Quatrième partie, suite chapitre III

5000 Words
ce genre de lieu romantique où l’on pouvait goûter avec délectation les délices d’une vraie ambiance débordant de sérénité et de calme. Egayé par cette atmosphère gaie et pleine d’entrain, il n’avait pas les mots appropriés pour exprimer à sa femme son enchantement de se retrouver avec elle dans pareil lieu de détente, absolument  pépère, loin aussi bien des problèmes liés à l’état de santé de sa fille Sabah que des nuisances des quartiers populaires.              Quand Driss sortit de la poche son mouchoir et sa tabatière pour insuffler une nouvelle dose de tabac à priser, Najat le lui interdit en susurrant :              — Non ! Arrête ! Ce n’est pas ici que l’on se permette ce genre de choses. Fais-le dans des lieux populaires et malfamés, en l’occurrence ton fameux café, fortement fréquenté, à ce que je sache, par une catégorie de personnes miséreuses et pauvres qui passent leur temps à fumer et à boire la lie de leurs verres de thé ou de café bien refroidis à chaque fois qu’ils aspirent une nouvelle bouffées de fumées de leurs cigarettes. A propos, tu ne m’as jamais parlé de la rentabilité et du chiffre d’affaire moyen que tu gagnes journellement. Je suis maintenant ta femme et je dois savoir tout sur toi et sur tous tes biens pour te donner un coup de main quand il le faut.                      Driss possédait un café qu’il avait hérité de ses parents. Il est situé effectivement comme le dit Najat dans un quartier populaire, modestement équipé de tables et de chaises, occupées constamment par nombre de clients issus des couches sociales aussi bien moyennes que démunies.                     On pouvait voir entrer et sortir des vendeurs ambulants de toutes sortes d’articles, lunettes, porte clés, vestes, pantalons, essuies glaces de voitures, dentifrices, savonnettes et parfum de pacotille, des pages photocopiés de grilles de mots fléchés, des cigarettes au détails et des cireurs de chaussures claquant leur boites à coups de brosses, des courtiers de voitures ou autres, de vieux personnes de différents âges réduites à la mendicité qui tendaient leur main pour obtenir une obole auprès des généreux, des filles et garçons même, absorbées  par la manipulation de  leurs mobile ou ordinateur portable, des membres de familles venus de loin qui accompagnaient à l’hôpital un malade grave ou une femme sur le point d’accoucher et prenaient le temps de se détendre bien que le vacarme et la musique stridente du café ne leur permissent pas ce luxe.                      Tout ce monde hétérogène, plein de bruit et de nuisance, créait cependant une ambiance joyeuse et gaie pour les clients assidus. Driss engagea à son service deux serveurs qui se relayaient au bout de chaque vingt heures, habillé de chemise blanche à col ouvert, gilet et pantalon noir confectionnés aux frais du tenancier, une jolie fille habillée à la mode, caissière secondée par sa cinquième fille Nadia qui apprenait les tenants et les aboutissants du métier, un jeune homme présentable et bien habillé s’occupait du percolateur et deux femmes vêtues de blousons blancs étaient chargées de la vaisselle et de la préparation des mets accompagnant ou non  une commande de thé, de café ou d’autres boissons.                    Le café fonctionnait à merveille. Driss en était toujours satisfait du chiffre d’affaire obtenu en fin de service journalier. Sa présence au café n’était pas toujours indispensable, sa fille Nadia le tenait au courant de toute anomalie constatée au niveau du service. Il avait aussi comme comptable, Jamal, le mari de la sœur de sa femme Meriem, qui exerçait le métier de sage femme.                    La conversation entre les deux mariés bat son plein et Najat s’attendait toujours à obtenir une réponse convaincante de Driss qui ne voulait pas anticiper les choses et divulguer tous ses secrets d’un seul trait à Najat dont il n’en se méfiait pas moins. Et pour voir si elle insistait encore sur la réponse, il lui demanda :             —   Tu veux savoir quoi au juste ?              —  Je veux savoir en détail tous les biens que tu possèdes en plus du café et de la maison où nous habitons, sinon je me fâcherai après toi et ne te dirai jamais mon secret qui vaut son pesant d’or.            —  Ok ! dit-il. Les biens que je possède, ne m’appartiennent pas seul, ils sont aussi à vous tous, vous en hériterez quand je serai mort. Du point de vue moral et encore moins légal, je n’ai pas le droit d’avantager certains et léser d’autres. Bafouer la part d’héritage de quelqu’un est un péché monumental et, moi, je ne veux pas commettre d’injustice quelques soient les motifs. A quoi bon de te dresser le bilan de mes biens de mon vivant à toi seule et pas au reste de la famille ? Si vraiment tu insistes, je te promets que je le ferais dès que ma fille Sabah se rétablisse de sa maladie.      — Tu rêves ou quoi ? grogna-t-elle. Ta fille ne se rétablira jamais si tu ne l’amènes pas au centre hospitalier dont je t’ai déjà parlé mille fois. Je présume que tu n’as pas de cervelle pour m’écouter et percevoir mes conseils. Si tu persistes de garder le secret de tes propriétés, je quitterai tout de suite ce café et te laisserai en plan. Maintenant, je te mets devant le fait accompli. Ou bien tu réponds à mes questions ou bien tu me perdras avant de savoir mon secret, à moi, qui compte aussi autant pour toi. Qu’en dis-tu mon cher mari ?     — Attends un peu, ma chère épouse, dit-il, je n’ai même pas pris encore ma dose de tabac à priser et boire un café ou un thé pour être de bonne humeur et reprendre mes esprits.             — Si tu insistes à priser, je te conseille de ne pas le faire ici devant des gens classe. Ils vont te regarder avec haine et dégoût. Va aux toilettes, enferme-toi, prends ta dose et reviens t’asseoir avec les mains bien lavées, sinon je te donnerai une cigarette que tu peux fumer de façon ostentatoire sans le moindre souci des regards.           —   D’où tu sors ce paquet ? demanda-t-il, l’air surpris.           —  Je l’ai acheté, répondit-elle, toute confiante. Ce n’est ni le premier ni le dernier. Tu ne savais pas que je fume ou quoi ? Jamila, ta nièce, ne t’a rien dit sur moi ?            — Je ne le savais pas ! répliqua-il. Jamila n’a jamais osé me parler de toi. C’est une fille très éduquée. Elle n’a  pas la curiosité de s’immiscer dans la vie privée des autres. Elle m’a seulement dit que tu es une personne belle et coquette et que tu jouis d’une bonne réputation au sein de l’hôpital.              —  Elle ne t’a pas dit que je suis plus arrogante et hautaine comme le disent les autres collègues.               —  La cigarette n’est pas faite pour toi, dit-t-il. Tu dois t’en éloigner parce qu’elle est nocive et pourrait altérer la beauté de ton visage. J’ai peur de voir tes lèvres, joliment charnues, devenir toutes gercées et noircies.             —  tu me fais rappeler un proverbe qui dit : «  On voit la  paille dans l’œil  de son voisin, mais  pas la poutre dans le sien. »  Je crois que tu n’as pas besoin d’explication pour savoir ce que je veux insinuer. Accepte-moi telle que je suis. Je fume parce que je le veux et point barre. Alors, revenons à nos moutons et parle-moi de tes biens sans tergiverser. Moi, je t’avoue mon secret.                —  Puisque tu insistes, Je vais être franc, dit-il. En plus du café et de la maison où nous habitons, j’ai hérité d’une lingerie, d’un bain maure, d’une  boulangerie, d’un magasin de vente du prêt à porter homme et femme, d’une boucherie et de huit lots de terrain non bâtis, zone villas, dans la périphérie et en zone commerciale en centre ville et c’est tout. Tu en es satisfaite ? Alors, maintenant, c’es ton tour, avoue-moi ton secret, je t’écoute.               — Mais tu n’as pas encore terminé, dit-elle. Il me reste à savoir ce que cache ton compte bancaire et c’est essentiel pour moi parce que je ne suis qu’une infirmière. Mon salaire n’est pas assez suffisant. Mes émoluments sont modiques et ne couvrent qu’à peine les frais engagés dans les différents achats de vêtements, de chaussures, de produits cosmétiques et de carburants pour ma voiture et dans les séances de sport comme l’aérobic et le fitness. En plus de ça, je paye les coiffures et les manucures. Leurs prix est faramineux. Donc, j’ai le droit d’en savoir plus. Autre chose, il me faut une carte de crédit pour pouvoir retirer l’argent dont j’aurai besoin. N’oublie pas que je suis maintenant une femme mariée à un homme, disons cossu, et que je dois être à la hauteur dans toutes les belles occasions et circonstances.             — Tu n’as pas besoin de savoir mon avoir parce que je n’ai pas de chiffre exact à te donner, dit-il. Je te promets qu’on va passer à la banque et demander au service intéressé de t’accorder carte de crédit, mais la somme d’argent que tu vas retirer mensuellement ne doit pas être exagérée et tu dois m’aviser après chaque opération de retrait. Ni Meriem ni mes filles ni  quelqu’un d’autre non plus de la famille, comme ma nièce Jamila et les servants du café, ne doivent absolument pas être au courant de ce que je fais pour toi. Alors, c’est ton tour, avoue-moi ton secret.             — Mon secret, dit-elle, toute émerveillée, vaut toute la richesse du monde. Pour ta gouverne, je suis enceinte et j’espère que mon futur bébé soit un garçon et pas une fille parce que tu en as déjà cinq et ce sera inutile et décevant d’en avoir encore une autre.                    Sans se soucier des regards des autres, l’air enthousiaste, il se mit à claquer des mains  pour applaudir sa chance et dit :             —  Répète-moi ce que tu viens de dire parce que je n’en crois pas mes oreilles.              — J’ai consulté un gynécologue à son cabinet la semaine dernière et mes examens ont confirmé que je suis bel et bien enceinte. Dorénavant, je dois observer scrupuleusement un suivi médical pour contrôler mon état de santé ainsi que celui du futur bébé et m’assurer que tout va bien. C’est ma première grossesse et je devrai être sur le qui-vive.            —  Je suis tourneboulé de joie, avoua-t-il, et je ne sais pas au juste comment faire pour te récompenser. L’heure de ma dernière chance vient de sonner.     —  Je vais te le dire tout de suite, dit-elle. Avant de rentrer à la maison nous devons aller voir un bijoutier.      —  Pourquoi faire ? demanda-t-il      — J’ai besoin de m’acheter un collier d’or et une bague en pareille circonstance. Et par la même occasion, je devrai me rendre chez le médecin dentiste en vue de me faire poser des bagues vestibulaires pour réaligner mes dents.             —  Nous avons trop parlé ! N’est-ce pas ? Un instant, dit-il.                     Driss se leva de sa chaise et se dirigea, en s’appuyant sur sa béquille, vers les toilettes où il s’enferma pour priser une double  dose de tabac. Après  s’être mouché le nez et se laver les mains au savon, il revint à sa place et appela la serveuse pour commander des rafraîchissements. Celle-ci s’exécuta. En une fraction de second, elle lui apporta sa commande. C’était un plateau garni de deux cocktails à l’ananas et de pâtisserie chocolat bien fraîche.                      Après avoir terminé leur discussion, ils payèrent la note en offrant un pourboire bien généreux à la serveuse et se dirigèrent chemin faisant directement vers les bijouteries situées à la médina. Quand ils avaient fait le tour de plusieurs d’entre elles, ils entrèrent décidément dans celle qui recevait beaucoup de clients.                   Najat demanda au bijoutier le prix du collier et de la bague qu’elle choisit après en avoir examiné d’un regard scrutateur la qualité de toutes les marques  exposées à la vente dans la vitrine servant de devanture de la boutique. Driss en paya le prix sans broncher tandis que Najat saisit l’écrin de ses nouveaux bijoux, accompagnés du reçu d’achat, et le mit dans son sac à main. Le couple, qui se complait de faire ses emplettes, entra ensuite dans un magasin de prêt-à-porter. Après avoir examiné plusieurs articles, Najat en choisit de plus belles dont elle fit l’essayage dans une cabine réservée à cet effet et obtint l’avis favorable de son mari qui en apprécia la qualité.                      Dès que Driss paya le montant facturé de cet achat, il sortit avec sa femme qui l’aida à monter dans la voiture. Najat, qui prit la direction de la maison, était pleine d’enthousiasme et d’enchantement pour avoir réussi  à mettre en œuvre et avec brio le premier élément déclencheur de sa stratégie malicieuse. Chemin faisant, elle se tourna vers son mari et lui dit :             —  Driss ! Est-ce que tu es content d’avoir pris la nouvelle de ma grossesse ?             —  Bien sûr que je suis content, répondit-il. Mais la prochaine fois, je devrai t’accompagner chez ton gynécologue pour connaître de visu les résultats des examens qu’il te fera. J’ai hâte de connaitre si c’est un garçon, les filles je n’en veux plus. Ce n’est pas ce qui me manque. Mon plus grand souhait est qu’il  soit un héritier de mon sang qui s’occupera, après ma mort, de tous mes biens. Pour le bien former, l’éduquer et l’instruire, je l’inscrirai dans les écoles privées les plus réputées afin de faire de lui un homme de taille qui sera capable de prendre en main l’avenir de tous les projets d’investissement que je lui laisserai.  Je ne souhaite pas mourir avant de vous laisser tous entre les mains d’un homme doué de talent et de bon sens.                   Afin de le mettre en confiance, gagner de plus en plus son estime pour l’entraîner in fine à la ruine, elle dit :             —  Avoir un fils en première naissance est le souhait de toute  mère.               —  Et de tout père aussi, rappela-t-il                                                                             IV                         En réfléchissant au mal qu’elle comptera faire, elle faillit perdre le contrôle de son véhicule et percuter un individu à bord d’une moto qui roulait devant elle dans la même direction empruntée. Driss se rendit compte de sa fausse manœuvre. Il lui    demanda de faire attention et de diminuer de vitesse. Elle ralentit un peu et dit :              — J’ai failli le heurter, celui-là, qui roule en serpentant comme s’il est seul sur la route. Qu’elle chance de l’avoir raté de justesse ! Je me félicite de mon reflexe spontané et de ma vigilance.               — Heureusement pour nous deux ! Si tu t’étais affolée, tu aurais risqué de perdre notre enfant. Dieu, merci !                                                                                   — Ce n’est pas le tien, cet enfant, pauvre type, marmonna-t-elle silencieusement et en son for intérieur.                   Quand la voiture se gara dans le garage, Radia, la servante, accourut vers eux. Après un salut d’usage, elle porta dans la chambre à coucher tous les paquets de vêtements et de chaussures que Najat s’est achetés.                     Allal, le jardinier, était là, il les regarda furtivement et d’un air scrutateur et curieux. Il se posa la question de savoir où ils étaient pendant tout ce temps. Plusieurs réponses passèrent dans sa tête et il ne s’en focalisa sur aucune d’elles. Ce qui compte pour lui, c’était Lina. Il pensa que cette fille sera sienne du moment qu’il a réussi à lui voler quelques baisers.                      Au moment où Najat s’affaira dans sa chambre, Driss passa voir sa fille Sabah pour s’enquérir de son état de santé. Il frappa à la porte, mais il n’obtint aucune réponse. Elle attendit quelques minutes puis il l’ouvrit. Il la trouva allongée sur le dos et  dans la même position que l’autre fois, le regard toujours rivé au plafond. Quand il lui adressa la parole, elle resta indifférente et ne lui répondit pas. Il comprit que son état de santé ne s’est  amélioré d’aucune façon. Il se rappela les conseils de Najat qui lui avait demandé de l’interner pour remédier à ces troubles.                      Radia voulait elle aussi s’assurer si la malade communiquerait avec son père. Elle tendit l’oreille devant la porte sans rien entendre. Driss qui ouvrit la porte la surprit collée au mur, il lui demanda  sans tenir compte de sa curiosité de l’espionner:              — Dis-moi, est qu’elle mangé ou pas ? Je trouve qu’elle ne s’est pas remise de ses crises de nerfs.             —  Quand je lui apporte son repas, elle ne veut pas le manger devant moi, dit-elle.  Mais lorsque je reviens ramasser le plateau avec les couverts, je remarque qu’elle en a mangé la moitié. A vrai dire sa situation se complique de jour en jour et comme vous le voyez, elle est devenue toute blême et exsangue. Si vous vous avisez de la laisser confiner dans ce coin, elle risque de perdre la raison et devenir folle. — Tout ce que tu dis Radia, lança Najat, qui vient de les rejoindre, est tellement vrai. Voilà au moins quelqu’un qui se rende compte de la gravité de son état. Mais, malheureusement, son père ne veut pas comprendre ce qu’il doit faire. Bien que l’état de sa fille nécessite une assistance médicale, il continue  à faire la sourde oreille à mes recommandations et à persister à la garder enfermée  chez lui.              — Que veux-tu que j’y fasse si sa mère et ses sœurs ne veulent pas qu’on l’interne, dit-il. Et d’ailleurs, toi en tant qu’infirmière, tu ne t’es jamais avisée de te tenir à son chevet pour la soulager et savoir à tout le moins l’origine de son trouble.              — Tu crois qu’elle va réagir en me voyant entrer dans sa chambre, grogna-t-elle. Pourquoi laisses-tu une fille malade livrée à elle-même sans soins ni suivi médical. Si tu ne veux pas agir le plus tôt possible, je te dénoncerai aux autorités compétentes bien que je sois ta femme. J’ai horreur de ton désintérêt et de ton comportement irresponsable qui prouve que tu ne sers à rien. De toutes les façons, moi, je ne compte pas continuer à vivre dans cette atmosphère polluée de ce genre de problèmes. Je t’avertis que, moi, en tant que femme enceinte, je ne supporte pas endurer la souffrance d’une autre plus tôt que de vivre tout au long de ma  grossesse dans le calme et la sérénité.                                                                                                      CINQIEME PARTIE                                                                                                                         I                       Sans pouvoir continuer à parler, Najat sentira le besoin de vomir, elle courut précipitamment à la salle de bain pour se soulager, Driss et Radia la suivirent pour voir ce qu’il lui arriva. Radia, sans attendre à voir le résultat d’un test de grossesse, comprit a priori et avant même que des questions ne se mettent à bouillonner dans son cerveau, l’origine de ces nausées et crachats plein de salive fluide sortant de sa bouche. Elle a compris que s’étaient les premiers signes de grossesse. Selon son opinion, les symptômes étaient là. Ils se traduisaient au tout début par un gonflement du ventre et une sensation de troubles intestinaux accompagnés de douleurs similaires à celles des règles. Ce souvenir ne l’empêcha absolument pas à lancer à l’adresse de Driss :              — Ne vous inquiétez pas, c’est rien, dit-elle. Ce ne sont que les symptômes de grossesse. Votre femme est sûrement tombée enceinte et c’est un événement grandiose qu’il faut célébrer. Je vous félicite tous les deux en espérant qu’il soit un garçon.              — Comment tu oses dire des choses pareilles ? dit-t-il en feignant de ne rien savoir au sujet de cette grossesse.            —  Je le dis et je le maintiens, répliqua-t-elle. Ta femme est enceinte ! A bon entendeur salut !           —  Si c’est le cas, je ne peux que me réjouir, avoua-t-il.                    Najat qui se sentait un peu fatiguée, entra dans sa chambre pour se reposer. Driss et la servante la suivirent. Etant encore sur le seuil de la porte, Radia qui ne put pas retenir sa langue et attendre que les choses lui soient expliquées, la félicita en poussant un long youyou, accompagné de quelques incantations qu’elle récita contre le mauvais œil et la présence de Satan à la maison. Driss s’émerveilla de la gentillesse de Radia et de sa fierté à l’égard de cet événement et lança à son endroit :              —  Je ne savais pas exactement tes traits de caractère, dit-il. Tu es vraiment une femme juste, serviable et utile dans cette maison et, moi, je compte beaucoup sur ton aide pour que tu t’occupes sérieusement et plus que jamais de Najat, de lui préparer tout ce dont elle aura besoin et de l’accompagner là où elle va. Dis donc où est passée Meriem ?              — Elle est sortie faire quelques courses, dit-elle. Elle m’a demandé de rester à la maison pour préparer le déjeuner et m’occuper de Sabah.            —  Et Lina et mes belles et studieuses jumelles, où sont-elles passées ? l’interrogea-t-il, l’air un peu occupé.             — Lina est apparemment au jardin, rétorqua-t-elle. Elle apporta à manger et à boire au chien. Les jumelles sont au lycée.            — Je ne comprends pas pourquoi Lina s’intéresse-t-elle beaucoup au chien plutôt qu’à sa sœur Sabah qui a besoin d’elle en pareilles circonstances ? dit-il. Depuis l’arrivée de ce repris de justice, je veux dire ce jardinier, elle ne cesse guère d’aller au jardin sous prétexte de s’occuper du chien. J’ai peur que ce ne soit pas pour les beaux yeux d’Allal. Je ne sais pas ce qu’elle fabrique avec un célibataire.                                                                                                            II                                         Au moment où Driss souleva son cas, Lina était dans le réduit, avec le jardinier, en train de fumer des joints roulés, de s’embrasser à pleine bouche ou de lécher la frimousse pour le dire autrement. Sa relation avec lui commença à avoir de l’ampleur et toute la maisonnée se mit à se rendre compte du jeu qu’ils étaient en train de jouer tous les deux. Quand un jeune homme de presque trente ans et une jeune fille pubère se fréquentent, ils s’embrasent à fortiori et c’est à partir de ce moment que commence une histoire d’amour, incongrue, qui finira, peu ou prou, mal en raison de l’impulsion amoureuse de chacun d’eux.             Quand Driss se mit à parler de Lina à Radia, Najat trouva le sujet passionnant et souhaita que les choses prenaient cette allure.             Pour faire un tour d’horizon, il sortit devant la porte de la maison et commença à scruter tout le terrain du jardin, mais personne n’y était là. Elle ordonna Radia d’aller voir. Celle-ci s’exécuta sur le champ et se dirigea directement vers le réduit pour les surprendre bien enlacés. Ne voulant pas créer de scandale dans la famille, elle s’en éloigna d’une quinzaine de mètres et se mit à crier le prénom de Lina en feignant de ne les a pas vus. Saisie par la voix forte de Radia, Lina quitta son amant et accourut vers elle pour l’engueuler :            — Qu’est qui te prend, toi pour que tu viennes gâcher mon temps libre ? Tu m’as fait une peur bleue. Cesse de me traiter comme une petite gamine.              — Ton père te cherche, dit-elle. Il m’a envoyée te chercher. Où étais-tu ? Dis-moi sans détour. Je connais ton truc !             —  De quoi veux-tu parler ? Je n’ai rien à te cacher, dit-elle.             —  Je veux parler de ta relation avec cet imbécile de jardinier, avoua-t-elle. Etais-tu en train de fricoter avec lui ?              —  Allal n’est pas un imbécile comme vous le croyez tous. Au contraire, c’est un brave type. Il a toutes les qualités requises pour être un père et fonder un foyer avec celle qu’il aime. Alors, détrompe-toi et ne viens jamais me mettre la puce à l’oreille à chaque que ça te chante.             — Celle qui se trompe sur toute la ligne, c’est toi, Lina, répliqua-t-elle. Tu es en train de filer du mauvais coton, fais gaffe ! Maintenant suis moi, ton père veut te voir.             — Qu’est-ce qu’il me veut ? demanda-t-elle, l’air énervé. Je vous ai déjà dit un million de fois que je ne suis plus une petite gamine qui doit encore être surveillée et contrôlée.             — Tu vas le dire à ton père ! Moi, je n’ai aucune autorité maternelle sur toi. Mais il n’est pas exclu que je te conseille quelque fois pour ton bien. Je te dépasse en âge et en expérience. Je pense que tu ne perdras rien de m’écouter.                   En la voyant entrer avec Radia, Driss, l’air curieux et inquiet, dit à Lina sur un ton péremptoire :             —  Où étais-tu, bon sang ? J’ai balayé du regard tout le jardin et tu n’y étais pas là. Où  étais-tu cachée ?             — Où est ma mère ? demanda-t-elle pour détourner la question.             —  Réponds à ma question,  insista-t-il, l’air nerveux. Au lieu de te consacrer à tes études tout comme tes sœurs jumelles, tu perds ton temps à t’acoquiner avec un jardinier infréquentable qui ne nous a même pas donné sa vraie identité en prétendant d’avoir  perdu sa carte nationale. Tu n’étais pas là quand ta mère est sortie ?       — Je ne l’ai pas vue et je ne sais pas où est ce qu’elle est allée. Chacun est responsable de ses gestes. Qu’elle sorte ou qu’elle reste, ça ne me fait ni chaud ni froid. Elle est majeure et vaccinée et elle a le droit de se déplacer là où elle veut. Je n’ai pas à lui reprocher son absence de la maison. Le seul qui est peut-être habilité à le faire, c’est bien toi.             —  Je ne te reconnais pas, tu me parais une autre, dit-il. Tu t’es métamorphosée. Au lieu de consacrer un tant soit peu de temps à ta sœur pour la soutenir soutien et  l’aider à sortir  de sa dépression et sa mélancolie, tu t’es jetée à corps perdu dans un monde sombre, incertain et plein de risques. Je n’ai pas à t’expliquer mes insinuations. Je te laisse le soin de les comprendre par toi-même puisque tu es déjà arrivée au stade où tu dois apprendre à séparer le bon grain de l’ivraie.                   Najat, qui a entendu les admonestations de Driss, le rejoignit et l’interrogea à tout bout de champ :              —  Pourquoi tu te mets dans cet état ? Laisse-la faire ses quatre volontés. Elle n’est plus une gamine. Elle sait ce qu’elle veut. Tu ne fais que gaspiller ton énergie. Qu’a-t-elle fait de mal pour que tu la gronde de la sorte ?                   — Tu ne sais pas ce qu’elle a fait, toi aussi pour venir me reprocher le fait de l’engueuler ? En tant que père, j’ai toutes les raisons de la sermonner, sinon je la mettrai en quarantaine et la laisser s’embarquer follement dans des aventures capricieuses qui ne font que la dévier du droit chemin et provoquer sa chute libre dans un précipice de malheur calamiteux.            — Ce que je sais c’est que Lina                                                                                                                                                                                                                  
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