Deuxième partie, suite chapitre III

5000 Words
de visage ?   demanda-t-il  à son tour.           — Je ne suis que celle que je suis, répondit-elle calmement. Habituellement pour mesurer le tempérament d’une personne, il suffit de regarder son visage et entendre le timbre de sa voix pour s’assurer de quelle  humeur elle est. Cela ne suppose pas qu’on soit cuistre pour déchiffrer tous les traits du visage via une mine renfrognée.           — Cesse de me reprocher quoi que ce soit ! lui demanda-t-il. Maintenant, je dois savoir comment mes filles vont-elles prendre la nouvelle de mon deuxième mariage. Je trouve qu’il est  incongru de leur cacher la vérité avant qu’elles la prennent de la bouche d’une commère.      —  Tes filles sont déjà au courant de ton nouveau mariage, lui avoua-t-elle, et elles sont très fâchées. Tu n’as pas entendu tout à l’heure leurs cris et gesticulation de mécontentement quand tu étais dans le jardin ? Dès que je leur avais parlé de ce fameux mariage, elles se sont prises à moi au point de vouloir s’éclipser de nos vues une fois pour toute et surtout la grande nerveuse et déséquilibrée.            —  Occupe-toi des autres et laisses-la moi, lui demanda-t-il. Je vais m’en occuper. Je connais son tempérament et je vais faire en sorte à ce qu’elle acceptera ce mariage qui n’est pas le sien. Cela ne tient qu’à moi seul. Je n’aimerais en aucun cas que ma fille fourre son nez dans ma vie intime qui n’appartient qu’à moi.                                                                                                                      IV                                                  Sabah est la fille ainée de Driss et Meriem, elle était âgée de la vingtaine, de taille haute, mince, grincheuse et susceptible, la mine renfrognée, le visage ovale, maigre et osseux, le teint blême, la physionomie triste, les cheveux crépus, les yeux étincelants, le nez crochu, la bouche épaisse, les joues creusées, le menton pointu, le corps hâve et décharné, elle portait toujours des vêtement étriqués et elle  avait les épaules carrées, les mains fines et les jambes élancées. Elle était étudiante au deuxième cycle du baccalauréat. Son cursus scolaire était difficile. C’était une élève intelligente et assez douée, mais elle ne se consacrait pas pour autant à ses études. Les résultats qu’elle avait obtenus durant  toutes ses années d’études n’étaient pas satisfaisants et ils restaient limités  malgré les cours de renforcement que son père se chargea de lui faire  dispenser à longueur d’année.                       Un truc bizarre se manifesta chez elle depuis toute petite. Elle souffrait selon les examens de son médecin traitant d’une sorte de pathologie psychiatrique identifiable. Elle n’était ni timide ni réservée mais  tantôt exubérante tantôt  impétueuse et  négligente. Pour diminuer les risques de ses troubles de comportement, son père lui avait fait subir plusieurs diagnostics cliniques.                        Par un après-midi où elle a séché son cours, Sabah, à l’insu de ses parents et ses sœurs, se dirigea en taxi vers l’hôpital. Devant le portail, où se tenait en permanence un agent de sécurité, elle demanda à voir, pour une affaire urgente, l’infirmière Najat. L’homme en charge, lui demanda d’attendre.                      Avisée de la visite d’une inconnue, Najat qui se demanda de savoir quelle était cette personne qui voulait la voir, se dirigea vers la porte d’entrée de l’hôpital, l’agent en question lui présenta Sabah qui lança à tout bout de champ à l’adresse de Najat :            —   Est-ce que c’est bien toi, la fameuse Najat ?            — Oui, c’est bien moi, la fameuse Najat comme tu dis, lui répondit-elle. Tu as un problème avec moi ? Veux-tu me décliner ton nom au moins pour savoir à qui j’ai affaire ?            — Peu importe le nom, répliqua-t-elle. Celle à qui tu as affaire n’est personne d’autre que la fille de ton  prétendant et futur mari que tu as réussi à séduire sans coup férir lors de son hospitalisation ici même. Je ne savais pas que les infirmières de ton genre passaient leur temps de service à courir derrière les hommes malades pour les faire tomber dans la nasse. C’est encourageant ton truc. Tes manières exemplaires de vieille séductrice nous avaient enchantées toutes à la maison, moi et mes autres sœurs. Tu n’as pas pensé une seconde que cet homme que tu voulais voler est plus âgée que toi et père de cinq filles dont je suis l’ainée qui se révolte contre cette mascarade.              — Tu es venue jusqu’ici spécialement pour me reprocher ce que je dois faire ou ne pas faire. On ne t’a pas appris  que ce n’est pas  parce que je suis infirmière que je ne me marie pas. Etre infirmière ou autre, ça n’a rien d’importance. L’important, c’est que l’on est femme et toute femme ou fille vierge a le droit de choisir avec qui elle veut se marier. Que tu le veuilles ou non, ma décision est déjà prise et je ne dois aucunement y renoncer. Que mon futur époux soit ton père ou quelqu’un d’autre, tu n’as pas à t’immiscer dans ma vie privée et me donner des leçons de morale de petite fille naïve et dépassée par les évènements. Adresse-toi à qui te semble de droit pour empêcher ce mariage que, moi, j’apprécie beaucoup.               —  Tu n’es rien d’autre qu’une opportuniste qui guette les gens du rang de mon père  pour leur mettre le grappin dessus, rétorqua Sabah, l’air agacé. Tu as divorcé d’un homme qui t’as surpris en train de t’embrasser avec ton soupirant et tu veux maintenant te racheter aux dépens de notre famille que tu veux péricliter en mille morceaux. Tu n’as pas honte de souiller encore une fois la dignité d’un autre homme. Réfléchis avant de commettre cet acte répréhensible de femme connue par son libertinage et son arrogance abusée. Je suis bien au fait de ton dossier noir et je vais m’arranger à ce que ce mariage ne soit pas contracté.             — Tu commences à m’agacer de tes imbécilités, je vais contacter tout de suite ton père pour le mettre au courant de ta folie. Si je savais que j’avais affaire à une idiote et grossière, je n’aurais pas dû voir ton visage répugnant, morose, antipathique et tatillonne.               — Au moment où Najat se mit à composer le numéro de Driss pour l’informer du scandale que voulait créer sa fille ainée, Sabah lui enleva rapidement le mobile et le jeta par terre. Une altercation s’éclata entre elles, Sabah qui s’agrippa au col de la chemise de Najat réussit à lui griffer le visage avec ses ongles de chatte enragée. Le gardien de la sécurité s’interposa entre elles pour les séparer. Sabah ne voulait pas arrêter cette dispute. Elle est allée jusqu’à lui arracher les cheveux en se mettant à l’engueuler et l’abreuver d’injures.             Jamila fut alertée par une femme de ménage. Elle accourut vite vers le lieu de la scène. Elle trouva Sabah en train de s’écrier et de s’arracher ses propres cheveux. Elle comprit vite qu’elle ne se calmera pas. Elle alerta deux infirmiers pour lui faire une camisole de force et l’amener à l’intérieur de l’hôpital pour lui administrer une piqure.                    Najat ne savait pas qu’elle avait affaire à une fille qui souffrait d’un trouble de comportement. Elle ramassa les parties cassées de son téléphone et arrangea ses vêtements entachés de d’éclaboussures de sang. On l’amena dans son bloc pour se reposer et reprendre ses esprits.                    Alerté avec diligence par Jamila, Driss et sa femme Meriem se rendirent illico presto à l’hôpital. Ils ont demandé à voir leur fille, on les laissa entrer dans la chambre. Elle était endormie sous l’effet de sédatif. Ils commencèrent à la dévisager et scruter son corps et son visage blême et pourtant doux. Ils avaient pitié d’elle et se sentirent responsables de l’avoir provoquée en projetant un mariage qui ne leur apportera aucun bien.  Jamila les rejoignit et leur raconta ce qu’il avait pu voir sans vouloir entrer dans les détails sachant que la situation n’était pas opportune pour leur décrire le déroulement de la scène où elle n’était pas présente.                       Driss, laissant sa femme Meriem et sa nièce Jamila au chevet de sa fille malade, sortit pour chercher sa future épouse. En entrant dans son bureau, elle la trouva seule, assise avec un stylo à bille à la main en train de griffonner sur un calepin. Quand elle releva la tête, elle remarqua la trace de griffures d’ongles sur son visage angélique. Elle se pencha sur elle pour la consola d’un bizou. Elle le repoussa et éclata en sanglot en lui disant nerveusement :              — Est-ce que tu as vu ce que cette débile mentale m’avait fait ? Tu dois avoir honte de me dire que c’est ta fille. Elle m’avait fait une scène. Je n’ai jamais de ma vie été traitée de la sorte. Cette folle doit être internée dans un hôpital psychiatrique sinon attends-toi à d’autres spectacles scandaleux. Elle n’a rien de féminité et on dirait que c’est un garçon manqué et intrinsèquement qui ne pense qu’à faire le mal à des personnes innocentes.            —  Cette fille m’a surpris en s’en prenant tant à sa mère qu’à toi-même pour des motifs banals et incongrus. J’ai beau essayer de la remettre au pas, elle m’échappe et devient intraitable et irrécupérable. C’est regrettable et absolument inexcusable ce qu’elle a fait à ton endroit.             — Ne regrette rien ! lui demanda-t-elle. La fautive c’est moi. Je n’aurais pas dû sortir à sa rencontre puisque je ne la connais pas. J’aurais dû temporiser et prendre une seconde de réflexion avant de sortir de mon bureau jusqu’à la porte d’entrée pour être malmenée purement et simplement. Si tu veux te marier vraiment avec moi, tu as intérêt à mettre un peu d’ordre dans ta vie. Je ne peux pas cohabiter avec une fille maladive qui ne va pas me respecter en me considérant comme étant la femme de son père.           —  Je suis venu, dit-il, te présenter mes excuses et te dire que jamais je ne cèderai au chantage de cette déséquilibrée et me raviser à cause de ce qui vient de se passer. Qu’elle aille au diable ! Ma vie personnelle en vaut la chandelle et je n’ai aucun intérêt à me plier aux caprices de cette bougonne.            — Attends ! Tu n’as pas vu mon portable ! Regarde dans quel état il est maintenant. Elle me l’a enlevée pour le jeter à terre.            —  Ce soir même, je t’en achèterai un autre. Compte sur moi. A bientôt Najat !                 En sortant du bureau de Najat, Driss rejoignit sa femme et sa nièce qu’il avait laissées dans la chambre où était alitée Sabah qui le regarda avec mépris sans daigner répondre à ses remontrances. Jamila lui demanda de baisser le ton d’un cran pour ne pas déranger les autres malades et le conseilla de changer d’attitude vis-à-vis de Sabah qui souffrait d’un trouble émotionnel et encore moins d’un trouble des conduites. Son comportement cruel et agressif envers les autres, disait-elle, ne sera pas facilement circonscrit.                     Driss qui feignit d’écouter les conseils de Jamila, n’en faisait pas grand cas et ne pensait qu’à sa nouvelle vie avec Najat qu’il trouva si belle de plus en plus. Il décida d’appliquer les préceptes du proverbe qui disait qu’il faut  frapper le fer quand il chaud.                     Quand il ramena sa fille malade de l’hôpital en compagnie de sa femme, il se mit à penser aussi bien à activer son mariage qu’à la prise de mesures drastiques pour contrecarrer toutes les réactions éventuelles, venant de sa fille, susceptibles de se produire dans le futur.                                                                                          V                       Meriem alla chercher un remplaçant de l’ex jardinier. Elle en trouva un et le ramena à la maison. C’était un jeune homme, âgé de la trentaine, de taille normale, le visage maigre et ovale, le teint bronzé, les cheveux crépus, le front bombé, les yeux étincelants, la bouche mince aux lèvres sèches, gercées et noircies par le tabac, le nez en bec d’aigle, le menton pointu, il paraît un peu musclé, rustre, dynamique et laborieux. Driss qui le vit entrer et s’installer dans le jardin, se dirigea vers lui en lançant à son adresse :             —  Soit le bienvenu chez nous, je suis très content que tu sois notre jardinier. Mais j’exige à ce que tu sois respectueux et digne de notre confiance pour ne pas divulguer les secrets de la maison à qui que ce soit. Si tu veux habiter chez nous, tu peux occuper ce réduit. Il est un peu étriqué, mais tu es seul et tu peux t’en accommoder. Tu seras pris en charge aussi quant à ton alimentation. Ton travail consistera à prendre soin de ses arbres, du gazon et les irriguer régulièrement. Ne t’approche pas dès le premier jour du chien, il est un peut méchant et peut te mordre, voir te dévorer, dit-il en plaisantant. L’important aussi pour moi c’est d’assurer le bon gardiennage des alentours de la maison et de laver la voiture qui va être garée dans ce garage.             — Rassure-toi, monsieur, lui dit le jardinier, je suis habitué à faire ce travail. Mais j’aimerais bien que tu me dotes d’un nouveau matériel. Celui que vous avez me parait hors d’usage et ne pourrait pas m’aider à faire du bon travail.           — De quoi as-tu besoin ? demanda Driss, l’air satisfait de la bonne volonté manifestée par son nouveau jardinier dont il ignore encore le nom.           — J’ai besoin, dit-il, d’un arrosoir, une bêche, une binette, une brouette, une cisaille à gazon, un ou deux seaux, un escabeau, une échelle, un tuyau d’une vingtaine de mètres, une fourche emmanchée et un râteau. Je crois que c’est largement suffisant pour l’instant.              — Je vais t’acheter tout ce matériel auprès de la quincaillerie, qui se trouve pas loin d’ici, dit Driss, et tu vas le chercher, j’en parlerai au marchand. Mais tu ne t’es pas présenté afin que je puisse connaître ton identité.            — Je m’appelle Allal, la trentaine, célibataire, orphelin de père et de mère, la neuvième année comme niveau d’instruction, j’ai des antécédents judiciaires, j’ai écopé de deux années de prison pour avoir été impliqué à tort dans une affaire de cambriolage avec effraction quand j’avais vingt ans, j’habite dans un quartier peuplé d’un pâté de taudis construits en torchis. Ce travail de jardinier, je l’ai hérité de mon père qui m’accompagnait constamment avec lui dans des maisons somptueuses appartenant à des gens bien nantis. En lui donnant un coup de main, j’ai appris ce métier que j’exerce maintenant pour vivre et m’occuper de mes deux petites sœurs.             —  Moi, je ne tiens pas compte de ton passé quel qu’il soit, lui dit Driss. Ce que je veux c’est en premier lieu ton bien. Je ne te reproche rien. Au contraire, je me réjouis de ta franchise de m’avoir  confié des choses que tu aurais pu me cacher.                               Driss rentra à la maison, il se dirigea directement vers sa chambre pour se reposer, Meriem, l’air curieux de savoir l’objet de sa discussion avec le jardinier, le suivit et lui demanda de lui dire ses impressions sur lui:            — Que penses-tu de ce jeune homme ? Comment tu le trouves ? Je l’ai rencontré fortuitement assis dans le bas côté de la rue pour louer ses services à quiconque veut un jardinier. Il était là parmi d’autres ouvriers de métier, en l’occurrence les peintres, les petits maçons ou que sais-je encore. Je l’ai choisi au pif et je ne sais pas si j’ai bien pris la bonne personne.             — Il est plus ou moins un peu franc, lui répondit-il. Il m’a donné un bref aperçu sur sa vraie identité. Il s’appelle Allal, la vingtaine, orphelin de père et de mère, il a deux sœurs dont il s’occupe maintenant. Il m’a raconté aussi qu’il a écopé à tort de deux années de prison pour affaire de cambriolage avec effraction.            — Moi, je n’ai pas osé lui demander ses renseignements de but en blanc, dit-elle. Mais prenons-le comme il est, le temps nous en dira encore plus. Il existe sur cette terre des gens qui n’ont jamais fait de prison et pourtant ils sont mauvais et de la pire espèce. Tant qu’il n’est pas un récidiviste, nous n’avons rien à craindre qui puisse nous inquiéter. Il va se consacrer uniquement au gardiennage et aux travaux de jardinage. D’autres choses, c’est moi qui m’en charge comme toujours. Espérons qu’il ait toutes les qualités requises pour maintenir son emploi parmi nous sous peine d’être renvoyé sans hésitation.                — Ne sois pas si menaçante dès le début, dit-il. Accordons-lui un peu plus de temps pour savoir  ses compétences.            — J’ignore ce que vont dire nos filles quand elles le voient, renchérit-elle. La quatrième fille attache beaucoup d’importance aux jardiniers parce qu’elle raffole des bonnes manières de  toute personne qui prend soin de la nature et je suis sûre qu’il ne va pas se détacher de lui.              — Ne sois pas trop confiante ! marmonna-t-il, surveille tes filles et en particulier celle- là. Un homme en tant que tel est toujours tenté par le charme d’une femme et que dire quant il s’agit d’un célibataire en présence d’une fille débordante de charme et de beauté.                                                                                          VI            Lina était la quatrième fille de Driss et Meriem. Elle avait seize ans, la taille haute, émaciée et svelte, le teint rose, souriante,  frivole et un peu expéditive, vêtement étriqué et somptueux, la tête ronde et cheveux longs et ondulés, le visage avenant et radieux, le nez droit et les yeux verts, la voix grave, les épaules étroites et les mains douces, les jambes élancées et la démarche vive. Elle poursuivait elle aussi ses études à l’instar de ses sœurs. Ses résultats n’étaient pas satisfaisants. Elle ne fournissait aucun effort pour s’améliorer. Ses parents n’attendaient aucun avenir brillant de sa part. Elle passait tout son temps à s’amuser avec des élèves flemmards et nonchalants,  qui portaient exprès des vêtements à l’état de haillons et séchaient les cours de temps en temps, et apprendre à fumer toutes sortes de cigarettes, à faire usage de stupéfiants voire des joints roulés et s’initier sur l’utilisation du papier à cigarette.              En raison de  l’absentéisme scolaire de sa fille, Driss avait été  convoqué, à plusieurs reprises, par le directeur du collège. Il  l’informait  que sa fille serait expulsée de l’école si elle ne corrigeait pas son comportement de fille frivole, gênante et perturbatrice de classe.             Malgré les conseils que lui ont prodigués par ses parents, l’invitant à se déprendre de ses dérives, Lina n’en faisait pour autant qu’à sa tête et continuait à sombrer dans l’abîme de je-m’en-foutisme total.            Le jardinier, qui feignait d’être une personne juste et correcte, commença à s’approcher de Lina qui le rejoignait dans le jardin chaque fois que l’occasion la lui permettait. Un jour, elle lui demanda à tout bout de champ s’il était un fumeur de cigarettes :          —  Quel genre de cigarettes fume-tu, jardinier ?             —  Ne m’appelle pas comme ça, dit-t-il, j’ai un prénom et je m’appelle Allal et si tu veux dire Allal le jardinier, ça me va très bien. Que penses-tu de mon prénom ?               —  Il est joli et facile à mémoriser, dit-elle. Mais voyons voir ! Que fumes-tu à l’instant ? C’est quel genre de cigarette ? Je veux savoir au moins pour connaître tes préférences, si jamais tu en as quelques unes.          —  Tu veux savoir au juste quoi, Jolie fille ?                                               — Tu me trouves vraiment jolie  ou tu te moques de moi ? demanda-elle ?            — Je te trouve douce, agréable et séduisante. Moi, j’ai un faible pour les filles comme toi et je m’y attache très rapidement. J’ai peur que ce ne soit pas le cas et si je tombe amoureux de toi, tes parents me chasseront de la maison et je perdrai mon emploi. Je dois me retenir et me comporter selon les désirs de ton père et ta mère qui  vont être déçus  de moi quand ils apprendront mes incartades.            — Ne me parle pas comme ça, répliqua-t-elle. Moi, je suis libertine et toujours pour l’émancipation de la fille qui doit  se libérer des carcans des conventions classiques et dépassées de la société. Je m’en balance qu’ils le prennent ou pas. Veux-tu me rouler un joint ? Et changer de sujet. Cela fait dix jours que je n’ai pas fumé un truc. Mes camarades de classe avec lesquels je passais des moments d’extase furent renvoyés  du collège et n’y reviendront que quand  le conseil de discipline qui aura statué sur leur cas leur accordera des circonstances atténuantes pour qu’ils ne sombrent pas dans la déperdition.           — Qu’ont-ils fait pour être expulsés ? lui demanda-t-il, l’air curieux.           — Ils se droguent tout comme moi et perturbent le cours, lui confia-t-elle. Mais moi, je ne fume qu’à intervalles largement espacés et je me garde de devenir  dépendante.             — Tu veux me dire que la drogue que vous fumez se vent au sein de votre établissement et qu’on peut facilement s’en acheter, lui demanda-t-il.              —  Non, je ne veux pas dire ça, répliqua-t-elle. Notre collège n’est pas celui que tu penses. Il était de tous temps le plus respecté et aucun ex élève ou cadre n’en a jamais osé dire du mal. On ne peut jamais atteindre l’homogénéité en matière d’excellence partout. Dans un établissement comme celui-ci, il existe des bons et des mauvais élèves.             — Ton raisonnement n’est pas du tout mauvais et je l’apprécie bien, dit-t-il.                    Quand Allal s’aperçoit de l’arrivée de Driss et sa femme, il demanda à Lina de faire semblant de jouer avec le chien et de lui donner à manger et à boire. Son père un peu méfiant de sa présence avec le jardinier, l’appela sévèrement et elle accourut vers eux et demanda avant qu’il  ne  prononça un mot :             —  Où étiez-vous tous les deux ? Dites-moi !                — Et toi que fais-tu là-bas avec ce nouveau jardinier ? lui demanda son père, l’air furibond.              — Tu sais quoi, papa ? dit-elle pour détourner sa question. Le chien avait trop faim, je lui ai apporté à manger et à boire et il a lapé une jatte de lait en une fraction de seconde. Nous devrons prendre soin de lui sinon il va devenir chétif et sous-alimenté.               — La chétive et sous-alimentée, c’est bien toi, répliqua son père, l’air irrité. Tu as intérêt à garder tes distances. Je ne veux plus te voir seule avec ce repris de justice.             — Ecoute ce qu’il te dit, ton père, lui demanda sa mère, l’air sévère. Je vois que tu n’as plus les pieds sur terre depuis l’arrivée de ce connard de jardinier. Ce zigoto commence à me taper sur les nerfs. Son comportement ne me plaît pas du tout. Il faudrait que je le remette à sa place avant qu’il ne soit tard. Je sais bien comment m’y prendre avec ce genre de personne.             — Pourquoi, à peine arrivés, vous vous en prenez à moi parce que j’ai apporté à boire et à manger au chien qui se trouve au jardin là où il y’a forcément possibilité de voir et rencontrer le jardinier et le saluer à tout le moins.             —  Dis-moi ! Comment va ta sœur ? lui demanda sa mère.          —  De laquelle des sœurs tu me parles ? rétorqua-t-elle par une question si ce n’est pas de Sabah.                — Toi aussi, tu commences à filer un mauvais coton, méfie-toi et fais gaffe ! Occupes-toi bien de tes études avant que tu ne regrettes tes faux pas.                                                                                              VII              Driss et Meriem passèrent dans la chambre de Sabah pour s’enquérir de son état de santé. Ils la trouvèrent allongée au lit sur le dos, le regard dirigé vers le plafond. Elle était apparemment en train de divaguer ou de penser pour de bon à ce qu’il adviendrait à cette famille le jour où Najat viendrait vivre tout près d’elle.              En prenant cette attitude insolite, elle ne s’est pas rendu compte de la présence de ses parents à son chevet. Elle gardait le silence et ne voulait parler à personne. Elle s’abstenait de manger à sa faim et ne se contenta que de quelques bribes de pain ou de gâteau et buvait suffisamment d’eau pour étancher sa soif d’agresser Najat ou de lui arracher les yeux pour la mettre hors d’état de nuire à sa famille.               Ses parents s’inquiétaient de son état de santé et ne savaient pas exactement l’origine de son trouble émotionnel. Elle gardait la chambre jour et nuit et ne sortait plus à l’extérieur comme une casanière. Elle ne fréquentait plus l’école. Tous ceux et celles qui la connaissaient demandaient de ses nouvelles et personne ne leur avait jamais raconté quoi que ce soit sur sa situation.             Driss qui ne souhaitait pas que la situation de sa fille s’envenimerait, avait beau envisager plusieurs solutions, il n’en retenait aucune. Pour chercher de l’aide, il s’en est remis à Najat. En voulant écarter de son chemin celle qu’elle considérait comme étant une déséquilibrée mentale, cette femme de mauvaise conscience lui dicta la marche à suivre.                                                                                            VIII              Lors d’un repas de midi les réunissant toutes les trois, Bahia demanda à sa fille Najat, l’air inquiet :             — Cela faisait longtemps que tu ne m’as plus parlé de ton prochain mariage avec ce fameux Driss. Je crois qu’il y a anguille  sous  roche.            —  Il n’y a rien qui puisse t’inquiéter, dit-elle à sa mère. Ce qui retarde ce mariage, c’est l’état de santé de Sabah. Cette psychopathe ne cesse guère de me chercher des noises. Mais quoi qu’il en soit, je ne vais en aucun cas lui permettre le luxe de mettre à vau-l’eau tous mes plans. Moi, je veux le beurre et l’argent du beurre. Je compte m’emparer de ce vieux décrépit pour m’approprier de son compte bancaire ainsi que tous ses biens immobiliers. Qu’en pensez-vous ?              — Ah ! Si j’avais, moi aussi l’opportunité de tomber sur un vieux décrépit comme le tien, lança Zineb, la servante, je n’hésiterai jamais une seconde à le déplumer jusqu’au dernier sou et le pousser ensuite dans le fond du gouffre. Je pense que c’est une très belle stratégie de faire tomber ce genre d’hommes naïfs dans la nasse.            —  Je ne savais pas que tu es une dure à cuir, lui dit Bahia, l’air étonné. Avec ce genre d’hommes qui mettent en avant le motif de se marier une deuxième femme que pour avoir un fils, il faudrait être un peu cynique et ne pas les croire sur parole parce que,ce qui compte                                          
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