Deuxième partie, suite chapitre VIII

5000 Words
pour eux, c’est en premier lieu la beauté et le charme dont ils se disent envoûtés.              — Cela faisait longtemps que le mariage ne m’intéresse plus, avoua Najat et encore moins avec un vieux déjà empêtré dans une situation lamentable et que moi je ne fais que d’en rajouter une couche pour la mettre à contribution. Mais, écoutes-moi bien Zineb, si jamais il arrive que tu souffles un mot de ce qu’on vient de dire à qui que ce soit, je te flanquerai à la porte sans le moindre sou, ça c’est une question de vie ou de mort, alors tu as intérêt à retenir ta langue autant que faire se peut.             — Je ne vais rien avouer, promit-elle, pour divulguer naïvement des secrets qui coûtent chers. Je ne suis pas née de la dernière pluie pour me comporter de la sorte et révéler aux autres une stratégie dont ils ignorent la finalité.              — Donc pour profiter le plus tôt possible de cette vache laitière, dit Bahia, il faudrait activer ce mariage pour rejoindre ton nouveau foyer et mettre en œuvre le plan de ta stratégie.             — Je vais contacter Driss maintenant pour lui imposer mes délais, avoua Najat, et lui dire que je suis très impatiente de voir ce mariage se réaliser incessamment.                                                                                     IX                                       Comme elle l’avait promis, en présence de sa mère et de Zineb, Najat contacta Driss et lui exigea une date butoir pour établir l’acte de mariage au nom duquel elle  pourrait rejoindre sa nouvelle maison. Après avoir fixé une date précise lors de laquelle ils avaient procédé à toutes les formalités, Najat rejoignit son nouveau foyer sans tintamarre ni tambourinage. Sa chambre était somptueusement équipée de fond en comble. Elle faisait penser à la vie bourgeoise.               Driss ne s’occupait plus de Meriem, qui passait des nuits dans la chambre de Sabah pour lui tenir compagnie et la réconforter par sa présence même si cette dernière ne voulait plus   adresser la parole à sa mère ou répondre à ses questions.               Une autre vie de couple démarra. Najat voulait instaurer l’ordre dans cette maison bien qu’elle n’était pas la première femme par tradition et seule Meriem était habilitée à le faire. Il commença par Allal, le jardinier à qui elle demanda de but en blanc :              —   Dis donc ! Comment tu t’appelles ?             —  Je m’appelle Allal, récita-t-il, tel un ara, âgé de la trentaine, célibataire, orphelin de père et de mère, j’ai écopé de deux années de prison pour avoir été impliqué à tort dans un cambriolage avec effraction. J’ai hérité ce métier de jardinage de mon défunt père qui m’a laissé, tout comme ma mère, deux filles à charge.            — Ecoute-moi bien toi, le regarda-t-elle avec un air furibond, si jamais tu négliges de faire ton travail correctement, tu auras affaire à moi. Cependant, s’il arrive que tu me donnes satisfaction en appliquant mes consignes, je te serai gré en te gratifiant. Dans cette maison, c’est maintenant moi qui commande et dirige toute la maisonnée. A chaque fois que tu constates des choses insolites, tu m’en rends compte immédiatement et sans hésitation. Tu me parais un vrai fumeur. Tes lèvres toutes noircies et gercées me le confirment. Quel genre de cigarettes tu fumes ? Dis-le-moi et je t’en apporterai autant que tu veux, mais à charge de revanche.            —  C'est-à-dire ? demanda-t-il, tout étonné.            — Tu suis dès aujourd’hui toutes mes instructions pour mettre au pas les filles  de cette maison qui sont mal éduquées voire impolies et par conséquent redresser leur situation qui va de mal en pis. Tu ne l’as pas remarqué ?  demanda-t-elle.            — Pour l’instant, je n’ai rien remarqué parce que je suis nouveau, lui répondit-il. Je viens d’arriver ici il y à peine dix jours. Je ne connais pas tout le monde à l’exception de Monsieur Driss, sa femme Meriem et leur fille Lina qui vient me voir de temps en temps au jardin en apportant à manger et à boire au chien et s’enquérir de  l’état naturel des arbres et du gazon.          —  Vous parlez de quoi, tous les deux ?  demanda-t-elle.            — Nous parlons des généralités, lui répondit-il. Mais il arrive parfois Qu’elle me parle de son collège et certains trucs un peu bizarres.            — Explique-toi, demanda-t-elle. Je n’aime pas les devinettes, ça me fait mal à la tête, l’air curieux et pressé d’en savoir plus.            — Elle m’a avoué qu’elle se drogue de temps à autre, lui confia-t-il. Je te prie de ne pas lui en parler pour que les choses restent secrètes entre nous. Je te promets que je te fais part de toute constatation nouvelle, mais à condition que me donne un peu d’argent pour que je puise améliorer ma situation miséreuse.           — Ok ! lança-t-elle. Je te donnerai tout ce dont tu as besoin pour pouvoir joindre les deux bouts. Je veux seulement une chose c’est tu restes à ma disposition jour et nuit sans défaillance. Je vais te donner les coordonnées de ma mère pour que tu lui donne un coup de main et en particulier l’aider à charger et décharger le matériel dont elle se sert dans les cérémonies de mariage.            —  Que fait ta mère au juste ?  demanda-t-il, l’air méfiant.             — Ma mère exerce le métier de negafa, elle est très connue dans la ville, lui répondit-elle. Si jamais tu te marieras dans les prochains jours, elle sera prête à t’organiser la fête nuptiale. Dis-moi, tu n’as pas de fille en vue pour le mariage ?            — Je n’en ai aucune pour l’instant, lui avoua-t-il. Je peux t’avouer à toi seule que je commence à ressentir de l’amour envers Lina et je crois qu’elle aussi ressent pareillement la même chose que moi.            — Ce que tu dis est une première, lui dit-elle, j’espère que tu réussiras à conquérir son cœur sans coup férir. Moi, je t’encourage de la courtiser et je ne dirai nul mot à personne. Je vais essayer de distraire Driss pour te laisser le champ libre d’agir sans la moindre gêne ni méfiance aucune. Tu me mets à tout instant au courant de tes explorations  et aventures amoureuses. Profites en avant que tu ne sois dépassé par l’âge.                                                                                       Troisième partie                     Driss, ses deux femmes et toutes ses filles hormis Sabah qui est toujours mal en point, se mirent ensemble à table pour la première fois en vue d’établir entre eux des rapports de cohabitation et de respects mutuels. Meriem prit la parole en lançant en particulier à l’adresse de Najat et son mari Driss :             — Je vous rappelle à vous tous que je suis par tradition la première femme de cette maison et c’est moi seule qui est habilité à y mettre de l’ordre et instaurer la sérénité de tout un chacun. Personne n’a le droit de déplacer le matériel ou l’ameublement à un autre coin sans avoir demander au préalable mon consentement.           — Ecoute-moi bien, répliqua Najat, nous ne sommes pas dans une garnison pour que tu t’avises de nous donner des ordres. Le temps de la première femme comme tu dis est déjà révolu et tu dois en prendre conscience pour cesser de te faire des idées qui ne tiennent pas debout.                —  Si tu as à soumettre quelqu’un à tes injonctions, le mieux pour toi, c’est de commencer par tes filles pour qu’elles se mettent au pas et suivent la bonne voie.               — Ecoutez-moi bien, toutes les deux, s’écria Driss, un peu surpris par les réactions de ses femmes. Aucune de vous n’a le droit de lever la voix en ma présence. C’est notre premier jour de manger ensemble et nous connaître et non pas d’envenimer l’ambiance familiale et déclarer la guerre entre nous pour des motifs banals et non admissibles. Chacune de vous a intérêt à écouter l’avis ou les suggestions formulées par l’autre sans esprit d’inimitié et d’animosité. En procédant de cette façon les choses prendront leurs cours normales et personne ne sentira lésé ou bafoué dans ses droits.               —  Moi, dit Lina franchement et sciemment, je suis majeure et vaccinée. Mes droits, je les  connais et personne ne peut me dicter ses manières. Je ne suis plus une petite gosse morveuse pour suivre les désirs et les préférences de quelqu’un d’autres. Je suis claire là-dessus. A bon entendeur salut.             —  Ecoutes-moi, toi, petite g***e ! répliqua Najat, je suis au fait de ton dossier sombre et je suis prête à te dire tes quatre vérités. Ne commences pas à me lancer des boulets rouges. Ma riposte ne pourra être que plus farouche. Respectes-toi un peu, je ne suis pas là pour écouter tes balivernes et idioties.            — Arrêtez ! ordonna-t-il en s’écriant. Nous sommes réunis pour manger et savourer notre repas et non pas pour s’échanger des prises de bec. Si vous persistez à continuer, je sors de table et vous laisser vous chamailler pour rien au monde.                    Si Driss n’était pas là pour calmer le jeu, la situation faillirait tourner au vinaigre entre Najat, Meriem et sa quatrième fille. Le repas était préparé par Meriem, qui s’y connait bien en cuisine, et servit par une nouvelle servante appelée Radia. Mais, en raison du climat tendu qui régna malheureusement en ce moment, personne ne put savourer et manger son plat avec appétit.                    Quand tout le monde sortit de table, la servante se mit à soliloquer : «  malgré leur situation luxueuse, ces gens laissent beaucoup à désirer. En se comportant de la sorte, ils ne méritent pas qu’on les qualifie de personnes issues de la bonne glèbe. Et ce vieux décrépit de Driss, pour quelle raison s’est-il marier, à un âge avancé, avec une femme divorcée, qui ne cherche à ce que je vois, dit-elle, qu’à tirer profit, voire hériter de tous ses biens en délestant Meriem et ses filles de leur héritage quand le vieux cassera sa pipe. Le mariage d’intérêt, que certaines femmes dévergondées cherchent, est devenu monnaie courante. Toutes celles qui n’attachent pas d’importance à leur dignité  et préfèrent vivre aux dépends d’un homme riche et désespéré qu’elles regardent d’un œil de convoitise avant même de pouvoir le conquérir, une fois qu’elles réussissent à lui mettre le grappin dessus, elles s’évertuent de l’envoûter, le fasciner et le charmer à leurs manières. Je ne savais pas qu’un de ces jours j’allais tomber sur ce genre de famille désarticulée, voire disloquée dont le père vieux décrépit qui se permettait un deuxième mariage qui allait serait un causer inévitablement sa chute libre dans  un gouffre. »                                                                                              II                     Meriem retourna dans la salle à manger où Radia était en train de ramasser les restes du repas qui restait presque intact à cause des démêlées choquants et désagréables qui se sont produits tout à l’heure. Elle l’a surprise en plein soliloque et lui dit :             — Toi, tu parles toute seule, que t’arrive-t-il ? Tu es hantée pas les esprits ou quoi ?              — Je n’ai rien, répondit-elle. Je chantonne c’est tout. C’est mon habitude de faire comme ça pour briser le temps et chasser le stress et le chagrin.             — Moi, je crois le contraire, répliqua Meriem. Il me semble que tu parles avec les morts comme si tu te trouves dans un cimetière où le calme absolu règne et seule ta voix d’être animé  qui le brise.            — Tu me fais peur en me parlant de la sorte, lui dit la servante. Comme tu vois, je suis en train de ramasser les couverts pour les laver et récupérer ce qui reste de votre repas de tout à l’heure que personne n’en goûter comme il se doit.           — Comment est-il possible que nous pouvons manger à notre faim dans une ambiance qui a failli tourner au vinaigre à cause des paroles menaçantes et grossière de cette nouvelle arrivée qui ne va nous apporter que du mal. C’est moi la responsable de ce malheureux mariage qui va à coup se solder par échec dans les plus brefs délais. Cette femme ne me sera jamais de bonne compagnie, je la trouve hautaine, grincheuse, revêche et arrogante comme si elle est issue de la haute classe.            — A ta place, dit la servante, je n’aurais pas dû laisser mon mari se marier avec cette grossière, répliqua-t-elle. Tu aurais dû temporiser avant de prendre une décision malheureuse. Fais attention de la laisser prendre plus de terrain dans ta vie et celle de tes filles. Ton mari n’a pas de cervelle ou quoi pour s’offrir le luxe de s’acoquiner avec une divorcée dont tout le monde ne cesse de dire du mal ? Elle et sa mère ne sont que des femmes corrompues et hargneuses qui se permettent de mettre à profit toutes les opportunités.             — Ecoutes-moi bien, lui demanda Meriem, n’obtempère jamais à ses injonctions pour déplacer un meuble ou une table de sa place. Dis-lui que tu as peur de moi de faire quoi que ce soit. Je crois que la guerre va être déclarée entre elle, mes filles  et moi. Je ne compte plus sur ce bon à rien de mon mari qui est devenu une poule mouillée. Sa personnalité a perdu de sa valeur depuis l’arrivée de Najat qui le ligote de façon définitive. L’homme qu’il était et que je connais autrement n’est plus le même comme avant.             — Pourquoi s’est-il marié à cet âge avancé, demanda la servante ?              —  Il s’est marié pour avoir un fils, rétorqua Meriem. Mais je ne suis pas née de la dernière pluie pour le prendre au mot et croire naïvement à tous ses arguments faux. Il s’est marié pour rendre la pareille à cette infirmière qui n’a pas lésiné sur les efforts pour prendre soin de lui lorsqu’il était hospitalisé deux fois à l’hôpital où cette femme travaille. Il se dit très satisfait et émerveillé de son comportement plein d’amabilité et de douceur.             — Méfies-toi, susurra-t-elle. Ton mari pourra échapper de tes mains et tu seras la perdante dans toute cette histoire. La vie est tellement pleine de cas de figure comme celui-ci. Prends en l’enseignement et ne néglige aucun petit détail pour agir en conséquence. Mais, moi, je pense à une solution efficace qui puisse t’aider et te rendre ta crédibilité de femme forte.           —  Tu penses à quoi alors ? Lui demanda-t-elle, l’air curieux.                — A une voyante, lui répondit la servante, qui pourra t’apporter de l’aide pour chasser le mauvais sort de la maison, faire en sorte que Driss et Najat soient soumis à votre volonté et te suivent dans tes choix sans jamais rouspéter. Mais, elle ne pourrait nous voir que sur rendez-vous. Moi, je la connais très bien, son numéro de téléphone dans un calepin, je vais la contacter directement et lui demander à ce qu’elle nous reçoive le plus tôt possible.           —  Où habite-t-elle ? demanda Meriem, l’ai pressé.              — Elle habite dans un petit village, répondit-elle, à une trentaine de kilomètres. Le jour où elle va nous recevoir nous prendre un taxi corsa toutes les deux pour faire vite. Ses services sont un peux faramineux et tu devras lui payer le prix qu’elle te demander sans rechigner ni marchander. Elle n’aime pas du tout qu’on la contrarie au cours de ses séances de travail. Ce que je te dis ce sont des consignes que tu dois observées dès notre arrivée chez elle.             —  Travaille-t-elle seule ?  demanda Meriem.           — Elle est assistée plus ou moins par son mari, répondit la servante, il se tient à la porte pour lui annoncer à haute voix les prénoms des consultants un par un. Ne t’inquiète pas, tu vas tout connaitre à propos de cette femme.                                                                                                    III                      Le jour fixe, Meriem et la servante qui feignirent de sortir seulement en ville pour faire quelques courses, prirent le chemin de leur destination, à bord d’un taxi. Après une heure de route, elles arrivèrent juste devant l’entrée de la maison de la voyante. Meriem était surprise de voir le panel de clients, toutes catégories sociales confondues, formant une longue queue en train d’attendre leur tour de consultation.                    Ce spectacle abracadabrant la toutefois impressionna et lui donna beaucoup de confiance. En voyant ce monde disparate, elle constata que parmi ces gens aussi bien illettrés qu’instruits, en provenance des quatre coins de la région, il y avait même des jeunes filles apparemment cultivées et urbanisées qui vinrent solliciter cette voyante pour voir leur richesse augmenter, obtenir un emploi sans coup férir, avoir un futur prétendant, rejeter le mauvais sort,  repousser un ennemi médisant qui critique sa vie et celle de ses enfants jusqu’au ses derniers retranchements ou que sais-t-on encore.                      En laissant Meriem attendre son tour, la servante sortit chercher un paquet de bougies cire et un pain de sucre blanc de forme conique qu’on remettait d’habitude au mari de la voyante. Dans l’espace de quelques minutes, elle y revint avec ce dont elles avaient besoin pour honorer leur passage.                     La voyante se tenait dans une sorte de taudis construit en pisé et assez grand. Elle était entourée de toute sorte de plantes destinées aux rites d’usage, asséchées et mises dans des bocaux pour être livrées aux clients. C’était une femme grosse, habillée de vêtements amples et bariolés de plusieurs couleurs, la tête couverte d’un foulard noir,  assise en tailleur et impérialement sur une sorte d’estrade tapissée de peaux de chèvre noir bien tanné et prenait appui sur deux coussins placés contre le mur et son dos. Elle se servait d’un morceau d’encens blanc qu’elle tenait dans la main droite et un verre à culot dans la main gauche. Elle paraissait illettrée mais tellement persuasive, assez lucide et éloquente qu’elle n’avait aucune difficulté à fasciner ses consultants et à les convaincre à croire à tous ses boniments.                     Meriem et sa servante Radia qui prenaient la queue sans s’ennuyer le moins du monde, engagèrent une discussion à bâton rompu avec l’une de ces femmes présentes. Elles parlaient toutes les trois chacune en ce qui la concerne des malheurs qui les frappèrent au fil des jours et des palliatifs et remèdes apportés sans efficacité.                      La femme en question leur affirma que la voyante était particulière, qu’elle avait du don et du talent et qu’il suffisait d’avoir un tant soit peu de foi pour que ses attentes dans tous domaines soient réalisées. Elle disait que ses démarches consistaient à imposer à ses clientes plusieurs rites et exigeait une offrande généreuse. Meriem lui répondit qu’elle serait prête à casquer pour récupérer son mari et chasser le mauvais sort de sa maison.                    Quand son tour fut arrivé, Meriem entra et s’installa devant la voyante tout en étant confiante et réceptive. La voyante commença à débiter à voix haute des paroles étranges et indéchiffrables en citant itérativement les prénoms de Driss et Najat. Enfin de séance, Meriem mit, avant de sortir, une rétribution monétaire sous le tapis de la voyante dont elle  était très satisfaite. Celle-ci  lui donna plusieurs conseils à suivre pour garder la situation en main en lui fixant un autre rendez-vous à une date lointaine.                    Sans trop parler de la voyante, les deux femmes prirent le chemin du retour. Elles passèrent au marché local pour faire exprès  quelques courses de routine, histoire de détourner ainsi l’attention et la curiosité de la maisonnée.                                                                                                                 IV                                                   Dès son entrée à la maison, accompagnée de sa servante, Meriem s’aperçut de l’absence de sa fille Lina qui n’était pas dans sa chambre. Elle se dirigea vers le jardin et n’en trouva personne. Elle balaya du regard tous les points suspects et tendant l’oreille, elle put entendre les cris et les rires de Lina et le jardinier. Elle s’approcha à pas feutrés du réduit ou logeait le jardinier et commença à crier Lina. Surprise par les cris de sa mère, elle  sortit immédiatement du réduit et dit :                —  C’est maintenant que tu viens juste de rentrer ? Où étais-tu avec cette servante ? Cette domestique ne me plait pas du tout. Elle devait cacher un truc.              — Et toi qu’est-ce que tu caches là derrière cette tête, répliqua-t-elle. Je t’ai entendue rire à gorge déployée avec ce jardinier. Qu’avez-vous de spécial ? Ce que tu essayes de me cacher ne restera jamais un secret pour moi. Je vais très vite savoir tes mauvaises intentions.            — Je ne suis pas une malintentionnée, maman ! Ne me traite pas de la sorte. Je ne suis plus une gosse pour que tu t’inquiète de mon comportement. M’amuser avec Allal, le jardinier, ou un camarade de classe n’est pas du tout un péché.            — Tu me parles de péché sans savoir ce que c’est au juste, espèce de g***e. Je vais raconter toutes aventures fantaisistes à ton père qui va être fier de toi pour de bon. Mets toi dans la tête que tu vas finir par tomber dans le piège de ce repris de juste que j’ai mal choisi. Il cherche à abuser de toi et te laisser enceinte et tu deviens l’opprobre de la famille. Si tu n’as jamais pensé à ce malheur qui risque de te frapper, je le pense à ta place parce que je te dépasse en âge et en expérience. Et tes lèvres ! Tu ne les vois pas dans la glace pour te rendre compte qu’elles sont toutes gercées et noircies comme exactement celles d’un fumeur, en l’occurrence le jardinier.            — Cesses de me dire des balivernes, maman ! Laisses-moi te respecter. Je n’ai pas la tête à tes reproches désagréables qui commencent à me donner du fil à retordre. Où veux-tu que j’aille si ce n’est de rester à la maison pendant ton absence indue. C’est moi, qui ai raison de te reprocher ton comportement qui devient apparemment insolite juste après l’arrivée de cette chipie de Najat.           — Je suis votre mère, grogna-t-elle, et je suis en droit de m’inquiéter de vous et votre avenir et de la santé de votre père qui nous expose maintenant à un danger imminent qui souffle tel un tsunami du côté de Najat et sa mère, la negafa de la ville. Ces deux là vont finir par nous laisser sur la paille. Et ce qui m’inquiète aussi, c’est l’état de santé de ta sœur Sabah qui se dégrade de jour en jour. Ton père ne s’intéresse plus à elle et ne pense aucunement l’amener à un centre hospitalier ou lui faire faire un diagnostic général pour que des médicaments appropriés lui soient souscrits. Celles qui me donnent encore de l’espoir en cette vie ce sont bien sûr mes deux belles filles jumelles que Dieu les garde pour moi.                    Safia et Siham, sont les deux jumelles dont parlait Meriem. Elles avaient dix huit ans, la taille normale, le visage lisse et de forme arrondie,  le teint injecté de sang, la physionomie gaie et souriante, les cheveux longs et dorés, le front bombé et les yeux étincelants, le nez droit et la bouche sensiblement charnue et ne portant aucune trace de maquillage tel le rouge à lèvre, les joues pommettes, le menton pointu et le corps bien fait. Elles se vêtaient pareillement et tous les vêtements qu’elles portaient étaient de la même coupe. Elles poursuivaient leurs études dans le meilleur lycée de la ville, niveau baccalauréat, et faisaient partie d’une classe type composée d’élèves studieux et brillants. Les résultats qu’elles obtenaient durant leur cursus scolaire étaient toujours honorables et satisfaisants.                    Driss et Meriem étaient fiers d’elles et ne cessaient de leur accorder de l’intérêt. Ils étaient beaucoup plus émerveillés par leur comportement exemplaire, encensé par tout le corps enseignant. Pour les récompenser de leur assiduité et travail judicieux, Driss ne lésinait pas sur les moyens pour les envoyer à l’étranger parmi les élèves inscrits aux colonies de vacance.                     A la maison, elles avaient une chambre commune somptueusement meublée et  un bureau de travail équipé de toutes les fournitures nécessaires dont elles avaient besoin. Elles savaient bien organiser leur temps  et leur travail pour aboutir aux résultats escomptés. Elles étaient bien chéries et adorées à la maison et aussi bien dans le voisinage qu’au lycée. Elles entretenaient de bonnes relations avec tous les membres de la maison.                   Najat les aimait, elle aussi, et leur offrait souvent des cadeaux contrairement aux autres filles et plus particulièrement Lina et Sabah qu’elle considérait comme étant issues de la pire espèce. Cet esprit rancunier et plein d’animosité est né depuis leur première rencontre au sein de cette maison où la cohabitation n’était jamais au beau fixe. Dans leurs rapports, il y avait toujours des hauts et des bas sans que personne ne s’avisât d’aménager de nouvelles bases d’entente et de compréhension.                     Driss et sa nouvelle femme menait une vie mi-figue mi-raisin. Elles ne s’entendaient pas bien et leur relation allait de mal en pis. Lui, il représentait à ses yeux l’homme vieux et décrépit qui n’en valait plus la peine de mériter amour et soins particuliers.                    Par une soirée pluvieuse Najat, qui voulait profiter du mauvais temps et de ses avantages de n’avoir personne à ses trousses, avait décidé d’aller passer la nuit avec son soupirant habituel. Sans dire à personne quoi que soit sur le motif de son absence de la maison pendant la nuit, elle se mit au volant de sa voiture et se dirigea à un café de luxe fréquenté par des couples jeunes pour la plupart. Elle s’attablait à la même place que d’habitude. L’ayant vu s’installer, le garçon se dirigea vers elle et dit :             — Dites-moi, qu’est-ce que vous voulez prendre madame ? Je suis à votre service.           —  Attends qu’il arrive, susurra-t-elle.           —  Vous dites quoi ?  Excusez-moi, je n’ai pas bien entendu.           — Peu importe ! Que tu l’entendes ou pas. Je t’appellerai dans quelques instants pour faire ma commande. Veux-tu me donner une cigarette de tabac jaune ? demanda-t-elle. Cela faisait plusieurs jours que je n’ai pas fumé une seule cigarette.             — Volontiers ! Tiens en une.             — Mais attends s’il te plait ! Donne-moi du feu. Je veux l’allumer  tout de suite.                 — Tiens ce briquet ! Garde-le ! Le temps que tu restes ici au café. Il te servira encore pour allumer d’autres cigarettes, lança-t-il l’air amusé                  — Dans ce cas achète-moi un paquet parce que j’attends l’arrivée de quelqu’un et pour ne pas m’ennuyer de l’attendre, j’en grillerai encore  quelques autres.                      Le garçon était un jeune homme plein de vivacité et de  charme. Il avait des yeux furibonds et son regard en disait long sur son comportement et sa prestance maniérés. Il voulait toujours entrer en contact avec les clients et surtout quand il s’agissait d’une femme pour dénicher le maximum de renseignements sur toute personne qui lui paraissait digne d’intérêt. Il se considérait comme étant le chouchou et rapporteur du patron du café.                     Avec le regard scrutateur et en l’espace de quelques minutes, il était capable d’établir à chaque client une fiche de renseignements bien ficelée. Najat était pour lui une personne importante dont il ne détachait guère les yeux. Durant tout le temps où elle attendait l’arrivée de son soupirant, il se pavanait devant elle en feignant de repérer les nouveaux arrivants non encore servis.                   Après une trentaine de minutes, le collègue et l’amant de prédilection de Najat arriva, parapluie à moitié déployé à la main, quelques éclaboussures d’eau boueuse sur les chaussures et la  partie inférieure du pantalon qui devait être le fait d’une                       
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