Abusufyan éclata de rire, baissant la tête.
Cela fit un immense plaisir à Abba, car il voulait justement lui rendre un peu de joie pour chasser sa tristesse.
Abba posa la main sur son épaule et dit en souriant :
> « Sur mes dix-huit enfants, seuls Jahan et sa sœur étaient des jumeaux.
Mais toi, quelle chance ! Tes enfants sont trois d’un seul coup !
Quand Ammi apprendra ça, elle dira sûrement :
“Ce vaurien va finir par battre tous les records !” »
Tous deux éclatèrent alors de rire.
Puis Abusufyan dit :
> « Yaya Hussein, j’aimerais beaucoup voir ces enfants. Ils me manquent terriblement… »
Abba le regarda d’un air moqueur avant de répondre :
> « Alors là, c’est la meilleure ! Tu me dis que tu veux voir TES enfants ?
Ce sont bien les tiens, en chair et en os !
À vrai dire, je pensais même que tu passerais la nuit avec eux.
Ils n’ont qu’un seul souhait en ce moment : revoir leur père. »
Un profond bonheur envahit Abusufyan.
> « Je peux aller les voir maintenant ? » demanda-t-il.
Abba répondit :
> « Attends qu’on revienne de la mosquée. Après la prière, tu pourras aller directement les retrouver. »
Le visage illuminé de joie, Abusufyan répondit :
> « D’accord, je vais faire mes ablutions. »
Abba ajouta :
> « On t’attend dans le grand salon une fois prêt. »
Abusufyan se leva et quitta la pièce.
Il entra aussitôt dans la salle de bain pour faire ses ablutions.
Quand il ressortit, il rejoignit le grand salon.
Tous ceux qui s’y trouvaient portaient les marques de la fatigue et de la préoccupation.
Certains n’avaient clairement pas dormi de la nuit — notamment le maréchal Omar, dont les traits étaient tirés.
Même Sgr paraissait épuisé : impossible pour lui de fermer l’œil tant que Sayyadi errait encore librement.
Quant aux jumeaux, leurs visages rouges trahissaient eux aussi la tension et le manque de sommeil.
Après s’être réunis, ils partirent ensemble pour la prière du matin.
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Pendant ce temps, Azmee poussa la porte de la chambre des filles pour les réveiller pour la prière de l’aube.
Mais quelle surprise !
Elle les trouva déjà debout, alignées en prière, chacune vêtue d’un long voile — celui de Sehrish — et concentrée dans sa récitation.
La scène la toucha profondément.
Dès qu’elles étaient ensemble, surtout quand Jahad était présente, elles ne plaisantaient jamais avec la religion.
Même si Sehrish était pieuse, Jahad la dépassait encore : dès que l’appel à la prière retentissait, elle se réveillait d’elle-même, quelle que soit la profondeur de son sommeil.
C’était devenu une habitude enracinée, nourrie par la foi.
Azmee resta debout à les observer, émue :
> Les enfants d’Abusufyan ! Les petits-enfants d’Ammi et Salahudeen ! Les nièces du père des soldats ! Et leurs cousins, dix-huit militaires endurcis ! Même un moustique qui tenterait de les piquer entendrait aussitôt le claquement d’une balle sur son front !
Soudain, elle sentit une main sur son épaule.
Effrayée, elle se retourna : c’était Hajiya Azeema, vêtue d’un voile bleu, un chapelet à la main, un doux sourire aux lèvres.
> « Je venais voir nos petites-filles. Si ça ne te dérange pas, laisse-moi passer. »
Azmee s’écarta avec un sourire.
En entrant, Hajiya Azeema ajouta :
> « Je venais les réveiller pour la prière, mais je les ai trouvées déjà debout ! Quelle beauté de les voir ainsi, priant ensemble. »
Hajiya Azeema s’assit près du lit et dit malicieusement :
> « J’ai une bonne nouvelle pour toi. »
Azmee répondit en riant :
> « Du kola ! »
> « Rouge ou blanche ? » demanda Hajiya Azeema sur un ton taquin.
> « Blanche, bien sûr. Le rouge, c’est le signe d’un malheur. »
Elles rirent ensemble.
Puis Hajiya Azeema dit :
> « Tu as raté quelque chose hier ! Une nouvelle brûlante ! »
Impatiente, Azmee demanda :
> « Qu’est-ce qui s’est passé ? »
À ce moment, Jahad et les deux autres venaient d’achever leur prière et écoutaient attentivement.
Hajiya Azeema les montra du doigt et dit :
> « Tu sais quoi ? Ces filles sont les enfants d’Abusufyan ! »
Le cœur d’Azmee manqua un battement.
> « Quoi ? Tu es sérieuse ? »
> « Oui, très sérieuse, » répondit Hajiya Azeema.
« C’est incroyable, mais vrai. Ces filles sont les enfants de notre frère cadet, Abusufyan. »
Azmee se tourna vers elles, stupéfaite — surtout vers Sehrish, qui semblait ne pas comprendre.
Mais Jahad, elle, savait déjà.
Avec un léger sourire, Jahad expliqua :
> « Hier, tu n’étais pas consciente, mais tout s’est éclairci.
Nous avons longtemps souffert sans savoir que nous avions une grande famille.
Aujourd’hui, Allah a exaucé nos prières.
Notre mère a d’abord épousé ton oncle Abusufyan avant ce monstre de Sayyadi. »
Sehrish, bouleversée, demanda :
> « Mais… comment est-ce possible ? »
Hajiya Azeema intervint :
> « C’est vrai, ma fille. Votre mère a d’abord été l’épouse d’Abusufyan avant d’être mariée de force à Sayyadi. »
Elle leur raconta alors toute leur histoire :
le mariage secret d’Abusufyan et de leur mère, leur séparation tragique, le remariage forcé, et les souffrances vécues chez leur tante à Katsina.
Avant même qu’elle ne finisse, Sehrish tomba en prosternation, en larmes.
De joie.
> Alors, c’est lui… notre père ?
Elle n’en revenait pas.
Cela expliquait tout : la forte affinité entre elle et Junaid, ce lien mystérieux qui les unissait…
Tout prenait enfin sens.
Azmee, émue jusqu’aux larmes, dit :
> « Je voulais justement que Sehrish me raconte son histoire.
Je ne savais pas qu’elles avaient tant souffert…
Quel homme cruel que ce Sayyadi !
Séparer des enfants de leur père, les faire vivre dans la peur… Quelle injustice ! »
Alors qu’elle parlait encore, la porte s’ouvrit.
Abusufyan entra, saluant doucement.
Leurs regards se croisèrent.
Lui, figé, ne voyait qu’elles.
Elles, tremblantes, ne pouvaient détacher leurs yeux de lui.
Sans un mot, ils restèrent ainsi un moment, bouleversés.
Hajiya Azeema toussota doucement :
> « Alors ? Vous ne voyez pas votre père ? Allez donc le serrer dans vos bras, sentez la chaleur de votre père ! »
Les trois filles se levèrent, tremblantes, et s’approchèrent.
Avant même qu’elles n’arrivent, il ouvrit grand les bras.
Il les serra toutes contre lui, fort, comme pour les ramener en lui-même.
Les larmes coulaient, sur ses joues comme sur les leurs.
Jamais il n’aurait cru voir ce jour arriver.
Mais Allah avait répondu à ses prières.
Ensemble, ils levèrent les yeux, pleins de larmes, et dirent d’une même voix :
> « Abba ! »
Il sentit un frisson de bonheur le traverser.
> « Répétez encore, » dit-il d’une voix tremblante.
« Je veux vous entendre l’appeler encore une fois. »