa mère et John, mais Firdha ne pouvait pas s’empêcher d’aimer les jumeaux de six ans. Ils n’étaient tout de même pas fautifs dans toute cette histoire…Elle était perdue dans ses pensées et ne s’était pas rendue compte du fait qu’elle était déjà arrivée à destination. Elle laissa échapper un soupir de lassitude avant de sonner à la porte de Norah, son amie de longue date. Norah vint ouvrir quelques secondes après, l’air ensommeillé. L’étonnement se peigna sur son visage lorsqu’elle l’aperçut au seuil. - Firdha ? - Tu me laisses entrer s’il te plait ? questionna-t-elle la voix brisée par le chagrin. - Oui, bien sûr entre ! Elles entrèrent et Norah referma la porte derrière elles. Firdha se laissa choir dans l’un des fauteuils, en allongeant devant elle, ses pieds de gazelle. Connaissant son amie, elle s’attendait déjà à un interrogatoire coriace. - Firdha, ne me dis pas que tu fugues de la maison le lendemain de ton anniversaire ! On vient à peine de se quitter ! commença Norah sur un ton plein de reproches en jetant un coup d’œil rapide à la valise posée près de son amie. - Non, ce n’est pas ça. Je me suis disputée avec ma mère et John. - Et ? - Maman m’a donné une gifle. - Elle a quoi ? Mais que s’est-il passé ? Norah s’assit également et Firdha lui raconta la scène de toute à l’heure. - Je suis vraiment fatiguée de tout le temps me chamailler avec John et ma mère prend tout le temps son parti. J’ai donc décidé de quitter la maison. J’ai eu ma dose. Je ne peux plus continuer à me faire humilier sans cesse à cause de ce scélérat ! conclut-elle. Norah posa une main sur son épaule. - Je te comprends mais…tu ne penses pas que maintenant que tu es partie John aura plus de pouvoir ? Cet homme n’a aucune limite. Je ne l’ai jamais apprécié, je te l’ai toujours dis. Mais penses aussi à ta mère et à sa douleur… - Ça sert à quoi de penser à elle ? Elle a décidé de se marier à cet homme juste parce qu’elle ne pouvait pas gérer toute seule l’entreprise et aussi j’étais trop jeune pour l’aider mais j’ai grandi et elle refuse catégoriquement que je travaille à l’entreprise. Elle a une nouvelle famille et moi je n’existe plus. A quoi bon s’inquiéter pour elle si elle s’en fiche pas mal de moi. Je ne reconnais vraiment plus la femme qui m’a mise au monde. Dès fois même j’ai l’impression qu’elle et John étaient amants depuis longtemps ! Elle éclata soudain en sanglots et Norah la prit dans ses bras. - Shuut, ça va aller, je suis là ! Tu peux rester ici le temps que tout s’arrange. Ça ne me gêne pas mais ne pleure plus s’il te plaît, tu sais que je n’aime pas ça… - Merci beaucoup, répond faiblement Firdha en séchant ses larmes. J’ai l’impression que maman a subis un lavage de cerveau. Elle n’a jamais été comme ça quand mon père était en vie. Quand je pense que je considérais John comme un oncle avant… - Humm, fit Norah. Déjà ce n’était pas nécessaire qu’ils se marient pour gérer l’entreprise. Je n’ai pas eu la chance de connaitre ton père mais je ne crois pas qu’il aurait approuvé cette union, même si c’était pour sauver son entreprise de la faillite. - Tu as totalement raison. J’étais trop petite en ce moment. Je ne pouvais rien dire pour empêcher ce mariage…Je commence par avoir mal à la tête ! Norah fixa son amie quelques secondes. Firdha avait l’air bouleversée. Ça lui fendait le cœur de la voir dans cet état. Norah est orpheline depuis l’âge de cinq ans. Ses parents sont morts dans un tragique accident de voiture et elle a dû vivre chez son oncle pendant toutes ces années. Lorsqu’elle a eu dix-huit ans, son oncle a décidé de lui donner plus d’espace en lui louant un appartement dans la ville de Locarno. Elle et Firdha se sont connues au lycée et depuis, elles étaient restées meilleurs amies. Son appartement était juste à deux rues de la maison de Firdha, ce qui leur permettait de se voir autant de fois qu’elles le voulaient. A présent, elle avait vingt et un an et continuait ses études en droit. Son père avait été un grand avocat et avait même un cabinet que l’oncle de Norah dirigeait en attendant qu’elle ne décroche son diplôme pour reprendre les rênes du cabinet. - Firdha, viens te reposer un moment. On discutera quand tu seras réveillée, dit-elle. - Merci d’être toujours là pour moi ! Je ne sais pas ce que je serais devenue si tu n’avais pas été là. Tu es une bonne amie ! s’exclama Firdha, reconnaissante. - Oui, je sais ! lui répondit Norah pour plaisanter. Elles se levèrent et prirent la direction de la chambre d’amis. Dès qu’elle fut installée, Firdha se jeta sur le lit et ne tarda pas à s’endormir. *** - Bonjour maman, bonjour papa ! Emmanuel entra dans la cuisine où John et Kenny discutaient à voix basse. Ils se turent dès qu’ils le virent. Bonjour mon chéri, s’empressa de répondre Kenny en retournant ses œufs sur le poêle. Bien dormi ? - Oui maman ! - Ta sœur n’est pas réveillée ? questionna John. - Oui mais elle est toujours au lit avec sa tablette. - C’est compris. - Maman. Je suis allé dans la chambre de Frifri pour lui faire son bisou mais elle n’était pas là. Elle est où ? John et Kenny restèrent silencieux quelques secondes. Comment lui expliquer que sa sœur qu’il aimait tant, avait quitté la maison et qu’elle ne reviendra peut être plus jamais… ? Emmanuel avait plissé le front, visiblement décidé à obtenir une réponse. - Mon grand au fait, ta sœur est partie quelques jours en vacances, répondit Kenny en épiant sa réaction. - Partie ? questionna-t-il, surpris. Je l’ai vu hier et elle m’a dit qu’on ira au parc ensemble aujourd’hui. Pourquoi elle m’a laissé tout seul ? continua-t-il au bord des larmes. John se baissa à sa hauteur et plongea ses yeux verts dans les siens. - Ecoute champion, commença-t-il. C’est juste quelques jours. Ne sois pas triste ok ? Elle est partie sans te dire au revoir parce que son bus était déjà là et elle ne pouvait pas le rater mais elle a promis de te ramener pleins de jouets si tu restais sage. Il parut intéressé. - C’est vrai papa ? - Oui, bien sûr ! s’exclama John en lui ébouriffant les cheveux. Maintenant vas te mettre à table, ton petit-déjeuner va refroidir. - D’accord ! fit Emmanuel en sautillant et prit la direction du salon. C’est impressionnant la rapidité avec laquelle les sentiments des enfants pouvaient changer… - Merci chéri, lui dit Kenny lorsqu’Emmanuel fut hors de vue. Mais on fera quoi si jamais Firdha ne revient pas ? Tu sais très bien que les petits ne peuvent se passer de sa présence. J’ai vraiment l’impression que je vais devenir folle avec toute cette histoire ! - Calme-toi d’accord ? Firdha n’est pas très loin, je sais. Elle est surement allée chez son amie orpheline. Je te paris qu’elle se lassera et qu’elle sera de retour dans quelques jours. Toi, arrêtes de te tracasser. Tout ira bien. Il lui fit la bise. - Merci d’être là…, murmura Kenny en l’enlaçant. - C’est parce que je t’aime. - Je sais. Bon, je vais donner son bain à Ashley. Je reviens tout de suite. - D’accord, répondit John en s’écartant d’elle. Dès que Kenny fut sorti de la cuisine, John prit son téléphone et composa un numéro. - Allo ! fit une voix féminine à l’autre bout du fil. - Oui, on se voit dans deux heures de temps, endroit habituel. Sans lui laisser le temps de répondre, il raccrocha et se dirigea vers le salon.
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