Troisième partie, suite chapitre V

5000 Words
voiture qui l’avait aspergé à son passage dans une flaque d’eau. Dès qu’il s’approche de la table où elle s’installait, elle se leva toute souriante et l’embrassa fort sous les yeux de tous les regards braqués sur elle.                     Najat paraissait charmante et belle plus que jamais. Son amant la dévisagea et tout ébahi, il n’a pas pu s’empêcher de lui susurrer :           —  Tu me parais très jolie cette soirée ! Depuis quand tu es là ?           — Depuis une trentaine de minutes presque, répondit-elle. En t’attendant j’ai grillé plusieurs cigarettes pour ne pas m’ennuyer. Mais je ne voulais rien commander. J’ai demandé au garçon d’attendre jusqu’à ce que tu arrives.           — Attends que je reprenne mon souffle pour faire notre commande. Je suis venu par taxi. Ma voiture, je l’ai laissée exprès au garage sous terrain de l’immeuble où se trouve mon appartement. Tu comptes passer la nuit avec moi ou repartir comme tu l’as fait l’autre fois.             —  L’autrefois, j’étais un peu mal en point, avoua-t-elle, mais cette nuit te sera accordée sans conteste.            —  J’en suis fier, dit-il. Est-ce que tu n’auras pas de problèmes avec ce bancal de mari que tu as réussi à faire tomber dans tes pièges ?            — Qu’il aille au diable, lui et sa famille. Moi, je suis une femme libertine. J’aime les aventures amoureuses et pour en profiter je sais bien choisir mes cavaliers. Un homme de son âge ne m’intéresse pas plus que son argent. Comme il me le serine, il s’est marié avec moi pour avoir un enfant de sexe masculin. Son espoir sera quand même exaucé lorsqu’il voit naître cet enfant qu’il croira de  son sang.            — Tu veux me dire que tu es enceinte de moi ou quoi ? marmonna-t-il, l’air curieux.           — Je n’en sais rien, dit-elle, pour détourner la question et donner une réponse inexacte.            — Est-ce que tu as vu un gynécologue pour avancer de telle chose ? demanda-t-il naïvement pour lui insinuer qu’il n’est pas concerné par cette nouvelle de grossesse.             — Les gynécologues, ce n’est pas ce qui manque, répliqua-t-elle. Ce qu’il me faut, c’est de connaître le vrai père de l’enfant qui va naître un jour pour le mettre devant le fait accompli, bien qu’il soit probable que c’est toi le seul responsable dans cette affaire.            —  Et pourquoi faut-il que je sois moi et pas ton mari ? grogna-t-il.            — Ne t’en fais pas ! Je ne fais que rigoler pour tester ta réaction et voir si tu es capable d’endosser les actes responsables d’un autre. Avec toi, j’utilisais toujours des pilules contraceptives et ce n’est pas possible que je tombe enceinte de toi. Le responsable, lui mentit-elle, c’est bien mon mari Driss qui sera très content quand il apprendra la nouvelle. Je vais m’arranger à ce qu’il m’accompagne chez un autre gynécologue comme si c’est mon premier examen médical pour entendre le résultat de ses propres oreilles.                 L’amant de Najat fit signe au garçon pour venir vers lui. Celui-ci s’approcha de leur table et tendit l’oreille pour prendre note de la commande. Najat désirait un jus d’orange panaché tandis que son compagnon un café au chocolat. Le garçon s’exécuta illico presto pour les servir. La discussion entre les deux reprenait de plus belle et il lui demanda de but en blanc :             —  Dis-moi un peu ! Comment est ce que tu mènes ta nouvelle vie parmi ses gens ?               — Tu veux savoir vraiment ? demanda-t-elle en grognant. Ma vie est pour moi souveraine, sacrée et intouchable. Avec ces gens ou loin d’eux,  mener ma vie ne m’a jamais posé un problème quelconque. Je m’éloigne autant que faire se peut de toutes les sources de nuisances qui peuvent troubler mon rythme de vie et ébranler mon équilibre psychique. Les gens sont ce qu’ils sont et moi je ne suis pas du tout responsable si leur comportement ne correspond pas à mes préférences et leur humour ne s’avère pas de bon goût. Je ne possède pas de baguette magique pour remettre à leur place les fauteurs de trouble, les hors la loi, les imposteurs, les tartuffes, les prévaricateurs ou apporter des remèdes appropriés aux malades et déséquilibrés mentaux en l’occurrence Sabah, la fille de mon mari qui ne parle maintenant à personne et reste confinée dans son coin pour moisir.            — Qu’est ce qu’elle a au juste, cette fille que tu traites de déséquilibrée mentale ?  demanda-t-il.           — Je ne mens pas. C’est vraiment une déséquilibrée mentale. Elle souffre d’un trouble des conduites que je ne peux pas t’expliquer cliniquement. Malgré les diagnostics médicaux et les traitements suivis, son état de santé ne s’est pas encore amélioré et il est à présent stationnaire. Elle passe ses jours et nuits dans sa chambre et ne veux plus prendre les repas avec nous. Quand quelqu’un s’approche d’elle et essaye de lui adresser la parole, elle le bouscule pour le faire sortir de sa chambre. Moi, je me tiens toujours à l’écart et ne cherche absolument pas un motif quelconque pour la revoir. Je n’oublie pas le jour où elle est venue me chercher à l’hôpital pour m’arracher les cheveux, me griffer le visage et casser mon portable pour m’empêcher de me marier avec son père.             —  Est-ce que tu n’envisages pas de solution pour l’éloigner ou la placer quelque part sous surveillance médicale ? demanda-t-il.          —  Cela fait partie de mes plans, avoua-t-elle. Je suis en train de penser à la possibilité de l’interner dans un centre hospitalier, là où j’ai une amie qui va s’occuper d’elle en lui administrant les doses nécessaires pour rendre l’âme et être six pieds sous terre. Si je constate que son état actuel ne s’améliore pas, je suggérerai à son père de lui mettre une camisole de force et l’amener là où il le faut. Les infirmiers et ambulanciers sont mes amis, nous sommes lauréats  de la même promotion et du même centre de formation.            —  Et tu crois que c’est la bonne solution d’agir de la sorte en faisant du mal aux autres, dit-il ? Fais attention à ce que tu vas faire. Aux yeux de la loi, tu seras une criminelle avérée.           —  Cela fait partie de mes dispositions pour m’emparer de tous les biens du vieux que je n’ai jamais aimé. Une autre g***e me dérange. Elle s’appelle Lina. Le jardinier m’en a beaucoup parlé.  Je vais l’encourager à abuser d’elle et l’engrosser le plus tôt possible pour altérer son image de marque aux yeux de ses parents et encore moins du voisinage et du collège où elle suit ses études.           — Tes plans sont bien ficelés, remarqua-t-il. J’ai l’impression que tu veux détruire cette famille sans ressentir le moindre remords.             — Epargne-moi ton sentimentalisme et sache qu’un long voyage commence toujours par un premier pas, dit-elle. C’est un combat que j’engage et je dois l’emporter sans coup férir. Toi, tu es mon seul amour et confident. Tu le restes autant que possible. Je crois que nous avons passé beaucoup de temps à parler plus qu’il ne fallait de mes antagonistes. Nous devons nous rendre chez ma mère pour passer la nuit ensemble. J’ai déjà donné les ordres à notre servante pour qu’elle nous prépare la chambre à coucher et nous prévoir une table équipée de deux chaises fauteuils pour trinquer ensemble à l’occasion de mon mariage avec ce minable de Driss. Il croit pouvoir m’acheter pour le plaisir charnel. Je vais lui montrer de quel bois je me chauffe. Le pauvre se trompe lourdement sur mon compte. Je ne suis pas de celles qui préfèrent se marier avec un vieux plutôt que de rester seules. Sans ce mariage, je suis toujours capable de prendre ma vie à bras le corps et je n’ai pas besoin qu’on me tire par le bout du nez.             Après avoir réglé l’addition et remis un pourboire bien généreux au garçon de café, Najat se mit au volant de sa voiture avec son amant, assis à côté d’elle, et se dirigea vers l’appartement de sa mère. Elle gara sa voiture dans le garage sous terrain de l’immeuble avant de  monter avec lui dans sa chambre.             La servante avait prévu tout. Un magnétophone, des bougies chandelles, un paquet de cigarettes tabac jaune avec deux coupes à champagne, un plat de salade niçoise, une bouteille de champagne avec deux verres étaient posés sur la table. Najat se mit en robe de soirée rouge et demanda à son amant de faire ses quatre volontés lorsque lui aussi s’habilla d’un pyjama bariolé.                       La servante qui savait que Najat était accompagnée d’un homme, la contacta par interphone et lui demanda :           —  Najat, si tu as besoin d’autre chose, appelle-moi. Je suis dans la cuisine en train de vous préparer le diner.           —  Je te remercie, Zineb, répondit-elle. Tout est bien préparé. Ma mère est-elle là ?            —  Oui, elle est là,  dit-elle. Je viens de la servir tout à l’heure. Mais elle doit être au lit maintenant pour se reposer.          —  Ok ! Merci, dit-elle en raccrochant.                     Zineb n’était pas du tout contente du comportement bizarre de Najat et elle se mit à soliloquer comme d’habitude : «  Bien qu’elle soit mariée avec un homme qui la dorlotait et la couvrait de parures, elle se permettait de passer la nuit avec son amant au vu et au su de sa mère et de moi. Ce monde est à l’envers, dit-elle. Je n’ai jamais pensé m’acoquiner avec ce genre de personnes corrompues et viles qui ne respectent pas la moindre règle des conventions sociales et qui se laissent guidées par leur instincts fantaisistes et débridés. J’en veux, ajouta-t-elle, à ces fornicateurs nocturnes qui ne cessent d’entacher leur réputation ainsi que celle des autres. Que dira-t-il ce pauvre homme qui se fait cocu s’il apprend que, à peine mariés, sa femme est à l’instant dans les bras d’un autre. Est-il logique que j’accepte cet acte d’adultère, que je me taise de peur de ne pas être renvoyée et me retrouver sans le sou pour m’acheter de quoi vivre. Je ne suis pas  celle qui tienne les armes de dissuasion pour remettre ses scélérats à leur place ni la baguette magique pour instaurer de l’ordre dans la vie des gens. Je suis au regret de m’en vouloir d’être obligée de les servir et en quelque sorte complice de leurs répréhensibles actes. Je confie cette charge à la Providence pour qu’elle les fasse payer leur péché. »                    Pendant que Zineb, soliloquait, les deux amoureux, étaient en train de trinquer pour célébrer leurs retrouvailles et de s’embrasser à pleine bouche. Se dévorer de b****r, étreindre, caresser, enlacer et lécher la frimousse étaient les maîtres mots de cette nuit exceptionnelle où tout était permis entre les deux sans gêne ni entrave morale.                    Pour se payer la fiole de son mari, Najat composa le numéro de téléphone et dit à son amant :            — Je vais lui téléphoner pour tester sa réaction. Garde le silence et ne fais aucun bruit pendant la communication.                  Quand le téléphone sonna, Driss décrocha, un peu ému.            —  Allo ! Bonsoir. D’où tu parles ? demanda-t-il, stupéfait                —  Je suis chez ma mère, répondit-elle. Elle est un peu mal en point et je vais passer la nuit chez elle.             — Veux-tu me la passer ? demanda le vieux crouton, naïvement, parce qu’il ne peut pas bouger d’un iota pour la surprendre en flagrant délit.            — Non, ce n’est pas possible maintenant, répondit-elle. Ma  mère vient juste de s’endormir après avoir pris ses médicaments. Moi, je suis maintenant dans ma chambre en train d’écouter de la musique relaxante pour me reposer l’esprit. J’ai passé une journée difficile aujourd’hui à l’hôpital. Demain, je dois rester au lit jusqu’à midi au moins. Ne m’appelle pas pendant ce temps et ne viens pas me chercher non plus. J’ai besoin de faire la grasse matinée.               —  Ok, ma belle ! Je comprends, dit-il. Tu as vraiment besoin de repos. Relaxe-toi bien. La musique te fera beaucoup de bien. Si tu étais près de moi, je te ferais un bon massage.              —  Avant de raccrocher, je veux Je te dédier un poème, écoute mon amour, tu vas l’apprécier :                  « Si tu étais le ciel, je serais tes étoiles                     Si tu étais une rose, je serais tes pétales                    Si tu étais la mer, je serais tes vagues                    Si tu étais un mot, je serais tes lettres                    Si tu étais le soleil, je serais tes rayons                    Si tu étais un livre, je serais tes pages                    Si tu étais un oiseau, je serais tes plumes                      Si tu étais une lettre, je serais ton encre                    Si tu étais un ange, je serais tes ailes                             Mais tu n’es qu’un homme                             Alors laisse-moi être simplement ta femme. »                     Après avoir terminé la lecture de ce poème, elle lui pose la question de savoir s’il le plait.               — Je le trouve sublime et exquis, répondit-il, l’air souriant. C’est le tiens ?              — Pas du tout, je l’ai piqué quelque part sur les réseaux sociaux et j’aimerais bien le partager avec toi pour te faire sentir combien je t’aime mon chéri.              — Peu importe d’où tu l’as piqué, dit-il. Meriem ne m’avait jamais lu des choses pareilles. Elle ne sait ni lire ni écrire, mais ce n’est pas de sa faute. Ses parents ne l’avaient pas scolarisée comme toi. Cependant, elle a tout comme toi sa place dans mon cœur.                    L’amant écoutait avec intérêt et curiosité les paroles fallacieuses que débitait sans honte ni scrupule Najat pour tromper la vigilance de son mari, s’il en existait vraiment une.              —  C’est un vrai tour de magie, dit-il. Une femme comme toi peut tuer un homme comme elle peut aussi la sauver de la mort.                     Il se rappela la légende suivante qu’il formula à sa manière : «  Il était une fois une femme qui lança un défi à un homme en lui disant qu’elle peut le tuer comme elle peut aussi lui rendre la vie. Elle l’attacha au bout d’une corde et lui demanda de descendre jusqu’au fond d’un puits en fixant l’autre bout à un piton implanté au bord du puits en lui disant, maintenant tu es pour  moi un homme mort. Si je lâche prise à la corde tu tomberas dans l’eau et tu te noieras. Mais si je veux te laisser vivant j’appellerai les hommes pour te secourir en leur disant que tu étais tombé dans le puits. L’homme en question lui donna raison et préféra rester vivant. La femme appela les secours  et plusieurs personnes accoururent vers elle et l’avait sorti du danger de mort. »                   Najat décrocha, puis elle se tourna vers son amant qu’elle trouva apparemment distrait et lui demanda :             — Qu’est-ce que tu as ? Je te trouve un peu bizarre. Ya-t-il un problème ?              — Non rien ! Seulement, il arrive parfois qu’on se rappelle des choses, entendues ou lues, mais déjà oubliées et qui remontent brusquement à la surface pour confirmer de plus belles leur enseignement crédible et immuable.             — Je n’ai rien pigé de ce que tu racontes, avoua-t-elle. Je te trouve un peu ambigu.              — Entre toi et moi, dit-il, l’ambiguïté ne devra occuper aucune place tout comme la contradiction et le paradoxe.              — Mais dans nos sociétés, répondit-elle, l’ambigüité est monnaie courante, sans son existence quelque part, on ne peut pas aboutir à la netteté ou la clarté. S’il n’y avait pas d’obscurité, la lumière n’existerait pas.              — Et que pense-tu des gens hermétiques qui sont imbus d’eux-mêmes et professe l’hypocrisie en suivant uniquement le chemin de la duplicité pour être éloignés de la droiture et l’honnêteté ? demanda-il. Vouloir tirer profit au risque de léser autrui ne peut être que le fait de personnes malintentionnées. Moi, je dois avoir horreur de ces mauvais agissements. Je ne me laisse pas emporter par tes sentiments prétentieux. Je ne vais pas passer la nuit avec toi. Excuse-moi de mon ambigüité.             — Qu’est ce qui t’arrive, bon sang, pour que tu  perturbes notre ambiance ? grogna-elle.            — Je te laisse vivre ton ambiance. Moi, je m’en vais parce que je ne veux en aucun cas empiéter sur les plates b****s des autres.                                                                     QUATRIEME PARTIE                                                                                        I                         L’amant qui ne savait pas qu’il est bel et bien le père de  l’enfant que Najat portait, quitta la chambre où il était en train de commettre l’irréparable. Il se dirigea directement vers son domicile à bord d’un taxi qui le déposa juste devant la porte. Arrivé à la maison, il se mit à ressasser ses bêtises. Il se jura de ne plus suivre cette femme dans toutes ses folies et finir en fin de compte par s’enliser dans un bourbier où il sera passible de châtiment et d’insultes.                     Se sentant abandonnée, Najat toute accablée de déception et d’humiliation, continua à boire et à fumer cigarette après cigarette. La servante qui remarqua le départ imprévu de cet amant d’infortune, selon ce qu’elle pensa, rejoignit sa patronne.     Elle la trouva perturbée et très fâchée contre celui qu’elle considérait comme étant son amour unique et irremplaçable. Elle lui lança de but en blanc :            —  Est-ce qu’il va revenir ? Le diner est prêt !            — Qu’il aille brûler en enfer ! s’écria-t-elle. Cet ingrat ne m’intéresse plus maintenant. Il a fait volte-face en me traitant d’impure et d’hypocrite.             — Ne t’inquiète pas, ça n’a rien d’importance, dit la servante. Cet homme n’a aucun droit sur toi et il ne te mérite pas. Laisse-le partir définitivement. Ote-le de ta vie. Occupe-toi de ta relation de couple et veille de garder ton mari près de toi. Driss te traite joliment. Tu n’as pas intérêt à le décevoir en commettant ce genre d’incartade.               — Je pense que tu as raison, Zineb, dit-elle. Je dois changer de comportement et me rendre fière de ce nouveau mariage qui ne profite qu’à moi si je maîtrise bien la situation et rallier Driss à mes choix et préférences avant que la situation ne tourne à mon désavantage. Demain, je me réveille tôt pour me rendre à la maison avant la sortie de mon mari. Je dois lui confier un secret. Tu vas finir par le savoir lors de ma prochaine visite. Maintenant, je ne peux pas te le dire avant que mon mari ne le sache. C’est le premier concerné.             — Je peux facilement savoir de quoi est-il question, dit Zineb, l’air souriant. Je peux le deviner parce que j’ai un sixième sens qui ne ment pas.            — Mets-toi à le deviner dès cet instant, dit-elle, la prochaine fois, on va voir le résultat de tes devinettes. Si tu arrives à le savoir avant que je ne te l’avoue, je t’offre un cadeau hors de prix.            — Si tu m’offres un cadeau, je t’en serai très reconnaissante, ma chère Najat. Je n’ai que ta mère et toi, personne d’autres. Je vous considère comme ma famille.             — Je te le promets, avoua-t-elle. Je ne reviens pas sur mes paroles. Maintenant, tu vas me laisser reposer parce qu’il est minuit passé de vingt minutes.             — Mais, dis donc ! Tu ne dines pas ? demanda la domestique. Tu va dormir le ventre vide ?            —  Il est trop tard pour manger quoi que ce soit, la digestion ne peut pas se faire sans malaise. Je ne suis pas de celles qui mangent n’importe comment. Je veux garder ma ligne pour que Driss reste accroché à moi et obéit sans broncher à tous mes désirs.           —   Ok ! dit Zineb, je te laisse, bonne nuit et à demain.                       Najat, laissée toute seule, arpenta sa chambre, coupe de champagne à la main. Elle se mit à remettre de l’ordre dans ses idées. Elle envisagea de mettre son plan à exécution étape par étape sans jamais aller plus vite que la musique. Elle se jura de mettre à contribution sa beauté et son charme pour amener Driss à la considérer comme étant sa dulcinée de prédilection.                    En agissant de la sorte, elle pensa s’emparer de tous les biens qui l’importaient beaucoup plus que cet enfant qui allait naître. Elle décida d’oublier cet amant et ne lui rien raconter quand l’enfant sera né.                     La première chose qui la tracassait, c’était la présence de Sabah qu’elle haïssait autant que cette harpie de Meriem et sa fille Lina. Toutes ces ruminations qu’elle faisait dans sa tête, renforcèrent en elle les sentiments d’animosité et d’inimitié. Elle considéra que cette nuit est le point de départ temporel de la mise au point de sa stratégie.                    Le lendemain, elle se réveilla tard malgré elle et s’en voulut d’avoir trop dormi. La servante n’osa pas la réveilla parce qu’elle n’avait pas l’habitude de le faire. Vêtu d’un bikini rouge, sandales aux pieds et peignoir de bain sur l’épaule droit, elle entra dans la salle de bain et commença à se regarder ses cheveux longs et son visage encore angélique et radieux malgré la déception que lui causa son amant. Elle remplit la baignoire d’eau chaude et se mit dedans. Les yeux mis clos, elle se relaxa quelques secondes tout en respirant lentement et sans à-coups, avant de se passer du shampooing mousseux sur tout le corps. Après avoir douché parfaitement et fait une belle toilette,  elle  sortit pour entrer dans la salle à manger où la servante lui servit un petit déjeuner bien garni. Elle mangea autant qu’elle put.                                                                               II                                                 Pour faire vite, elle se dirigea prestement vers le foyer conjugal où son mari l’attendait. En l’ayant vue descendre de la voiture, il sourit avant de lui lancer ses compliments :                — Tu parais très belle encore davantage. Tu viens juste de doucher à ce que je vois.              —  Oui, tout à fait, dit-elle. C’est mon habitude sacrée. Je ne peux jamais faire autrement que d’y rester attachée et fidèle. Prendre soin de son corps, doit être la règle d’or de tout un chacun. Entrons dans la chambre pour déposer ma mallette et discuter un peu si tu en as envie.             — Mais attends que j’appelle la servante, dit-t-il, pour l’y amener. Toi, tu ne fais rien. C’est elle qui s’en occupe. Elle est là pour nous servir et effectuer ce genre de travail sinon sa présence sera inutile parmi nous.                     Radia qui entendit Driss l’appeler, vint tout de suite pour obtempérer à son injonction. Dès qu’elle sut l’objet de cet appel, elle s’exécuta sur le champ. Driss et Najat la suivirent dans la chambre. Elle posa la mallette là où il le fallait et dit :           —  Avez-vous encore besoin de moi, monsieur ? dit-elle.              —  Oui, dit Driss.  Maintenant tu vas nous préparer du thé à la menthe avec quelques amuse-bouches.            —  Avec plaisir, dit-elle avant d’aller à la cuisine.                            Najat et Driss étaient seuls dans leur chambre à coucher. Ils discutaient de tout et de rien. L’état de santé de Sabah, qui restait confinée dans sa chambre sans adresser la parole à personne, était le centre d’intérêt des choses les plus préoccupantes. Najat ne voulait pas la voir encore à la maison et elle faisait des mains et des pieds pour l’écarter de son chemin. Pour ce faire, elle décida de dicter sa stratégie à Driss :               — Ta fille est sérieusement malade et elle doit être internée le plus tôt possible  dans un centre hospitalier pour recevoir les soins appropriés et guérir de ses troubles psychiatriques avant qu’il ne soit trop tard.              — Ce que tu me suggères me fait peur, répliqua-t-il. Sans faire recourir à ce centre hospitalier, ma fille peut guérir si on lui laisse le temps nécessaire pour reprendre ses esprits. A ce qu’il parait, comme le confirme les diagnostics, elle n’a rien de grave qui puisse nous obliger à l’amener au centre dont tu parles.            — Tu ne crois pas en mes paroles ou quoi ? dit-t-elle. Je suis infirmière quand même et je sais ce qu’il faudra à ta fille. Je suis quand même quelqu’un d’empathique et j’ai pitié d’elle bien qu’elle m’ait agressée l’autre jour. C’est un acte de violence incontrôlé et il peut arriver à des gens moins perturbée qu’elle de faire pareil.             — Ne me fais pas la pression pour l’instant, demanda-t-il. Parlons d’autres choses que de Sabah parce que je ne peux pas décider de son sort maintenant et sans autre avis médical. Elle se calme de jour en jour et je crois que c’est un bon signe de guérison.            — Tu vas regretter ton entêtement, maugréa-t-elle, le jour où son état de santé finira  par s’empirer. Je suis ta femme et personne d’autre ne peux te conseiller mieux que moi. Ton épouse Meriem que vous considérez tous comme étant la première femme de la maison n’en sait rien en matière de maladies mentales Et c’est à moi que tu dois écouter pour sortir de cet imbroglio et mener ta vie sereinement et sans ennuis.             —  Laissons ce cas à un autre jour, dit-il. Pour moi, il n’est pas urgent d’entreprendre quoi que ce soit à son sujet.             — Ok ! Mon amour, dit-elle. Fais ce qui te semble bon, mais fais gaffe ! Ne néglige jamais mes conseils, ils te seront toujours d’une grande utilité. Ne perdons pas de temps, prépare-toi, nous allons sortir toi et moi dans ma voiture pour aller passer un peu de temps dans un coin que tu vas aimer.                                                                                  III               Driss et Najat prirent la direction d’un café luxueux, situé dans un quartier huppé, que Najat ne fréquentait que rarement, seule et sans la compagnie de personne d’autre. C’était un endroit somptueux et  réputé grâce à l’esthétique du cadre intérieur et à la qualité de service, équipé de matériel d’ameublement et de service  sophistiqué.               Le tenancier de ce café était un étranger qui engageait uniquement de jolies filles, de taille mannequin, qui savaient faire leur travail de serveuses avec beaucoup d’entrain et de dextérité. Elles étaient toutes habillées de robes gilets uniformes. Le couple  s’installa confortablement à une table située parmi d’autres dans un jardin où le bruit du jet musical de l’eau d’une fontaine, qui attira leur attention, les fascina et leur procura une sensation de bien-être. Un homme habillé en musicien de talent, donnait des airs mélodieux en se déplaçant d’une table à une autre. La majorité des clients ne lésinaient guère sur les moyens pour lui remettre quelques sous en guise de  récompense pour son doigté et sa  virtuosité.                  Driss n’avait jamais eu l’habitude de fréquenter, même  pas une seule fois dans sa vie, 
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