J'écoute ma mère parler et sens que je suis vraiment dans le pétrin! Je ne veux pas de ce mariage et en même temps je ne veux pas non plus la désobéir.
Après mûr réflexion sous un grand silence très pesant dans la pièce; je lui donne ma réponse:
-Accordes moi du temps; je ne peux pas prendre aussi hâtivement une si grande décision.
-Si ce n'est que ça kay il n'y a pas de problèmes; je te laisse y réfléchir le temps nécessaire mais s'il te plait ne tarde pas trop!
-Ne t'en fais pas!
Lui dis-je sur le champ avant de prendre a*s et aller chercher Ahmad qui est sûrement parti dans mon ancienne chambre après avoir amené Chérif et l'autre là.
P.d.v. de Ngoné
A ma sortie de cette demeure ; je suis directement parti voir un ami puis je suis passé chez mes parents. J'essaye d'être le plus souvent chez eux pour ne pas qu'ils sentent mon absence.
Arrivée à la demeure; je sonne et c'est mon petit frère qui vient m'ouvrir.
-Idiot! Tu ne pouvais pas venir plus tôt?
Râlé-je à son encontre pour le taquiner .
-C'est ça! Si je savais que c'était toi; j'allais prendre mon temps encore plus!
Répond-il avant de sortir; il ne reste jamais à la maison lui; il fait le grand maintenant.
Je ferme la porte après lui pour me diriger vers l'intérieur où je trouve ma mère en train de corriger des copies à côté de mon père qui suit calmement son journal télévisé : depuis qu'il est à la retraite il passe sa vie devant la télé.
-Papounet!
Lui souris-je en allant l'enlasser de derrière le fauteuil où il est assis: je suis sa fille favorite; et il y a ma mère qui se contente de nous sourire comme d'habitude :
-Quel bon vent t'amène?
-Aucun! Je passais dans les parages voir un ami et je suis passé vous saluer!
-Et c'est qui cet ami dont on passe voir si souvent?
Demande t-il malicieusement. Je souris simplement:
-Jaloux ?!
Répondis-je à mon père avant de prendre place à ses côtés
-Alors? Tout va bien?
-Ah! Je m'ennuie rek! Ma meilleure amie a désertée la maison et je ne travaille plus !
Je ris un peu embarassée par ses dires; il ne sera jamais d'accord avec moi sur ce point : il a toujours été contre le fait que je vive ailleurs qu'au bercail; j'aurai tellement aimé lui expliquer les raisons pour lesquels je l'ai fait; cependant il est préférable que je garde encore le silence jusqu'au moment opportun...
-Justement!
Dit ma mère puis elle se tourne vers nous; dépose son stylo et enlève ses lunettes: ce qui montre la sérénité de ce qu'elle compte me dire:
-Pour moi il est plus prudent que tu reviennes; on s'inquiète ma fille!
-Mais...pourquoi vous inquiéter?
-Tu ne penses pas qu'il est plus que temps qu'on lui parle Mare!
Dit-elle en s'adressant à mon père sous mon regard interrogateur:
-De quoi?
-De ton attitude Ngoné!
-Mais de quelle attitude vous parlez? Mon attitude est juste normal; non?
-Justement ma fille; c'est ce qui nous inquiète !
Dit mon père en me regardant tristement. De quoi parlent t-ils?
-Depuis lors ton attitude est un peu trop normal; Ngoné tu souris; tu rigoles; tu parles; tu fais des blagues; ma fille quand vas tu arrêter de faire semblant? Tu agis comme si rien ne s'était passé alors qu'effectivement il s'est passé quelque chose! Beaucoup de choses même! Entre fausse couche; incarcération puis veuvage; tu ne peux pas être ainsi; c'est anormal!
Dit-elle et la douleur se sent dans ses mots; on aurait dit que c'est elle qui a souffert; que c'est elle qui a vécu tout ça; je ne pourrais jamais la payer; elle est unique; comme toute mère.
-Et que voulez-vous ? Que je pleure?
-On veut que tu sois naturel avec nous. Tu n'as pas besoin de faire semblant; nous sommes tes parents; nous voulons partager tes joies comme tes peines! A quoi bon sourire devant nous si c'est pour ensuite pleurer dans ta chambre? Depuis lors nous n'avons trouvé aucun moyen de t'en parler car tu ne laisse rien transparaître et on s'inquiète pour toi...
-Il n'y a pas de quoi! C'était dans mon parcours et c'est maintenant du passé! Je suis sûre que c'est Alima qui a mis ces choses dans vos têtes! Mais rassurez vous; je vais bien! J'ai juste accepté la volonté divine et je passe...
-Mais...
-Maman! Je vais bien! Ne vous inquiétez pas! Je ne suis pas folle; et la solitude non plus n'est pas nocive pour moi comme vous le pensez! Ça me permet de mieux méditer sur ma vie et...voilà! De plus; je vais en profiter pour vous annoncer que j'ai été recrutée dans l'entreprise où je travaillais...
-A bon?! Mais c'est une excellente nouvelle ça!
-Si c'est de l'entreprise de Hakim Ndour dont tu parles; je n'accepterais pas.
Intervient mon père; très remonté...
-Tidiane; s'il te plait! Enterre la hache de guerre! Même Hakim n'est plus de ce monde alors arrête s'il te plait; de plus elle y travaillais déjà donc...
-Je m'en fous qu'il soit mort ou vivant; tu ne travailleras pas dans l'entreprise de cet escroc..
-Papa!
L'arrêté-je. Hakim c'est le père de Chérif; mon père a toujours gardé une dent contre lui.
-J'ai déjà donné ma parole et je n'y faillirai pas! Crois moi c'est pour la bonne...
-Tu es têtue Aissatou! Très têtue! Moi je t'ai déjà donné ma position. A toi de voir ce que tu vas faire!
Lâche t-il en sortant nous laissant seules ma mère et moi. Celle-ci se lève sûrement pour aller lui parler.
-Maman; je rentre!
-Reste au moins pour le dîner...
-Non; ça va! Tache d'essayer de le convaincre...
-Ne t'en fais pas; je te rappelle plus tard!
-Merci maman à plus!
Lui dis-je avant de partir. Après tout j'ai dit ça sur un coup de tête juste pour échapper à leurs questions même si au fond je sais que je ne travaillerais pas pour eux surtout après leur avoir révélé que je suis une ancienne détenue.
Super! Un tout autre mensonge! Il va falloir que je trouve ce poste ailleurs et vite.
Le reste de la semaine s'est passé très calmement. Manger; dormir et penser; parfois pleurer car mes pensées me plongent toujours dans certains sentiments: dégoût; colère; puis tristesse.
Devant les autres je suis obligée de sourire; faire semblant mais seule; avec moi même; je suis meurtrie; détruite ;je me sens mal! Mais à chaque fois; je me console moi même: je me dis que tout ira un jour; ça va passer; le temps me donnera raison!
Le dimanche soir; je préparais mes documents pour aller à des entretiens; trouver un poste pour mes parents mais aussi pour prouver à Tamsir que contrairement à ce qu'il pense je ne suis pas une menteuse.
Depuis le déjeuner chez lui; je n'ai plus eu de nouvelles de son frère; preuve que mon passé a gâché toutes mes chances avec eux.
Après avoir dîné : avec du pain et du chocolat; c'est pas cher et je suis en pleine économie: il y a la location qui m'attends et les frais de transports pour mes entretiens donc quelques sacrifices s'imposent;
Je me suis mise à répéter dans ma tête mon discours car il me faut ce travail: c'est urgent.
Je suis interrompue la sonnerie de mon portable qui affiche un appel entrant de Chérif. J'hésite un moment avant de répondre.
Après nous être salué; il me demande nerveusement:
-Sinon tout vas bien?
-Oui! Tout va très bien!
-Depuis lors j'hésite pour t'appeler je me sens un peu mal à l'aise vis à vis de l'attitude de Rama...
-Ne t'en fais pas; elle n'a rien fait; elle a juste dit ce qu'il en était d'ailleurs je suis bien heureuse qu'elle ait mis au clair les choses.
-Rien ne justifie cette fille; je me demande comment Tamsir pourra la supporter pour femme...
Je glousse; me retenant de rire: Tamsir et cette fille? J'ose espérer qu'il ne parle pas de mariage car je ne les vois pas ensemble mais comme ça ne me regarde pas je préfère ne pas me focaliser sur ce détail:
-En parlant de lui sakh; il m'a demandé de te rappeler qu'il ne tolère pas les retards...
-Q..quoi il...il veut toujours que je travaille pour lui?
-Biensur! Sinon pourquoi me demander de te le dire? Bon j'ai un double appel et je dois te laisser te reposer: une longue journée t'attends bonne chance et sois forte!
Rit-il.
-t'inquiète! Allez merci!
Lui répondis-je sur le point de sauter de joie avant de raccrocher.
Si ça ce n'est pas de la chance!
Le lendemain je me suis mis à me préparer très tôt. Je ne veux pas de disputes.
À huit heures zéro minutes je suis déjà dans les logos et me suis installée dans la réception comme on me l'a demandé.
Tamsir s'y est pointé vers neuf heures et après avoir salué; il m'a fait signe de le suivre: chose que j'ai fait sans broncher jusqu'à son bureau.
Après nous être assis; il a entrepris un entretien durant lequel je lui est expliqué ma spécialisation dans l'analyse financier et les quelques stages que j'ai eu à faire dans le passé; mon passé avant mon mariage; quand j'étais bien loin de m'imaginer qu'un destin aussi fou m'attendais...
Ensuite; il m'a conduit dans ce qui devait être mon bureau avant de me mettre en rapport avec un certain Monsieur Diagne; je devais être dans une sorte de stage où il devra être mon supérieur durant le début. Bref! Tout s'est bien passé.
Avec Diagne; heureusement le courant est vite passé. On s'est entendu dès la première journée et il m'est d'une aide précieuse avec des conseils sur le métier et beaucoup d'encouragements.
La semaine suivante
P.d.v. de Tamsir
Des jours après la discussion avec ma mère; je continue toujours de penser et de repenser à ce fichu mariage. Suis-je vraiment obligé d'accepter? Je crains fort que la réponse à cette question soit positive.
Rama! De toutes les filles du monde il a fallu qu'elle choisisse Rama! Je ne dis pas qu'elle est moche ou je ne sais pas; ça fait des lustres depuis que je ne remarque plus ces trucs mais; elle ne me correspond pas; c'est tout...quoi que...ah m***e! Je suis confus!
-Papa?! J'ai besoin de nouveaux baskets.
Me sort Fatima de mes pensées. Je la regarde en sirotant la tasse de café que j'ai: elle ressemble vraiment de plus en plus à sa mère. Purée! Comment oublier cette femme si je la vois partout à travers les enfants? J'ai beau essayer de me convaincre de l'avoir oublié; elle restera toujours dans ma tête.
Je me souviens encore de quand on prenais le petit déjeuner ensemble; dans un ambiance totalement différent de celui-ci; quand elle faisait ses allés et venus entre la salle à manger et la cuisine; quand elle animait la discussion entre moi et les enfants: certes les bonnes se chargeaient de tout préparer mais sa présence se sentait bien fort. Quand on terminait de manger; c'est toujours elle qui déposait les enfants: je les embrassais tous les quatre avant d'aller heureux au travail.
Aujourd'hui ; tel n'est plus le cas: les rares fois où on mange ensemble; c'est quand je suis en retard comme aujourd'hui et c'est toujours sans parler ou seulement dans des cas de nécessité. Si moi je suis perturbé par cet absence; comment ça doit se passer pour Ahmad et Fatima? Peut être que pour une fois je dois cesser d'être égoïste et penser à leur bien...
-Papa! Tu m'écoutes?
-Je vais te trouver des cartes comme ça tu ne vas plus m'ennuyer avec tes histoires d'achats. Compris?
Elle hoche simplement la tête et m'attendant à ce que son frère y mette son grain de sel; je le trouve trop silencieux à mon goût: il a l'air triste.
-Et toi? Tu es sages aujourd'hui! Qu'y a t-il?
Demandé-je à Ahmad qui se contente d'hausser les épaules. Sûrement il a encore vu sa mère en rêve? La dernière fois qu'il me l'a raconté; j'y suis allé un peu fort avec lui. Depuis ce jour il ne m'a plus parlé d'elle. Je décide de leur demander; malgré moi:
-Elle vous manque? C'est ça?
Ils se jettent un regard et c'est moi qui me suis levé; pour ne pas affronter ça; je ne peux pas pour après sentir de la culpabilité ; maudite Déguène.
C'est ainsi que je suis parti au bosser; la tête ailleurs avec un léger retard.
J'ouvre mon bureau; espérant y trouver refuge et y trouve Ngoné en plein fouille dans mes affaires. Que cherche t-elle celle là?