‹‹Fais de ta plainte un chant d'amour pour ne plus savoir que tu souffres››
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~~~Omniscient
Le médecin : "Inna lillahi wa inna ilayhi raji'un (A الله nous appartenons et à Lui nous retournerons). Nous avons fait tout notre possible madame pour sauver votre fille, mais c'était trop tard..."
Il ne continua pas sa phrase que Safiatou se roula sur le sol comme une possédée.
Safiatou : "ALLAHOU AKBAR WOUY SAMA NDEYE LI MEUNOUL NÉKK WAY DÉDETT DOUMAKO NANGOU, RAMA DÉ WOUL DÉ DÉDÉTT DOCTEUR WAXAL LÉNÉNE LI MEUNOUL NÉKK SI ADOUNA MEUNE NA SUPPORTER LEPP SAMA ADOUNA BAMOU DÉSS NIAKEU SAMA DÔOM BOU DJIGUÉNE BI. AY YALLA YAW MIYE BOROM MBIR YI, MEUNE DÉF MEUNE DINDI BOULMA DÉF LI. DIEULEUL SAMA ROU MANE TÉ BANIA DIEUL SAMA BOU DÔOM BI...." (Oh Nom de Dieu, le Tout Puissant, ça ne peut pas être, non je refuse ça, je le refuse, ma fille n'est pas morte, docteur dîtes-moi que c'est impossible, je peux tout supporter dans cette vie, sauf perdre ma fille chérie. Oh mon Dieu! Toi qui est Maître du Monde, ne me fais pas ça, prends mon âme et pas celle de ma fille...) cria-t-elle.
Tout le monde ne pouvait pas y croire, même Talla qui a vécu beaucoup de choses dans sa vie, se dit que c'était une chose inadmissible. Safiatou criait et tapait de partout jusqu'à perdre sa voix. On l'amena dans une chambre et l'immobilisa pour lui injecter un sédatif. Quand le docteur sortit de la chambre, Talla lui posa des questions.
Talla : "Mais docteur, comment ça se fait qu'elle soit morte? C'est vous-même qui nous avez dit que tout était normal, non?"
Le médecin : "Oui, c'est vrai, mais il se passe que la jeune fille avait une hémorragie interne au niveau du cerveau, ce que l'on appelle plus communément une hémorragie cérébrale. Dans ce genre de cas, le malade saigne d'un point quelconque de son corps sans que le sang s'extériorise. L'affaire est alors plus difficile, le malade saigne mais ne s'en aperçoit pas. Malheureusement, c'est ce qui est arrivé à la jeune fille", expliqua-t-il tristement.
Comme on dit, la mort ne nous prévient pas, c'est quelque chose d'inévitable. Qui aurait pu croire que Ramatoulaye allait mourir si jeune ? Pourtant, malgré son âge, elle était une femme mature qui avait su gérer sa vie et celle de sa petite famille. Elle avait vécu plus de malheurs que de bonheurs, mais elle avait toujours fait face avec courage. La mort n'est pas une issue, car notre désir de vie est plus grand que nous et rejoint celui du commencement. Elle rend unique tout ce qui se trouve ici, que ce soit les rosées qui ouvrent les fleurs du jour, le coup de soleil qui sublime le paysage, la fulgurance d'un regard croisé ou la flamboyance d'un automne tardif. Elle nous contraint à creuser sans cesse en nous pour y loger songe et mémoire. Fidèle compagne, elle nous rappelle l'extrême exigence de la vie qui donne, élève, déborde et dépasse. Il faut toujours garder cela à l'esprit. Eüleuk dou Agne dou rére wayé lou mateu sédeu la.
?!: Soubhanallah !
Safiatou se réveille en sueur et se rendit compte que ce n’était qu’un cauchemar. Elle se retourne pour voir Ramatoulaye qui dort encore et décide de faire la couverture avant de sortir pour prendre une tasse de café. Talla est rentré chez lui et elle retourne auprès de sa fille.
Le lendemain, Safiatou est réveillée par sa fille.
Safiatou : Ma fille, tu es réveillée ?
Elle appelle aussitôt le médecin pour s'assurer que tout va bien. Le médecin confirme qu'elle n'a aucune séquelle.
Le médecin : Grâce à Dieu, tout va bien. Je craignais le pire, mais vous êtes en bonne santé.
Quelque chose intrigue le médecin, mais il hésite à poser la question. D'habitude, tous les patients ont leurs deux parents à leur chevet.
Le médecin : Alors... euh... vous êtes mariés ?
Est-ce la bonne manière d'aborder le sujet ? La colère qu'il lit dans les yeux de Safiatou confirme ses craintes.
Safiatou : Je suis divorcée depuis deux ans et je ne veux pas en parler. Occupez-vous de ce qui vous regarde.
Le médecin : Je ne voulais pas vous offenser, je me disais seulement que...
Safiatou : Gardez vos pensées pour vous. Merci beaucoup.
Aka euppel sakh tamit.
Il est parti sans ajouter quoi que ce soit de plus. Il n'avait pas trouvé de solution à son problème, d'autant plus épineux qu'il se sentait attiré par Safiatou.
Or tout indiquait que ce n'était vraiment pas le moment de donner suite à cette attirance ; s'il faisait des avances à la belle, la ville entière se retournerait contre lui en criant au meurtre.
Malheureusement, le pire défaut des Sénégalais est de ne pas se soucier de leurs propres problèmes, et chacun s'immisce dans les affaires des autres. Mais avec ou sans l'hostilité des gens, il n'était pas prêt à s'engager dans une relation stable et suivie, ni à faire les promesses qu'une mère célibataire de quatre enfants réclamerait forcément. Le mieux était de suivre le conseil qu'il donnait si souvent à ses patients : "Il faut laisser du temps au temps". Malheureusement, l'ennui, c'est qu'il n'était pas patient.
~~~Ramatoulaye Diallo
C'est bizarre de me retrouver encore une fois ici à l'hôpital, c'est comme ma deuxième maison. Mais au moins cette fois, je suis dans un hôpital normal et pas dans celui où l'on soigne les malades mentaux, c'est-à-dire l'hôpital psychiatrique.
C'était un moment difficile et douloureux pour ma mère et moi. De toute façon, je remercie mon Dieu car au moins je suis en vie.
Je sens la serrure de la porte tourner, et je vois ma mère et mes frères. Ils accourent vers moi et m'enlacent.
Moi : "Hey, je suis en train d'étouffer là, c'est bon", dis-je en mettant fin à leur étreinte.
Ibou : "Oh ma sœur, tu m'as fait peur, pourquoi as-tu fait ça ?"
J'hausse les épaules et réponds :
Moi : "Mais qu'est-ce que j'ai fait ?", demandai-je en croisant les bras sur ma poitrine.
Ibou : "Pourquoi as-tu traversé la route sans regarder ? Toi, tu nous apprends les bonnes manières, comme se laver les mains avec du savon et de l'eau, regarder la route quand on traverse, etc. Mais toi, tu ne l'as pas appliqué, di, té wolof ndiaye néna : >", déclare-t-il.
Je rigole très faiblement face à ses remarques.
Ma mère : "Mais moi, j'ai enfanté des enfants ou des adultes, aaaahhh eupeu na", lui dit-elle.
Moi : "C'est vrai tu sais, j'accepte tout ce que tu viens de dire, mais ça devait arriver et ça y est. Le mieux maintenant, c'est de remercier le Tout-Puissant qu'il ne m'ait rien arrivé de fâcheux, répondis-je."
Même s'il y a une part de vérité dans ce que je viens de dire, il reste l'autre aspect. Je ne pouvais pas leur dire qu'un homme puissant et arrogant m'a dit des paroles blessantes, voire très poignantes. Toutefois, une chose est claire : n'importe qui peut me rabaisser ou m'insulter autant qu'il le souhaite, tant qu'il ne touche pas à ma famille, cela me suffit. Et ce que cet homme ne sait pas, c'est que la paix et la dignité naissent de l'instant où l'ambition et l'arrogance meurent.
~~~Mouhamadou Talla Sylla
Je n'arrive pas à dormir tranquillement à cause des cris de ma mère. Depuis que je suis rentré la nuit passée, elle ne m'a pas lâché d'une semelle. Mais elle s'en fiche, pour elle, je ne suis pas allé à l'aéroport récupérer mon frère comme je lui avais promis. Mais je voulais lui expliquer hier pourtant...
[Flashback]
Je me gare et sors de la voiture. Heureusement que tout le monde est en train de dormir. Je rentre et me dirige vers ma chambre, j'allume la lampe et vois ma mère sur sa nappe de prière en train de faire ses dhikrs. Encore un autre problème.
Moi: "Thiam, Thiam", la salue-je en déboutonnant mes boutons de chemise avant de monter dans ma chambre.
Je me dirige illico presto dans la salle de bain.
Je prends tout mon temps pour ne pas être là à entretenir une discussion avec elle. Je sais bien que ça va découler dans un accord de consensus et ça, j'essaie de l'éviter. En parlant du loup, la voilà qui toque à la porte, m'interrompant dans mes pensées.
Ma mère: "Talla guéneul wanag bi beugouma béne wakh nak dafa goudi, guéneul fi" (Talla sors de la douche, je ne veux aucun problème à cette heure, sors d'ici), dit-elle en murmurant.
Thieuy, marquage à la culotte!
Je finis par sortir et vais dans mon dressing prendre un short et un débardeur avant de retourner dans la salle de bain pour les porter. Je la rejoins enfin sur mon lit.
Ma mère: "Où étais-tu jusqu'à cette heure ?" me demande-t-elle.
Ooohh Kalso Man mister Dialloooo mdrr, j'ai oublié de demander à Lamine quel mensonge avait-il concocté dans mon dos.
Ma mère : "Où étais-tu jusqu'à cette heure ?"
Moi : "Euh...j'étais chez un ami", répondis-je en me grattant derrière la nuque.
Ma mère : "Chez ton ami ? Pourtant ton frère ne me l'a pas dit."
Moi : "Euh...je...non, il..."
Ma mère : "Ladioumala ko Talla. Yaw bilae do sakh rouss, nék si aleu ba heure bi té nguani da nguay woté responsable. Béne mbiir rék laala santeu moy ngua dém dieuli sa rakeu dji aéroport nguamay féne naane ma sama béne keur xarit la nékone. Wayé nak mom sama wakh dou si beuri sakh lègui sa ndeye molay niãne nguay bagn mane xamatouma dara sisay mbiir niou fanane ak diam." (Ferme ta bouche Talla ! Tu n'as pas honte d'être dans la rue à cette heure-ci et de prétendre être responsable ? Je t'ai demandé un seul service : aller chercher ton frère à l'aéroport. Et tu oses me regarder en face en me disant que tu étais chez ton ami ? Je ne vais rien dire, puisque c'est ta mère qui te le dit. Mais tu refuses catégoriquement, ça ne vaut plus la peine. Bonne nuit.), proclama-t-elle en se levant pour sortir de ma chambre.
Mais je la retiens et lui demande de s'asseoir pour que je l’explique. Elle me répond que ce n'est pas le moment et que demain sera plus propice pour en parler.
[Fin du flashback]
Et nous y voilà, elle n'arrête pas de crier mon nom depuis ce matin et ça m'énerve. Je fais ma routine avant de sortir de ma chambre.
Je prends un morceau de jambon et une tasse de café avant de monter dans sa chambre. Je souffle un grand coup et j'entre.