Le téléphone de John se mit à sonner alors qu’il faisait à peine jour. Il se réveilla en sursaut et réprima un juron en voyant le numéro qui était affiché à l’écran. Il jeta un coup d’œil furtif à Kenny qui dormait toujours et se leva du lit. Il sortit ensuite en faisant le moins de bruit possible.
- Tu es folle ? Mais qu’est-ce qui te prend de m’appeler à cette heure ? rugit-il à voix basse, dès qu’il décrocha. - Je devais te parler ! - Isabelle, ne joues pas à ça avec moi. Tu sais très bien que Kenny dort et… - Chéri, fit une voix derrière lui. Qu’est-ce que tu fais ?
Il tressaillit. C’était Kenny.
- Euuuh, rien mon cœur. Retournes te coucher s’il te plait. C’est un appel de la compagnie. Je crois qu’il y a eu problème.
- A cette heure ? demanda-t-elle d’un air surpris. - Oui, je dois répondre. Retournes te coucher s’il te plait. J’en ai juste pour une minute. - Oook, répondit Kenny dans un murmure.
Elle se retourna ensuite et regagna la chambre. - Tu as entendu n’est-ce pas ? demanda-t-il à son interlocuteur en ramenant le téléphone à son oreille. - … - Je n’aime pas quand tu te mets à agir sans réfléchir. Si tu ne crains pas la réaction de ton mari si jamais il te surprend, moi par contre je ne veux pas perdre tout ce que j’ai aussi durement acquis !
John raccrocha en colère, Et entra à son tour dans la chambre où Kenny redormait déjà.
*** - Laissez-moi partir s’il vous, aidez-moi…
Une jeune femme venait d’apporter de la nourriture dans une petite pièce où était couché un homme. Il n’arrêtait pas de la supplier. Elle déposa le plateau qu’elle tenait sur la seule table qui servait de meuble et ressortit sans un regard pour lui. L’homme en question avait l’air fatigué et était tout maigre. Il se leva péniblement et s’avança vers la table. Il enleva le couvercle de l’assiette et découvrit qu’il y avait une feuille à l’intérieur. Il hésita un moment mais finit par l’ouvrir. ¨Ne vous inquiétez pas, je vous aiderai. Soyez juste patient…¨
Il resta perplexe un moment, puis mit la feuille dans l’une de ses poches. Dans le salon, était assis un autre homme, devant un post téléviseur. Il interpella la jeune femme dès qu’elle sortit de la chambre en question.
- Viens ici Adeline ! Elle s’approcha, la tête baissée. - Que lui as-tu apporté à manger ? lui demanda-t-il. - Du riz monsieur. - Et pourquoi tu as l’air aussi bizarre ? - Je ne le suis pas monsieur, répondit-elle la tête toujours baissée. - Ok, remets-moi la clé.
Ce qu’elle fit. Isabelle débarqua soudain. Adeline se retira lorsqu’elle la vit et l’homme avec lequel elle discutait se leva prestement.
- Bonne arrivée madame Isabelle, dit-il. Elle ne répondit pas, occupée à regarder Adeline s’éloigner. - C’est qui celle-là ? Demande-t-elle sur un ton méprisant. - La servante qui s’occupe du monsieur madame. Elle est nouvelle. - Vous avez fait quoi de celle qui s’occupait de lui avant ? - Elle est morte. - Que lui est-il arrivé ? - Elle a essayé de passer un coup de fil… - Je vois, c’est bien mais avant de prendre de telles décisions, demandez moi d’abord ! Je ne voudrais pas avoir de mauvaises surprises. Ce n’est pas parce que je ne viens plus rarement ici que vous allez faire ce que bon vous chante. - Oui madame, c’est d’accord. - Parfait ! Il est où Andrès ? - Il est sorti acheter des provisions. Il sera là d’un moment à l’autre. Isabelle enleva ses lunettes de soleils, dévoilant de beaux yeux marron. - Ok. Amènes moi voir notre hôte !
Ils se dirigèrent vers la chambre où était enfermé le détenu.
- Attends-moi ici, ordonna-t-elle dès qu’il lui ouvrit la porte. - Ok. Elle avança de quelques mètres et sourit au détenu. - Paul, Paul, Paul ! ça fait longtemps que je ne suis plus venue te voir. Alors, je t’ai manqué ?
Le dénommé Paul qui venait à peine de finir de manger le plat qu’on lui avait apporté, se sentait encore plus faible. Il essaya de se lever en vain.
- Ne te fatigue surtout pas mon chéri, reprit-elle. Tes repas contiennent un produit très fort qui t’affaiblit de la tête aux pieds donc ça ne sert à rien de tenter quoi que ce soit. - Jusqu’à quand vas-tu me retenir ici sorcière ! rugit-t-il. Elle se mit à rire. - Je suis contente aussi de te voir. C’est vrai que tu m’as manqué. - Pourquoi ? Pourquoi fais-tu tout ça ? Tues moi à la fin qu’on en finisse ! Je suis vraiment fatigué Isabelle. Je ne t’ai rien fait. Pourquoi es-tu si mauvaise pour m’éloigner ainsi de ma famille pendant toutes ces années ? - Si, tu m’as fait quelque chose ! hurla-t-elle. Tu savais très bien que j’étais amoureuse de toi mais tu as choisis cette écervelée de Kenny. Tu t’es moqué de mon amour et tu vas me le payer Paul, jusqu’au dernier centime ! - Tu es encore plus tarée que je ne le pensais, dit-il tout simplement en fermant les yeux, prit soudain d’un vertige.
Isabelle éclata encore une fois de rire mais cette fois-ci, elle avait l’air hystérique.
- Tu n’as encore rien vu mon amour. Ces neuf années ne sont que le début de l’enfer que tu vas bientôt vivre. Je vais me débarrasser de ta stupide femme et de ta fille. Après quoi je m’occuperai personnellement de ton cas mais d’abord, je dois m’amuser encore un peu.
- Tu n’as pas intérêt à toucher ne serait-ce qu’à un cheveu de ma famille Isabelle. Je te préviens, vociféra Paul. - Sinon tu me feras quoi pauvre idiot ? Tu ne sais pas ce qui t’attends. Et cette famille que tu défends aussi fort, sache qu’elle est à un autre. Tu n’es plus rien maintenant ! - Qu’est-ce que tu racontes ? demanda-t-il interloqué. - Fais travailler tes neurones. Tu aurais pu tout avoir avec moi mais tu as choisis cette…femme. Je ne te pardonnerai jamais Paul DaSilva. Jamais !
Il voulut ouvrir à nouveau la bouche mais il n’en avait plus la force. Isabelle le regarda avec mépris et sortit en claquant fortement la porte qu’elle verrouilla ensuite.
*** Jason se réveilla en s’étirant paresseusement, un grand sourire aux lèvres. Il avait rêvé de Firdha toute la nuit. Il se leva et prit son téléphone. Plusieurs appels manqués d’Alexandra et deux messages de Simon. Il envoya un message à Simon et entra dans la douche en sifflotant. Il ressortit quelques minutes après, une serviette attachée à la taille. Sa montre lui indiquait qu’il était dix heures. Il s’habilla à la hâte et sortit ensuite dans le jardin où il aperçut son père, qui lisait un journal. - Buongiorno papà ! - Bonjour mon fils, comment vas-tu ? - Bien, je vais bien. - Tu étais passé où hier ? lorsque je suis rentré, je ne t’ai pas vu et personne ne savais où tu étais.
Jason s’assit et se mit à tartiner de confiture, son pain.
- J’étais sorti avec une amie ! - Alexandra !? fit une voix derrière lui. Il se retourna et vit sa mère. Elle lui fit la bise et s’assit près d’eux. - Alors, tu as pu le voir ? questionna Lorenzo Lombardi. - Oui, répondit-elle en se passant la main dans les cheveux.
Cet homme était vraiment généreux. Il a fait un don énorme à l’organisation.
- Je suis content pour toi. Mais dis leur d’arrêter de te réveiller aussi tôt. Tu pourrais chercher quelqu’un pour s’occuper de ça non ? - Non, de nos jours, il ne faut faire confiance à personne. Soit on fait ce qu’il y a faire soit même, soit on ne le fait pas du tout. - Bon ok. Je comprends, capitula-t-il.
Jason écoutait la discussion de ses parents d’une manière évasive. Ses pensées étaient dirigées vers une autre personne…
- Alors jeune homme, je t’avais posé une question, reprit sa mère en se tournant vers lui. Tu étais sorti avec Alexandra ?
- Non maman ! répondit-il un peu trop sèchement. - Isabelle ! s’indigna son mari. - Quoi ? Pff, bon ok, dit-elle en voyant sa mine réprobatrice.
Elle parut déçue mais n’ajouta rien. Il y eut un silence de courte durée et Jason reprit la parole :
- Pa, je pourrais t’accompagner à l’usine aujourd’hui ? Je n’ai rien à faire de toute la journée donc... Lorenzo Lombardi leva les yeux de son journal.
- Ok, ça me fera plaisir. - Merci, dit Jason en lui souriant. - Finis vite de manger, nous partons dans quinze minutes.
Il acquiesça et jeta un coup d’œil rapide à sa mère qui était scotchée à son téléphone. C’était une petite famille, paisible…ils avaient quitté l’Italie il y a des années déjà pour s’installer en Suisse et chacun avait su développer son métier sans encombre. Jason ne pouvait qu’être fier d’être un Lombardi. Son père avait une grande usine extractive de pétrole en plus de quelques petites entreprises et sa mère s’était lancée corps et âme dans les œuvres caritatives, venant en aide aux nécessiteux. Le père de Jason, un quinquagénaire plutôt beau et séduisant, était un homme simple malgré tous les milliards qu’il avait. Il ne parlait presque pas mais quand il s’agissait de boulot, nul ne lui arrivait à la cheville. Tout était très beau et ça aurait pu être parfait si sa mère ne s’investissait pas un peu trop dans sa vie amoureuse : elle voulait à tout prix qu’il sorte avec Alexandra…Elle n’arrêtait pas de lui en parler à longueur de journée et Jason commençait par trouver ça fatiguant. Il finit son petit déjeuné et lui et son père se mirent en route pour l’usine pétrolière. Comme à chaque fois qu’ils s’y rendaient ensemble, le trajet se passa dans un silence complet. Ils arrivèrent quinze minutes plus tard et se mirent à marcher en direction de l’entrée.
- Ça a un peu changé depuis la dernière fois que je suis passé, s’enquit Jason en regardant autour de lui. - Oui, affirma son père. J’ai fait faire quelques rénovations. Ils ont changé la peinture et les volets du bureau là-bas. - Ah d’accord. - Sinon, comment ça marche de ton coté ? Tu es toujours sur ton projet ? - Oui papa et Simon m’aide également. Je continue tout de même à suivre le reste de mes cours comme tu me l’avait conseillé. - C’est bien ! Ils continuaient à discuter en trainant les pas lorsque Jason vit Alexandra qui arrivait. Il se retint de pousser un juron. - Bonjour monsieur Lombardi, lança-t-elle gaiment lorsqu’elle fut à leur hauteur. Le père de Jason qui était de dos, se retourna et lui décocha un sourire. - Salut ma grande, comment vas-tu ? - Je vais bien, merci. J’étais passée à la maison mais madame Isabelle m’a dit que vous veniez à peine de partir. J’ai donc décidé de vous emboiter le pas ! - Je vois. On vient tout de même d’arriver et je parlais de deux trois trucs avec Jason mais puisque tu es là, je vais vous laissez discuter entre jeunes. Dis-moi tout de même comment vont tes parents. - Ils vont à merveille, répondit-elle. Ils étaient en voyage d’affaires mais ils sont rentrés hier dans l’après-midi. - D’accord, c’est bien. Je serai dans mon bureau ajouta-t-il à l’endroit de son fils. A plus Alexandra !
Elle lui sourit et lui fit la bise. Puis elle se tourna vers Jason lorsque Lorenzo fut loin.
- Jay, je t’ai appelé toute la nuit et même ce matin. Pourquoi tu ne répondais pas ? questionna-t-elle sur un ton plein de reproches. - J’étais occupé ! - Trop occupé pour répondre à mes messages ? Hier tu étais où Jay ? Pourquoi tu es parti alors que ton père m’avait affirmé que tu étais bel et bien là ? - Ecoutes Alexa, je n’ai aucun compte à te rendre sur mes allées et venues, lui dit-il aussi calmement qu’il put.
Il se mit à marcher vers un banc et elle lui emboita le pas.
- Pourquoi es-tu si désagréable avec moi hein ? reprit Alexandra. Tu sais très bien ce que je ressens pour toi mais tu as l’air de t’en foutre complètement. - Je n’ai jamais prétendu avoir un quelconque sentiment envers toi Alexandra. Au contraire, j’ai toujours été très franc et tu sais très bien que je ne t’aime pas. Je ne suis pas amoureux de toi donc s’il te plait, arrêtes de me suivre partout !
Elle parut vexée et des larmes se mirent à perler au coin de ses yeux.
- Mais…je t’aime…reprit-elle comme si elle n’avait pas entendu ce qu’il venait de lui dire.
Elle s’approcha près de Jason sur le banc et essaya de l’embrasser.
- Arrête ! hurla Jason en se levant. Tu es ridicule Alexandra. Tu n’es pas une petite fille, tu pourrais au moins comprendre le fait que je ne t’aime pas non ? Pourquoi tu veux forcer une relation qui n’a aucun avenir ? - Je… - Stop ! Comprends-moi s’il te plait, reprit-il en essayant de se calmer et baisser le ton. Alexa je t’apprécie beaucoup. Tu es une fille chouette et tout, plusieurs sont les hommes qui aimeraient sortir avec toi. - Oui mais tu ne fais pas partie de ceux-là n’est-ce pas ?
Jason se contenta de la regarder droit dans les yeux sans ciller. Elle avait déjà la réponse à cette question et il ne se voyait pas le dire à nouveau. Alexandra se rebutée. Elle leva à la hâte et couru vers sa voiture en pleurant. Jason secoua la tête et entra dans l’usine. Il se dirigea ensuite vers le bureau de son père et le retrouva arrêté près de la fenêtre. Il avait peut-être vu toute la scène.
- Tu ne l’aimes pas n’est-ce pas ?
Jason parut surprit mais répondit tout simplement :
- Non père. Son père se retourna et s’approcha de lui. - Alors, tu as bien fait de mettre définitivement les points sur les i avec elle. - Oui mais…maman n’arrêtes pas de me dire qu’il faut que je la courtise. - Ta mère n’a pas à interférer dans ta vie amoureuse. Certes elle t’aime beaucoup mais tu es le seul à pouvoir décider de ce qui est bon pour toi donc ne fais pas trop attention à ce qu’elle dit. Nous tes parents ne devons rien t’imposer. Juste faire en sorte que tu ne prennes pas de mauvaises décisions. Et je ne crois pas que sortir avec la fille de Fabien Michelland soit une bonne idée. - Merci papa, dit Jason en lui souriant. - C’est mon devoir de te conseiller mon fils !
Jason s’approcha de lui et l’étreignit.