Les candidats avaient été récupérés tôt le matin par le bus du club. Un bus flambant neuf, d’un bleu profond brillant au soleil, avec l’inscription _DIVO CLUB_ écrite en lettres dorées sur le côté. Chaque candidat portait le t-shirt officiel du club : noir, sobre, avec le logo blanc sur la poitrine.
L’événement se déroulait ce jour-là, en matinée, dans la grande salle polyvalente du centre culturel. Les gradins étaient pleins. Spectateurs, familles, amis, curieux… tout le monde avait répondu présent. Au premier rang, on distinguait le Directeur du club, quelques visiteurs officiels, et les cinq membres du jury, installés derrière une longue table recouverte d’un tissu bordeaux.
L’animateur monta sur scène sous les applaudissements. Costume bleu marine, sourire assuré, micro en main. Il fit un signe pour calmer la salle.
« Chers mesdames et messieurs, bonjour ! » lança-t-il, sa voix résonnant dans la salle.
« Comme vous le savez déjà, chaque année nous organisons le concours _Divo Club_. Cela fait maintenant deux ans que l’aventure a commencé, et franchement… quelle aventure ! »
Un murmure d’approbation parcourut le public.
« Eh bien, cette année encore, nous avons déniché de vrais talents. Des voix, des styles, des personnalités différentes. Ils vont monter sur cette scène pour vous montrer ce qu’ils savent faire. Et bien sûr, comme d’habitude, vos votes compteront. C’est vous qui déciderez qui continue l’aventure… et qui devra nous quitter ce soir. »
Il marqua une pause, savourant la tension.
« Sans plus tarder, ouvrons cette première soirée avec nos 8 candidats : THÉO, LENA, SAM, ROSA, OSCAR, KIM, FAZINO, et VASTILLE ! »
Derrière le rideau rouge, dans une petite loge aménagée en coin du podium, les candidats attendaient, le cœur battant. Ils entreraient un par un.
« Pour commencer, accueillons le premier candidat de la soirée : le chanteur de hip-hop, FAZINO ! »
La salle applaudit poliment. Fazino sortit, la casquette vissée sur la tête, la démarche assurée. Mais dès les premières notes, l’illusion tomba. Sa voix était instable, son rythme approximatif, ses paroles peu audibles. Il chantait faux, sans conviction. Le public ne réagit pas. Quelques regards gênés se croisèrent. Quand il termina, seuls quelques applaudissements polis retentirent.
Fazino redescendit, le visage fermé. Son père, Fausto, assis au fond, serrait les poings. Il était persuadé que son fils allait gagner. Il attendait impatiemment la fin pour lui annoncer une bonne nouvelle : une proposition d’un producteur local qui l’avait repéré en répétition.
« Merci, Fazino ! » reprit l’animateur, un peu mal à l’aise.
« Passons maintenant à LENA, chanteuse afrobeat ! »
Lena arriva, robe colorée, énergie communicative. Dès les premières mesures, elle prit la salle. Sa voix était chaude, bien posée, et son rythme entraînait naturellement. Elle n’était pas parfaite, mais elle assurait. Quelques personnes se mirent à hocher la tête, d’autres à taper des mains. Quand elle finit, une vague d’applaudissements sincères monta.
Le spectacle continua.
ROSA monta ensuite. Timide, elle parlait rarement en public. Sa voix tremblait un peu au début, mais elle tint bon. Ce ne fut pas brillant, mais elle s’en sortit mieux qu’on ne l’aurait cru. Le public l’encouragea.
Puis vint OSCAR. Et là, l’ambiance changea. Dès qu’il ouvrit la bouche, un silence respectueux tomba. Sa voix était puissante, maîtrisée, émouvante. Il chantait avec une intensité rare. À mi-parcours, ses mains commencèrent à trembler. On vit son visage se crisper. La maladie qui le suivait depuis des années menaçait de le trahir. Mais il respira profondément, ferma les yeux, et reprit le contrôle. Il termina son morceau sans fausse note. La salle explosa en applaudissements. La majorité du public était debout.
THÉO prit la relève. Il n’avait pas la technique d’Oscar, mais sa mélodie portait quelque chose de différent. Il avait choisi un rythme traditionnel, des percussions douces, une voix posée qui racontait une histoire. On sentait la sincérité. Il fut applaudi, lui aussi.
VASTILLE monta ensuite. Chanteuse afrobeat comme Lena, elle avait la même énergie, la même précision. Elle assura son passage sans trembler. Deux bonnes prestations dans le même style, le public ne savait plus où donner de la tête.
Il ne restait plus que deux candidats. L’atmosphère dans la salle était devenue électrique.
SAM s’avança, salua le public d’un signe de tête, et lança sa mélodie. Calme, posée, mais efficace. Sa composition rappelait celle de Théo, avec une touche plus moderne. Le public apprécia. Les applaudissements furent nourris.
Enfin, KIM. Il monta sans un mot, s’installa, et commença.
Sa spécialité, c’était les mélodies d’amour. Et ce soir-là, il frappa fort. Sa voix, douce et profonde, racontait une histoire que tout le monde comprenait. La salle se tut. Les gens retenaient leur souffle. Avant même qu’il ait fini, les premiers applaudissements éclatèrent. Quand il termina, ce fut une ovation.
Sam, en coulisses, serra le poing. La vue de Kim soulevant la salle le rendait nerveux. Il ne supportait pas l’idée que ce « prétentieux » puisse le dépasser.
Après la prestation de tous les candidats, l’animateur remonta sur scène. Il tenait une enveloppe cachetée.
« Mesdames et messieurs, le moment est venu. Le jury a délibéré, et vos votes ont été comptés. Dans cette enveloppe se trouvent deux informations : le candidat éliminé ce soir, et celui qui a reçu le plus de votes du public. »
Il ouvrit l’enveloppe lentement, pour faire durer le suspense.
« Commençons par les résultats des votes. »
« THÉO : 49 votes. »
Théo hocha la tête, ni déçu ni surpris.
« VASTILLE : 60 votes. »
Vastille sourit, soulagée.
« LENA : 59 votes. »
Lena serra le poing, discrètement contente.
« FAZINO : 16 votes. »
Fazino pâlit. Son visage se figea. Il savait ce que ça signifiait. Si personne n’avait fait moins que lui, il allait quitter l’aventure. Son père, dans la salle, se raidit.
« ROSA : 28 votes. »
Rosa baissa les yeux, reconnaissante d’avoir tenu jusque-là.
« OSCAR : 120 votes. »
Oscar porta la main à sa bouche, incrédule. Ses yeux brillèrent. Mais dans son regard, il y avait aussi de la peur. Si sa maladie était révélée, il serait disqualifié. Rosa et les autres candidats échangèrent des regards surpris.
« KIM : 201 votes. »
Un murmure parcourut la salle. Sam serra la mâchoire. Il ne pouvait pas croire que Kim l’ait dépassé, et de loin. Fazino, lui, se sentit couler. Personne n’avait fait moins que lui.
« Et enfin, SAM : 99 votes. »
Sam expira bruyamment. Il était derrière Kim et Oscar. L’idée de perdre face à eux le rongeait.
L’animateur leva les mains pour obtenir le silence.
« Chers public, vous l’avez suivi, vous l’avez entendu. Le meilleur candidat de ce premier tour est… KIM ! Il le mérite amplement. »
La salle explosa. Kim inclina la tête, humble mais fier.
« Cependant… » continua l’animateur, plus grave.
« Le candidat qui devra quitter l’aventure ce soir est… FAZINO. »
Un silence. Puis des applaudissements. Des applaudissements d’encouragement, pas de moquerie.
« Appludissez fort Fazino ! Il a eu le courage de monter sur cette scène, de se présenter devant vous. Il a montré qu’il pouvait se battre, même si ce soir, ça n’a pas suffi. Mais dans la vie, il faut aussi savoir accepter la défaite. »
Fazino resta figé une seconde. Puis il hocha la tête, retira sa casquette, et salua le public. Sans un mot, il quitta la scène.
À la fin du spectacle, tout le monde devait repartir ensemble dans le bus du club. Mais Fazino n’était plus là. Il était parti sans prévenir, seul, en prenant un bus de ville.
Théo, son frère, le chercha partout. Inquiet.
« Tu l’as vu ? » demanda-t-il à Kim.
« Non, » répondit Kim. « Il est sûrement parti se calmer. C’est dur d’échouer devant tout le monde. »
Arrivé chez lui, Fazino trouva son père dans le salon. Fausto se leva immédiatement.
« Alors ? » demanda-t-il, les yeux brillants d’espoir.
Fazino baissa la tête.
« Je suis éliminé, papa. »
Le silence tomba. Fausto resta immobile, l’information lui frappant le visage comme une gifle. Il ouvrit la bouche, puis la referma. La bonne nouvelle qu’il voulait annoncer resta bloquée dans sa gorge.