Cinquième partie, suite chapitre II

5000 Words
aime les chiens et en prend toujours soin, dit Najat. Si elle était dans le jardin, c’est uniquement pour s’enquérir de l’état de cet animal, voir s’il a bien mangé sa ration de nourriture ou lapé son bol de lait et si, toi, tu veux interpréter sa présence à ta manière, je ne suis pas d’accord avec cet agissement de père jaloux des actes de sa fille qui a tous les droits de s’amuser et de se divertir, en compagnie du jardinier ou de quelqu’un d’autre de son âge.                     Driss n’en crut pas ses oreilles quand il écouta le discours de Najat qui se porta au secours de Lina pour l’inciter intelligemment à désobéir aux conseils de son père et suivre son instinct amoureux pour chuter et tomber à la renverse dans le piège que lui tendait le jardinier qui ne cessait de l’attirer vers lui pour commettre l’irréparable et la laisser ensuite dans le pavé.                    Najat déclara implicitement la guerre froide et chercha par tous les moyens possibles à disloquer l’intégrité de cette famille pour la délester de tous ses biens.                                                                                                         III                                                     Radia qui suivit la discussion de Driss et Najat savait déjà où cette fourbe  en voulait venir avec ses paroles maniérées et pleines de malices et de ruses. Elle pensait que cette femme qui cherchait à monter Lina contre son père voulait créer le désordre,  annihiler les efforts de Driss et briser sa volonté de garder le contrôle de la situation.                      Afin de se montrer ferme et mettre un terme à cette discussion interminable et inutile, il invita tout le monde à se mettre à table pour ne pas laisser refroidir le repas servi. Najat qui fit semblant d’être vaseuse et indisposée à manger quoi que ce soit, alla dans sa chambre. Driss qui n’avait pas envie de mettre une bouchée sous la dent, la suivit pour prendre ne douche et se reposer.                     Les deux jumelles Safia et Siham, Lina et Nadia passaient à table. Leur mère qui arriva à point nommé, se joignit à elle. Radia qui servit le diner tout chaud salua Meriem et l’interrogea sur sa sortie :             — Comment ça s’est passée ta tournée en ville ? Tu nous as manqué ce jour. Sans toi tout va mal.            —  Tu veux parler de quoi ? dit Meriem. Un problème ?            —  Disons non. Mais une nouvelle qui va te réjouir, répondit la servante.            —  De quoi s’agit-il au juste ? Crache le morceau !                —  Elle est enceinte ! avoua-t-elle.                —  Enceinte ? Qui ? demanda Meriem, surprise.                —  Najat est enceinte, dit la domestique. Tout à l’heure, elle avait des nausées et des vertiges accompagnés de la fatigue et, moi, j’ai déduit que se sont les symptômes de grossesse.               —  Comment ? Enceinte ? dirent les filles toutes abasourdies.             —   Il ne manquait plus que ça, ça c’est le paradoxe, bougonna Meriem.              — Pourquoi c’est le paradoxe ? demandèrent les deux jumelles toutes à la fois                — Tout simplement, dit Lina avec ironie, Parce qu’il est interdit d’interdire à une femme nouvellement mariée de tomber enceinte pour sauver l’image de marque d’un mari qui veut en désespoir de cause un enfant de sexe masculin.            — cessez de philosopher et dites-nous exactement pourquoi, notre père à cet âge avancé cherche-t-il  à avoir un enfant et encore moins un garçon ? demandèrent les deux jumelles.          — Votre père était obligé de devenir bigame parce que moi, votre mère, je n’avais pas la chance de lui donner un garçon et c’est pour cette raison que je l’ai obligé de se marier pour tenter sa chance derechef. Mais c’est à lui seul que revient le choix de Najat. Elle l’avait connue lorsqu’il était hospitalisé à la suite de son accident de la circulation. Il m’a raconté pour me convaincre qu’étant infirmière, elle lui a offert ses services tout en étant  sympathique à son endroit.           — Tu crois, maman, que notre père s’est marié avec elle spécialement pour avoir un garçon ? demanda Lina qui veut couper les cheveux en quatre.           —  C’est à lui seul de répondre à cette question que vous n’avez jamais osé lui poser, rétorqua Meriem.            — Pourquoi est-il toujours question de comparaison entre garçon et fille et c’est le garçon qui l’emporte en définitive ? interrogèrent  les jumelles.           —  Ecoutez les filles, moi, je ne sais pas polémiquer trop sur ses choses pour pouvoir vous donner un argumentaire juste et systématique. Personne ne peut dire à tort ou à raison si la fille ou le garçon qui intéresse un couple en premier lieu.         — Si Tata Najat est vraiment enceinte, qu’est ce que vous préférez, un garçon ou une fille ? demanda Nadia la cadette.       —  Nous préférons un garçon puisque nous avons déjà des filles qui manquent d’un frère, répondit Meriem pour convaincre toutes ses filles présentes.              — Et inversement si vous avez des garçons, vous préférez que Tata Najat accouche d’une fille, renchérit Nadia.                    En espérant qu’elle arriverait bien à s’expliquer pour ne pas vexer ses filles qui sont imbues, malgré elles, de ces idées reçues, lesquelles idées avancent de par le monde qu’un garçon vaut plus qu’une fille, Meriem dit :             — Absolument vrai si tout le monde agit de concert dans cette logique.                  Radia qui n’a pas assisté à cette  discussion entre la mère et ses filles demanda :            — Ne me dites pas que vous n’avez pas encore fini de manger. Je dois ramasser la table et laver la vaisselle avant d’aller coucher sur mon grabat.                   Meriem avait passé une journée un peu rude à courir les boutiques des herboristes. Elle devait ramasser toutes les plantes nécessaires que lui avait demandées la voyante lors de sa dernière visite. Pour prendre le plaisir de manger à sa fin et couper court aux doléances de la domestique, elle dit d’un ton péremptoire :             — Contente-toi de ce meuble que tu as. Je te rappelle qu’il est des gens qui couchent à même la terre et sous la belle étoile par-dessus le marché. Alors, assieds-toi et laisse-moi finir mon plat.            — Ok ! Je vais m’asseoir, dit-elle. Prends le temps qu’il faut pour manger à ton aise.              — Toi et moi, nous avons une discussion en privé mais après que les filles vont dans leur chambre.                   Après quelques instants, les filles finirent de manger et sortirent de table. Les deux femmes restèrent seules et Radia posa la question de savoir  de quoi s’agit-il :             —  Aujourd’hui, dit Meriem, je me suis donné un mal de chien pour faire le tour de toutes les boutiques des arboristes. J’ai réussi difficilement à rassembler toutes les plantes et encens que la voyante m’a exigés de lui apporter lors de la prochaine visite. Demain, c’est le jour de notre deuxième visite et tu devras m’accompagner pour aller la revoir. Dès que le soleil se lèvera, nous quitterons la maison. Si tu as des choses à arranger ou à laver, fais-le maintenant avant de dormir et dis aux enfants et à Driss que tu ne seras pas là parce que tu m’accompagneras chez le tisserand de la médina.                   Entendu ! J’ai bien compris, dit-elle. J’espère que notre visite soit couronnée de succès. Je vais insister à ce que Lina s’occupera de Sabah et de préparer au moins des sandwichs pour ses sœurs. Driss et Najat ne seront peut-être pas là.             — Ils ne m’intéressent pas ces deux là. J’ai d’autres chats à fouetter et leur tour n’est pas encore arrivé pour que je me soucie de ce qu’ils sont en train de manigancer. Le temps presse et il faudra qu’on en finisse le plus tôt possible avec tous ces esprits malsains et sataniques qui rôdent au sein de ma famille.           —  Avec un tant soit peu de patience, tout finira par s’arranger, la rassura-t-elle. Sabah se rétablira, Lina reprendra le bon chemin et s’éloignera de ce jardinier inquiétant, ton mari Driss et Najat deviendront une pâte à modeler entre tes mains et tu te maintiendras en te positionnant solidement dans le rôle de la première femme de maison. Compte sur cette voyante ! Tu vas te la couler douce !                                                                                                   IV                        A la première heure de la matinée, Meriem et sa servante quittèrent la maison sans que personne ne s’en rendît compte. Après quelques minutes de route, elles arrivèrent tôt à leur point de destination.                      Le mari de la voyante, qui était déjà là devant la porte, les annonça immédiatement. Meriem, munie d’un sachet de plastique, contenant  tous les produits et plantes nécessaires, se présenta  devant la chiromancienne.                      Dès que le temps nécessaire, imparti à la séance de consultation, s’écoula, celle-ci lui délivra des amulettes et lui exigea de les porter sur elle jour et nuit. Elle lui prescrit également des décoctions à faire boire, à leur insu, à Driss,  Najat, Sabah et Lina.                       Pour ce qui des plantes et encens, elle lui recommanda de les brûler dans le braséro et laisser répandre dans tous les coins de la maison toute la fumée qui s’en dégageait pour chasser le mauvais œil et se débarrasser des sources maléfiques de toute nuisance.                                                                                                             V                                                      Au terme de cette dernière consultation, les deux femmes prirent le chemin du retour. Quand elles arrivèrent à la maison, personne n’était là, excepté Sabah. Profitant de l’absence de toute la famille, Meriem et sa servante se mirent en action et appliquèrent à la lettre toutes les consignes de la voyante.                     Pendant tout le temps de leur voyage, Lina était avec le jardinier. Il la serrait dans ses bras sans que personne ne les dérangeât.                     S’apercevant de son absence à côté de sa sœur malade, Meriem demanda à Radia :              — Va chercher Lina, elle peut être maintenant avec ce sale type.                      Radia s’exécuta. Elle et se dirigea comme à l’accoutumé, vers le réduit. Avant même de jeter un coup d’œil à l’intérieur de cet endroit, elle entendit les cris et les gémissements que Lina poussait en pleine intimité. Elle recula à pas feutrés pour s’éloigner et ne plus entendre le bruit de  leurs  ébats sexuels. Elle leur laissa le temps de terminer ce qu’ils avaient commencé avant de se mettre à crier le prénom de Lina.                      Sur ces entrefaites, le jardinier accourut vers Radia. Il lui   pointa un couteau dans le vendre et  la menaça de mort si jamais elle s’en avisa de dire quoi que ce soit sur sa relation avec Lina :              —  Si tu continues à t’approcher de cet endroit, je te couperai les nerfs, tu m’entends, espèce de brute. Dorénavant, tu vas commencer à me connaître mieux pour faire attention à tes idioties. Si tu me cherches, tu me trouves.              —  Laisse-moi partir s’il te plait, supplia-t-elle, je ne dirai rien qui puisse te porter préjudice. Fais ce que tu veux. Elle n’est ni ma fille ni ma sœur. C’est sa vie et elle est libre d’en faire ce qu’elle veut. Je suis venue lui dire parce que sa mère est déjà là et c’est elle qui m’a ordonnée de venir la chercher, c’est tout !    —  La prochaine fois, ne vienne pas zieuter par la petite lucarne. Si tu n’arrêtes pas de m’espionner, je te creuserai un tombeau et tu seras six pieds sous terre sans que personne ne vienne te secourir avant que je le fasse. Compris ! Allez, va-t-en espèce de brebis galeuse !                    Quand Radia rentra à la maison toute paniquée, le jardinier rejoignit sa dulcinée. Il la trouva bien relaxée, les yeux mi-clos et le regard dirigé vers les parois du mur. Il se jeta encore sur elle et l’embrassa à pleine bouche en léchant ses lèvres et sa langue. Elle la serra contre lui en disant :             — Quel bonheur que tu sois à mes côtés mon amour ! Je t’aime et personne ne me séparera de toi, tu resteras mienne pour toujours.             — Tu m’as envoyée aux anges aujourd’hui et je resterai tienne que mes parents le veuillent ou non. Allume-moi une cigarette avant que je parte. Je ne sais pas si ma mère est revenue. Je dois aller jeter un coup d’œil pour voir  ce qui se passe à la maison.                   Radia rejoignit la maison toute apeurée et Meriem qui la voit  dans cet état lui demanda :             —  Qu’est ce que tu as ? Je trouve que tu as de la frousse. Un problème ou quoi ? On dirait que le jardinier t’a agressée.              —  Non rien, dit-elle, je suis seulement inquiète de ne pas avoir trouvé Lina dans le jardin. Elle doit-être sortie quelque part et un truc pourra lui arriver. J’ai des prémonitions qui me disent qu’elle vient de perdre un truc             — Comment un truc ? Tu divagues ou quoi ? Je n’ai pas compris ! Parles-moi en clair ! cria Meriem.     — Tu comprendras un jour, dit-elle, quand je ne serai pas là parce que je dois quitter cette maison pour rentrer chez moi. Je n’en peux plus.               — Qu’est-ce qui t’arrive, bon sang ? dit Meriem. Arrête de m’intriguer et dis-moi ce qui te dérange. En revenant du jardin, tu t’es transformée en une femme froussarde et poltronne.                    Lina rentra à la maison sans savoir que Radia l’avait cherchée tout à l’heure près du réduit. Comme il est rusé, le jardinier préféra de ne lui rien dire. Elle fut surprise de voir la servante triste et morose. Pour savoir ce qui ne tournait pas rond, elle lui demanda :             —  Qu’est ce que tu as Radia ? Je vois que tu n’es pas dans ton assiette.             — Je suis mal en point à cause d’un cauchemar qui m’a terrorisée tout à l’heure quand je suis allée  dans le jardin pour te chercher.            — Un cauchemar ? Raconte-moi, demanda Lina. Tu t’es endormie lorsque tu as fait ce cauchemar ?               —  Non, éveillée, répondit-elle. Parfois, il nous arrive de faire des cauchemars terribles même avec les yeux ouverts. Celui que j’ai fait est tellement choquant et désagréable que je n’arriverai jamais à le digérer.               — Ton discours me surprend de plus en plus, dit Meriem. Peut-être que tu as vu à l’œil nu et sans microscope, ce que moi, je n’ai pas encore vu.             —  Je préfère que tu le voies par les oreilles et pas  par les yeux parce que l’image est tellement choquante. Elle te sera dure à voir. Si tu étais avec moi, tu te serais évanouie.      — Je commence à comprendre où veux-tu en venir, dit Meriem en poussant un long soupir. Et toi Lina où étais-tu pendant tout ce temps ?             — Je n’étais nulle part, répondit-elle à sa mère.            —  Et toi, tu considères ça comme  une réponse suffisante ? dit Meriem.             —  Que veux-tu que je te dise, chère mère ? répliqua-t-elle par une question pour cacher son aventure amoureuse avec le jardinier qui montra son vrai visage de criminel à Radia. Mais dis donc ! Qu’est que c’est que cette odeur qui se répand dans tous les coins de la maison, on dirait que vous êtes devenues toutes les deux des exorcistes. On dirait que vous êtes en train de chasser les maléfices et les démons qui hantent cette maison. D’où vous sortez ces produits qui embaument toute la maison de cette savoureuse odeur ? Vous avez oublié de la propager aussi dans la niche de notre chien fidèle.            —  Et toi aussi, tu as oublié de nous rappeler le réduit qui ne dégage que des relents de mégots et de joints roulés, dit la domestique.            —  Ce réduit, j’en ai besoin pour y mettre quelques débarras. Il doit être évacué dès demain, annonça Meriem d’un ton cassant.             — Et Allal ? Où veux-tu qu’il aille puisque c’est là où il s’abrite ? grogna  Lina, l’air nerveux.               — Ton Allal ! Qu’il aille au diable ! Il doit quitter cette maison le plus tôt possible, sa place n’est pas ici. J’ai remarqué qu’il ne fait plus rien. Il passe une bonne partie du temps où il devrait s’occuper du jardinage, confiné dans ce fameux réduit qui devient pour moi un endroit étrange et plein de mystère. Il s’avère un individu fourbe et malintentionné. Les gens misérables et vils comme lui ne font pas long feu et ils se retrouvent  mis à l’index, au ban de la société. C’est ce qui va advenir de ce minable qui ne mérite  pas le gîte et le couvert.              — Personne n’a le droit de le toucher, gronda Lina. C’est un homme généreux et sympa, il ne fait pas de mal à une mouche. Qu’est-ce qui te prend, petite mère, pour dire du mal de lui. Il reste toujours au jardin et ne cherche noise à personne. Moi, je l’admire pour sa gentillesse. Il m’a appris beaucoup de choses en matière de jardinage et je crois que sa présence est utile. Regardez comment ce jardin est-il devenu fleurissant et verdoyant, grâce à ses travaux d’entretien et d’arrosage. Sans lui tout ce gazon et ces arbres auraient perdu leur verdure naturelle.                     En entendant cet argumentaire de Lina, Meriem comprit que sa fille est amoureuse de ce jardinier et le pire qu’elle craignait s’est déjà produit sans qu’elle le sache. De peur d’être tuée comme il l’avait menacée, Radia gardait le silence et ne voulait en aucun cas courir le danger de dénoncer ce qu’il faisait avec Lina dans le réduit. Meriem temporisa et en l’absence de preuves irréfutable à l’appui, elle se ravisa de le renvoyer.                                                                                                            VI                                                         Driss et Najat quittèrent eux aussi la maison depuis ce matin. Ils passèrent à la banque pour formuler une demande de carte de crédit pour Najat. Ensuite ils entrèrent chez le dentiste pour la mise en place d’une bague vestibulaire. Enfin, Driss accompagna Najat chez le gynécologue en vue  de faire l’examen clinique pour surveiller le fœtus et s’assurer du bon déroulement  de la grossesse. Après avoir fini, Najat le guida sans qu’il le sache au café de l’autre fois. Elle lui alluma la radio pour s’imprégner d’un peu de musique, lui tendit une cigarette genre tabac jaune, mais il déclina l’offre et préféra se saisir de sa tabatière pour insuffler une dose bien corsée. Mais  ne voulant pas sentir l’odeur de la prise dans sa voiture, elle l’en a empêché en disant :              — Attention ! Ne le fais pas dans la voiture, ça va sentir le renfermé et moi j’ai horreur de ce genre de relent. Tu devras te déprendre de cette mauvaise habitude de te moucher en faisant trop de renflement comme si tu débouches un trou de canalisation d’un égout trop obstrué.            — Je ne peux pas me passer de mes doses quotidiennes tout comme toi qui ne cesses guère de fumer plusieurs cigarettes d’affilée en l’espace d’une heure.              —  Moi, je suis une personne classe qui aime le prestige ? dit-elle. Je fais  partie de celles qui préfèrent fumer et boire de la bière plutôt que de priser du tabac pour avoir de la morve sale et dégoûtant qui coule du nez. Cette tabatière rouillée et ce mouchoir que tu tiens  me donnent de la nausée à chaque fois que je les vois entre tes mains. Tu crois que c’est une bonne idée de les montrer dans des lieux de luxe ?              —   Au café, je n’ai aucun complexe de m’en servir,  dit-il.              —  Tu parles de quel café au juste ? demanda-t-elle.             —   Je parle du mien, bien sûr, rétorqua-t-il.               — Le tien ? Quelle merveille ! S’exclama-t-elle. Ce café doit être restauré si tu veux voir ton chiffre d’affaire augmenter. De toutes les façons, c’est moi qui vais me charger de sa réfection pour qu’il devienne moderne et attirant comme à peu près celui-ci.              —  Ah ! Tu m’amènes encore dans ce café, dit-il.              —   Oui, c’est celui que je préfère, avoua-t-elle, l’air hautain.                     Ils descendirent de la voiture et se dirigèrent vers la même table de l’autre fois qu’ils trouvèrent vacante. Ils prirent place et continuèrent leur dialogue. Et elle reprit sa parole en disant :              — Entre ton café et celui-ci, il y’a une grande différence à tous les points de vue. Tu ne l’as pas remarqué ?             — Je sais ! Mais, le mien, dit-il, est fait pour être rempli de gens pauvres qui ont eux aussi leur dignité et leur valeur humaine et souveraine. Ne sois pas à ce point un adepte de la discrimination. Habitue-toi à vivre et à cohabiter avec ces gens. Ne les traites pas mal. Ils sont pour moi comme une vache laitière et une source intarissable de mes recettes.             —  Ne confonds pas les choses, dit-elle. Et ne me fais pas dire ce que je n’ai pas dit. Moi, je parle du luxe et non pas des gens et de quelle catégorie ils sont.              — Comme dans toutes les autres villes, dit-il, la notre grouille, elle aussi, de cafés. Chacun se positionne selon l’endroit où il se trouve, le genre de personne qui le fréquente, les tarifs de consommation, l’équipement en matériel de restauration, le cadre intérieur et le personnel mobilisé pour servir les clients.                                   — Je suis tout à fait d’accord, expliqua-t-elle. Votre raisonnement est juste, mais, moi, je suis si tu veux dire un peu perfectionniste et je cherche toujours le meilleur et surtout dans mon domaine d’activité. Tu te rappelles comment je me suis comportée avec toi pendant tout le temps que tu as passé à l’hôpital lorsque tu étais gravement blessé ?             — Je ne l’oublierai jamais, c’est gravé dans ma mémoire ? confirma-t-il. Tu étais vraiment très serviable et ça c’est une qualité superbe que l’on trouve  rarement chez nos infirmières et encore moins nos médecins. Traiter bien un malade est un devoir moral et professionnel et sans la présence du facteur humain dans ce genre d’établissement, le patient souffre doublement, de sa maladie, souvent accompagnée de douleurs lacérant et du comportement antipathique de celles et ceux qui, ayant le cœur dur comme un caillou, se montrent acariâtres, brusques et grincheux à son endroit.      — Moi, contrairement à ces gens que tu cites, j’ai un cœur blanc, avoua-t-elle pour le flatter et je suis pour la citation qui dit : «  le cœur est l’alcôve du sentiment ».       —  Je ne peux rien te reprocher sur ce point, affirma-t-il. Mais  je ne sais pas si tu es vraiment par nature cette personne que tu me paraisses. Il existe sur cette terre des milliers de gens, intrinsèquement malintentionnés et de mauvaise foi, qui font  des fois un étalage exagéré  d’une  bonté et bienveillance  simulées, ne serait-ce que pour se passer comme tels et gagner l’estime qu’ils ne méritaient pas pour avoir bâti leur vie sur la duplicité, la fourberie, l’hypocrisie et l’animer par le mensonge. J’ai horreur de ces gens et je ne me confie jamais à eux ou me rallier à eux du moment où je découvre qu’ils masquaient leur malveillance à l’arrière plan d’un visage méticuleusement maquillé.           —  Tu commences à douter de moi ou quoi ? demanda-t-elle en marmonnant. En me parlant sur ce ton, tu voulais insinuer que tu te méfies de moi pour de bon.             — Non, pas du tout, dit-il. Ce que je dis ne sont rien d’autres que des constations que je fais chaque jour que ce soit dans les hôpitaux, les administrations ou dans d’autres lieux où les intérêts des uns et des autres peuvent différer ou se croiser. Je ne suis pas un homme de science ni de philosophie qui s’intéresse à la théorie des choses, mais quelqu’un qui cherche les bienfaits de leur pratique nette et transparente.               — Tu me fascines mon cher mari, tu en sais beaucoup sur les astuces du terrain de jeu où chacun est obsédé par la recherche de sa place.              — Et toi ma chère épouse ! Tu n’as pas encore trouvé ta place ?             — Ma place, dit-elle, je l’ai trouvée dans ton cœur qui bat la chamade à chaque fois qu’il se rend compte que je l’occupe et qu’il est devenu ma propriété privée à tout jamais. Je suis fière d’être ta femme, mais toi tu ne l’es que sur papier. Il parait que tu n’approuve pas mes choix et visions et que tu ne te soucies que peu de moi. Est-ce que le futur de ce bébé que je porte dans mon ventre ne t’intéresse pas ?              —  Comment tu te permets de dire que je ne me soucie que peu de toi et de mon futur enfant ? dit-t-il sans savoir où elle veut en venir et à quoi elle fait allusion.               — Tu dois ouvrir un compte bancaire à mon futur fils en mon nom et l’alimenter chaque mois d’une somme d’argent non négligeable. Quand il sera au monde, il se  rendra compte qu’il est né avec une cuillère d’or dans la bouche. Tu dois aussi m’aider à payer le loyer, l’eau et l’électricité de notre maison de location. Ma mère ne travaille que pendant l’été. Elle n’arrive pas à joindre les deux bouts. La maladie chronique dont elle souffre suppose des frais faramineux quant à sa  médication. Un mari doit être solidaire de sa femme, ses enfants et encore moins de ses beaux parents quand ils passent par une étape difficile de leur vie. Je veux encore te demander de me léguer, strictement par testament, de ton vivant, une partie de tous les biens qui sont en ta possession, sinon je vivrai dans la disette lorsque tu seras mort.  Qu’en penses-tu mon cher mari ? Tu vois ! Je suis à cheval sur les principes. Je m’inspire toujours de ce proverbe qui dit : « Mieux vaut s’attendre au prévisible que d’être surpris par l’inattendu. »              — Tu me tiens un discours du jamais entendu, dit-il. Tu ne trouves pas que tu précipites les choses. Nous nous sommes à peine mariés et toi tu me demandes de dépouiller les autres de leurs droits pour te faire sans scrupule ni morale un legs que personne n’admettra, ni ma femme ni mes filles. Tu ne peux pas m’obliger à commettre l’irréparable en dépouillant les autres.  —  Est-ce que ta femme et tes filles comptent beaucoup plus que ton fils et moi réunis ? Dis le moi franchement et sans ambages.            — Ta question est embarrassante. Mais je puis t’avouer que vous comptez tous pour moi. Chacun de vous mérite la place qui lui revient de droit. Alors, ne me mets pas la pression, je t’en prie. Je ne peux en aucun cas satisfaire tous tes désirs pour léser les autres. Changeons de sujet pour ne pas gâcher ce moment si  agréable à ruminer des choses  avant leur temps.            —  Tu veux qu’on parle de Sabah ? demanda-t-elle.                                —  Ah, non ! Laisse-la et mêle-toi de tes affaires, répliqua-t-il sévèrement.            — Tu es fâché ou quoi ? demanda-t-elle, en baissant le ton d’un cran.             — Dis-moi sans détours, dit-il. Est-ce que tu l’aimes ou tu la détestes? Depuis le jour où vous vous êtes disputées, toutes les deux, devant le portail d’entrée de l’hôpital, vous vous haïssez, j’en sûr et certain          —  Puisque 
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